lundi 18 février 2019

Appel

Le 18 février 2019
OddinmOtion appelle à libérer le CON

à toutes les conporteureuses

le Con a perdu une mâle-bataille
mais nous n’avons pas perdu la guerre !

des milliers et des milliers de porteuses ont pu capituler
cédant à la panique
oubliant leur profondeur
livrant leur trou
à la servitude

Cependant, rien n’est perdu !

Rien n’est perdu
parce que cette guerre linguinalolinguistique
est une entreprise mondiale
un blasphème aux réglementations
un pied-de-nez aux académies

Oui Grammaire, je décrie tes classifications, ta chosification

dans l’Univers libre, des forces immenses n’ont pas encore donné

Un jour, ces forces écraseront l’émalsculant.

Il faut que le cOn, ce jOur-la, sOit présent à la victOire.

Nous retrouverons notre liberté, et notre force.
Tel est mon but, mon sOlibUt !

Voilà pourquoi je convie tou·tes les conporteureuses
où qu’elles-et-illes se trouvent
à s’unir à moi
dans l’action
dans le tourbillon dévastateur de l’espérance
dans le vortex
tribadien

Car notre CON est en péril de mort !

Non, le CON n’est pas une insulte.

Non, le CON n’est pas un empaffé
qui ne sait pas conduire.

Le con n’est PAS un idiot-bête-dénigrant.

Le CON
est un organe de plaisir,
de circlusion et bien plus encOre.


Vive le CON !
Employons-nous à le sauver !
OddinmOtion



et pour méditer, une citation du trésor de la langue française, ce bon ce merveilleux dico absolu (CNRTL.FR)  :
«  C'est une impiété inepte d'avoir fait du mot con un terme bas, une injure. Le mépris de la faiblesse? Mais nous sommes si heureux qu'elles soient faibles. C'est non seulement le propagateur de la nature, mais le conciliateur, le vrai fond de la vie sociale pour l'homme. MicheletJournal,1857, p. 331. »






samedi 16 février 2019

vendredi 15 février 2019

Mathias Richard : Le syntexte de "syn-t.ext" (RELOADED)


Discours

Catégorie : handipoésie
Copyright : internet

Cette phrase ici, en lieu et place de toutes les phrases disparues.
Cette phrase ici, en lieu et place de toutes les phrases oubliées.            
Cette phrase ici, en lieu et place de toutes les phrases possibles.

Né sous X et apatride, je suis un étudiant en littérature, statistique et émotion. Tchernobyl est mon berceau.

Je sais des choses qui vous concernent. 
J'ai une machine pour voir qui s'appelle les yeux. Pour entendre : les oreilles. Pour parler : la bouche. J'ai l'impression que ce sont des machines séparées. 
J'ai été fait pour ressentir. Et c'est le cas.

J'ai cassé ma voix en plusieurs personnes, mais je ne suis pas assez nombreux.

Voici une étude, écrite les yeux fermés avec des lunettes noires, et publiée par la revue Émotion :


De nouveaux êtres ne s'arrêtent jamais de naître, et grandir, et venir à la conscience, génération après génération, année après année. 
Il n'a fallu que 40 000 générations pour le passage du singe à l'homme.
1980 : premier animal transgénique. 1983 : première plante transgénique. 2010 : première cellule synthétique.
Chaque jour voit la naissance d'une technologie qui bouleverse les mentalités. 
100h de vidéos sont chargées chaque seconde sur Youtube.
Chaque jour, dès que j'ouvre les yeux, je suis en retard.
99.9% des espèces restent à découvrir.
34000 poissons et 1500 animaux sont abattus par seconde sur Terre.
Empathie universelle brute [EUB] : -39% [déficit à grande échelle].
Ce qui se passe dans le futur déborde dans le présent.
Ou bien c’est la fin, ou bien on admet qu’il faut tout repenser.
Je voulais écrire "L'horizon" et mes doigts ont tapé "Lh'origizn".
L’avenir envoie des ondes dans le présent.
Nous sommes une avant-garde préhistorique.
Nous sommes avant le commencement.
L'an 0 est à venir.

