mercredi 5 juin 2013

Machine YT-1 : Contre-ventoline



La contre-ventoline est un protocole d’écriture expérimentale visant à agir sur la totalité de la machine-corps lors de l’acte d’écriture, de lecture et de diction, grâce à la stimulation des organes respiratoires, à l’accélération du rythme inspiration-expiration, et à la constriction des bronches.
La contre-ventoline vise avant tout à mettre en évidence que le corps agit sur la langue, et vice-versa.
Il est préalablement nécessaire d’être diagnostiqué asthmatique afin de pouvoir mener le protocole à bien. Toutefois, si l’asthme n’est pas détecté chez le sujet, certaines méthodes rudimentaires pourront offrir un ersatz de crise respiratoire.
Tout d’abord, il est nécessaire de penser langue = corps, et de garder cette idée à l’esprit durant toute l’exécution du protocole, et même après. L'essentiel de l'opération est de déclencher artificiellement une crise d'asthme, à la fois dans le corps et dans la pensée : exécuter un exercice physique, respirer pollens, poussières et poils d'animaux peuvent être une solution. Pour le non-asthmatique, une dizaine de cigarettes, puis un simple footing et quelques pompes suffiront.


Une fois la crise déclenchée, le rythme respiratoire saccadé, et l’oxygène raréfié, il s’agit de penser que le cerveau est un poumon : l’acte d’écriture et/ou de diction peut dès lors commencer. Il ne faut également pas oublier que, l'oxygène manquant au cerveau, l'idée aura du mal à s’élaborer : le texte et la diction tourneront nécessairement en rond, sans avancer d’idées nouvelles. Mais l'idée n’est de toute façon pas intéressante ; seules comptent la syntaxe et la rythmique découlant de la crise d'asthme du corps et de la pensée cherchant leur oxygène.


La contre-ventoline est jeu subtil entre la vie et la mort : s'il faut respirer pour vivre, la crise respiratoire, dans ce qu'elle met le corps en danger, et l'actionne d’une façon frénétique (agitation, essoufflements, inspirations difficiles, sifflement des bronches, etc.), montre que le corps est d’autant plus vivant et actif qu'il est menacé. Tout cela doit transparaître dans la parole : chaque texte doit être une crise respiratoire, doit entraîner une crise respiratoire, pour prouver, par la menace mortifère, que le corps et la pensée qui se débattent pour respirer, sont toujours vivants (nous renvoyons alors à la langue créée, témoin de l’action). La contre-ventoline tente ainsi d’insuffler la vie dans la langue = corps en faisant planer la mort au-dessus du sujet.
Il est essentiel de ne jamais prendre de ventoline suite à l’exécution du protocole.










[Créateur machine : Yannick Torlini]

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