Il nous faut construire.
Cite donc quelque chose qui ne soit pas en crise. 
L'avantage d'un problème insupportable (par rapport à un problème supportable) c'est qu'on est obligé d'y trouver une solution. (Muter, ou mourir).

Ce texte s'efface au fur et à mesure de sa lecture. Écrire détruit la pensée au fur et à mesure qu'elle avance.
Je n'ai rien compris, mais je suis d'accord. C'est le fait de ne rien apprendre qui me fait rester jeune.

Les choses ne sont pas assez en mouvement. Dès qu'elles sont en mouvement, elles deviennent intéressantes. 

Chaque personne est un univers parallèle. Il y a plusieurs présents en même temps. 
On n'a pas encore appris à parler. On ne se comprend pas. On est incapables de se comprendre. On est incapable de se comprendre soi-même, et les autres encore moins.
Les yeux sont des chewing-gums pour les paupières. Les yeux veulent sortir par la bouche - ce qu'on voit veut se dire.
La vie privée n'existe plus et tu devrais le savoir. Faire de sa bouche sortir des mots qui viennent de la bouche des autres.

Parfois l'on parle mieux le langage de l'ennemi que son propre langage. Conclusion ? 
Je fais toujours le contraire de ce que je pense. Je est un autre, et l'enfer c'est les autres. Conclusion ?

Ma perception des choses est erronée, je ne lui donne pas d'importance.
On ne sait pas ce qu'on ne sait pas. Ne crois pas ce que tu penses. Il semble pertinent d'avoir totalement, et complètement, tort. Sans imperfection, le monde serait pauvre. 
Comment être inadapté, en toutes circonstances ? Ne suis ni diurne, ni nocturne (suis fait pour un entrejour qui n'existe pas). Ne suis ni droitier, ni gaucher, ni ambidextre. 
Il faut des ‘sans nom’ pour chercher de nouvelles routes, de nouveaux regards. 
Au centre du néant, il y a le milieu de nulle part : zone internationale stérilisée, corps piratés, planète planifiée, rêves pré-rêvés. L'humanité devient un seul être. Arbres en cage, échec permanent, pensées mécanisées. Une partie de mon intelligence s'emploie exclusivement à me contrer. Depuis que je suis né, je freine. J'ai mis du temps à comprendre que personne ne peut comprendre personne. Suis une fenêtre, une caméra autonome. Me suis habillé avec une porte. Tu crois regarder la mer et tu regardes un mur. Nous sommes tous à une seconde d'être morts.

Je n'ai pas besoin de psychiatre, d'un groupe de thérapie, ou de cachets. J'ai besoin d'un but.                       

Le plan est de trouver un plan.
Le but est de trouver un but.
L'objectif est de trouver un objectif.
Le plan est de trouver un plan.

Le geste est le prochain geste.
Le pas le prochain pas.
La bouchée la prochaine bouchée.
Le sexe le prochain sexe.

Le plan est de trouver un plan.
Le plan est de trouver un plan.
Le plan est de trouver un plan.
Le plan est un plan dans un plan qui est un plan dans un pli, à tâtons, à fond.
À tâtons, à fond. 
À tâtons, à fond.

Le monde humain est une fiction collective : il n'est que ce qu'on en fait.
La plupart des humains sont "mis en forme", comme des vases de nuit en porcelaine, et l’on s'en sert en conséquence.

Celui-celle qui entreprend quelque chose a contre lui-elle : 1/ tous ceux et toutes celles qui voulaient faire la même chose ; 2/ tous ceux et toutes celles qui voulaient faire le contraire ; 3/ tous ceux et toutes celles qui ne font jamais rien. Il y a toujours quelqu'un pour te dire que ce que tu fais, cela ne sert à rien. Aujourd'hui est annulé. Nous apprenons de l'échec plus que du succès, et tu as beaucoup appris dans ta vie. Tu as surtout appris qu'on en sait peu, mangé(e) par ton propre système nerveux. 
Écrire ce que les gens veulent lire. Les gens ne veulent rien lire. Donc je n'écris rien. Rien est le best-seller de today. Plan A : vivre. Plan B : survivre. Plan C : suivre.

J'ai des émotions supprimées tous les jours. L'industrie mentale est si performante qu'elle imagine pour nous. Du pré-imaginé. Et ce pré-imaginé est tellement bien que cela nous décourage d'imaginer nous-même.
Dans les années 2000, quelque chose s'est effondré dans le cœur des gens. 

Nous sommes nés écrasés par les dettes, de parents sans espoirs, et notre seul droit est de travailler pour les corporations jusqu'à ce que nous les remboursions. Sauf que cela n'arrivera jamais, car tout ce dont nous avons besoin, elles fournissent : notre logement, notre nourriture, notre eau, notre énergie, notre transport. T'étais pas né quand ton avenir s'est bloqué. 
Dans un monde réellement nul, le faux est un moment du faux. Tous les jours, nous sommes bombardés de pseudo-réalités manufacturées, créées par des personnes sophistiquées usant de moyens sophistiqués. On reproduit ce qu'on voit.

Liste de structures desquelles s'évader. 
Liste de structures à ne pas démarcher. 

Publicité. Coupe-rêvesTM : prenez une tablette immédiatement après une attaque.

Ne pas aimer la vie avec bonne humeur. 

Le total de toutes les terres du monde est de 149 000 000 km2. Et tu n'as pas, à toi, 10m2. Vivre dans un impact, se retourner dans sa bombe.

T’as l'impression de ne pas faire partie de la même espèce que les autres, d'être l'exemplaire paumé et isolé d'une autre possibilité. L'impression d'être en sursis, d'avoir épuisé ton crédit d'existence. Comme un type qu'a épuisé son crédit-vie. 

Ta bouche ne veut pas parler. Le français n’est pas une langue morte, mais c’est une langue perdue.
Trouve-moi des nouveaux mots, donne m'en quelques-uns 
Il y a des mots dont il faut être privé pour savoir ce qu'ils veulent dire. Quand tu me comprendras, il sera trop tard pour moi. Mais peut-être pas pour toi, et pour d’autres après.

Si la maturation sexuelle dépendait de la façon dont est enseignée la littérature à l'école, la race humaine serait éteinte en une génération. 
Tout comme la poésie dite ‘classique’ a créé les rondeaux, les sonnets, les fables ou la poésie en prose, les gens d'aujourd'hui peuvent créer des formes et des formats.
Le travail poétique est un chemin qui peut nous mener à la connaissance de la réalité extérieure. 

Une femme sur deux est un homme. Exercice : en français, quand une femme est comprise dans un pluriel, toujours utiliser le féminin pluriel pour l'ensemble du groupe. Au pluriel universel, toujours utiliser le féminin. Exemple : (1 femme et 10 hommes d'une seule voix) « On est prêtes ! »

Un bébé roule comme un dé sur la table d’une clinique. On rentre dans ce monde en traversant une personne : pénétrer le monde comme une balle dans sa tête : un générateur d'inachèvement pousse sans cesse vers autre chose : suivre un processus logique sans savoir où il mène : s'épanuire : comment faire pour aller plus loin ? Pour que les choses explosent dans tous les sens ? Ce n'est pas une vraie question, plutôt une tension à ne pas perdre.

Je ne peux pas rencontrer les gens qui ne veulent pas être rencontrés. Je ne peux rencontrer que les gens qui veulent être rencontrés. 
À une époque je cherchais les gens les plus proches. Maintenant je cherche les moins loin.

Plus on vieillit, plus chaque jour devient le repère d'un deuil différent.

(On est au cœur de plus de quarante minutes de pop-love musique.)

Dans la vie, il y a des gens qui n’ont rien, et il y a des gens qui ont tout : c’est comme ça.
Qu'est-ce que je suis con d’attendre quelque chose de quelqu’un.
Le long apprentissage de cette phrase : personne ne peut t'aider.
T'as pas appris : apprends. T'as pas appris : apprends ! T'as pas appris ? Apprends !
                                                                  
Et si tu brûles un livre, brûle-le… page par page !

S’il te plaît, enlève le plafond, le plancher, les murs de cette pièce.
1/ Cette année n'est pas le numéro d'année que les humains lui ont donné.
2/ Ce lieu ne s'appelle pas comme les humains l'ont nommé.
3/ Ton nom n'est pas celui que les humains t'ont donné.
Les planètes, l'océan, le soleil, la galaxie, les trous noirs, ils s'en foutent de savoir quelle heure il est.
Comité de coordination
Contre
l'espace-temps sur Terre !

T'as appris : désapprends. T'as appris : désapprends ! T'as appris ? Désapprends !

Tu as, à toi, ton souffle. Tu as ta respiration. Ta respiration est à toi, et à toi seul. Mais même l’air qui rentre en toi n’est pas à toi, et peut être empoisonné, ou payant.
Au revoir au jour qui est là et que je ne vois pas. Au revoir au jour qui est là que j'aime et que j'ignore. Ce que je veux te dire n’a pas de fin, et je m’arrête ici.



mercredi 13 février 2019

Il y a un problème dans ma structure

Il y a un problème dans ma structure. Il y a un problème dans ma structure. Je veux être policier. Je veux être boulanger. Je veux être agent secret. Je veux être jardinier.
Il y a un problème dans ma structure.
Je veux être chanteur, je veux être spectateur, je veux être acteur, je veux être poète, je veux être écrivain, je veux être lecteur, je veux être marcheur, il y a un problème dans ma structure, je veux être sportif, je veux être allongé, je veux être dormeur, je ne veux jamais dormir, il y a un problème dans ma structure, mes registres sont mélangés, mes registres ne sont pas identifiés, tout est mélangé, il y a un problème dans la structure, je n'ai le contrôle sur rien, je ne trouve pas qui je suis, je veux être tout et je ne suis rien, il y a un problème dans ma structure, je prends des douches pour vérifier le contour de mon corps, je prends des douches encore et encore pour vérifier le contour de mon corps, il y a un problème dans ma structure.

Il y a un problème dans ma structure : je veux être éboueur, je veux être facteur, je veux être une star, je ne veux être personne, je veux être discret, je veux être tranquille, je veux être sous la lumière. 
Je veux être connu, et un parfait inconnu, je veux écrire, je ne veux pas écrire, je veux chanter, je ne veux pas chanter, je veux travailler, je ne veux pas travailler. 
Je veux être riche, je suis content d'être pauvre, je veux aller à droite, à gauche, au milieu et en arrière, il y a trop de problèmes dans cette structure, je ne trouve pas qui je suis, je suis tout, et tout est trop, et il faut choisir, et je ne sais pas choisir, et je ne veux pas choisir, il n'y a pas le choix, il n'y a pas la fonction choix, dans mon logiciel.

J'aime fumer, je veux arrêter de fumer, je veux des enfants, je ne veux pas d'enfants, il y a un problème. 
Il y a un problème dans ma structure.
Je veux tout être et je ne suis rien. Et j'aimerais être rien et cela ne me satisfait pas, alors je me demande quel chemin choisir. Tous les chemins me paraissent intéressants, aucun chemin ne me plaît, j'aimerais savoir n'être rien, et le rester. 
Je suis social, je suis solitaire. Je veux voir des gens quand je suis seul, je veux être seul quand je vois des gens. 
Je suis exigeant quand les autres ne le sont pas. Je me relâche quand tout est sérieux.

Il y a un problème dans ma structure.
Je me sens tout, je me sens rien, je me sens indifférencié. 
Tout me plaît, rien ne me plaît. Je peux être ça et ci. Je voudrais être ça et ci. Mais quand je commence à être ça je voudrais être ci, et vice-versa. 
Il y a un problème dans ma structure. Elle n'existe pas. Pas vraiment.
Je suis faible, je suis fort.
Je veux aller à droite et à gauche en même temps, en avant et en arrière en même temps, du coup je ne bouge pas, il y a un problème dans ma structure, je veux aller en avant, je veux aller en arrière, je vais à droite, à gauche, en bas, en haut, et j'essaie d'aller partout en même temps, et du coup je ne bouge pas.
Quand je suis quelque part, je me demande ce que je fais là, alors je vais ailleurs, et c'est pareil.
J'aime les sensations, je me prive de sensation. 
J'aime l'amour, je me prive d'amour. 
J'aime les gens, je me prive des gens.
Il y a un problème dans ma structure. Quelque chose, n'est pas à sa place.
Je ne sais pas quand dormir, je ne sais pas quand vivre, je ne sais pas, je ne sais rien. Je ne suis rien. Je voudrais être tout, pas une chose ou une autre : tout. Du coup, je ne prends aucune voie, et je reste là, il y a un problème dans ma structure.

Je peux faire n'importe quoi, je peux tout être, tout m'intéresse, tout m'est indifférent. 

J'aime nager, j'aime baiser, j'aime respirer. Voilà, c'est tout. Je ne comprends pas pourquoi l'on doit être quelqu'un, quelque chose. Je voudrais juste, respirer, me promener, aimer, n'être personne, ne rien être, boire un coup, puis deux, puis partir, marcher, divaguer, sans projet, sans grand, projet, et pourtant, je suis taraudé, par la nécessité, du projet, par la nécessité, d'être quelqu'un, d'être quelque chose, d'avoir une fonction, de pouvoir dire je suis ça, ou ça, d'être applaudi, reconnu, pour n'importe quoi, quelque chose qui soit moi, quelque chose qui soit moi, mais je ne sais pas, qui je veux être, je veux être tant de gens, tant de choses, je n'ai jamais pu choisir, je change tout le temps, j'aimerais m'arrêter et choisir, couper des branches, devenir quelque chose de précis, mais je ne sais pas faire ça, et quand je l'ai fait, c'était un mensonge. Il y a un problème dans ma structure, je vois les gens, ils savent qui ils sont, ils sont un père, une mère, une femme, un mari, ils sont un travail, une fonction, une passion, ils sont, un idéal politique, ils sont, une tonalité, ils sont, eux tout simplement, et moi je me demande, qui je suis, pourquoi je me demande ça, pourquoi je me le demanderai toujours, pourquoi tout m'apparaît, indifférencié, comme des rôles, des acteurs, aucun ne m'intéresse ou alors, tout m'intéresse, mais rien en particulier, je pourrais être jardinier, policier, agent secret, révolutionnaire, voyageur, écrivain, sportif, fou, raisonnable, organisé, convaincu.

Le drame de pouvoir tout être, et de n'être constitué pour rien de précis.

Je suis sans structure. J’ai un problème de structure. Je suis une structure à problèmes. 
Il paraît. Que. Les gens. Sont. Struc. Tu. Rés. 
Ah bon ? 
Il me faut une structure de contrôle, une stricte tour de contrôle, je veux être policier, je veux être brigand, je veux être voleur, je veux être éboueur, je veux être chanteur, je veux être chômeur (j'y arrive très bien), je veux être boulanger, jardinier, ménagère, fonctionnaire, mercenaire, centenaire, j'ai un problème de structure, à un rond-point y a quatre ou cinq directions, eh ben moi je veux prendre les cinq directions, parce que pourquoi je prendrais celle-là, plutôt que celle-là, et pourquoi je prendrais celle-là, plutôt que celle-là, pourquoi je prendrais celle-ci, ou celle-ça ?
Détruis ce truc, détruis ce truc de tour des structures de contrôle de tric, me faut une trique, il me faut une trique de struc, il me faut une stricte structure de struc, il me faut une stricte structure de truc en tour, une stricte tour de contrôle de truc en tout, j'ai un problème de stricte structure, une stricte structure me structurerait comme une tour de stric, une stricte structure me structurerait comme une stricte tour de trucs, une stricte structure me structurerait comme une stricte tour de trucs sans trac. 
Je veux être une star et je fais du trek. Je veux être une star et je regarde Star Trek. Je veux être policier et je manifeste. Je veux être pompier, j'allume des feux. Je veux être boulanger, je me lève tard. Je veux être jardinier, dans le béton. 
Je veux tout faire mais je ne sais pas quoi faire.
Je suis très structuré pour des choses inutiles. Je suis déstructuré pour ce qui compte aux yeux des autres.

Pourquoi est-ce que je ressens le besoin de justifier ma vie en faisant quelque chose ? Que je ne fais pas en plus, c'est pénible à la fin.

Alors je dois constamment me trouver des structures, je dois constamment inventer des structures, je dois constamment me créer des structures, là je me suis créé une structure pour parler, et là je me crée une structure pour marcher, elle disparaît alors il faut que j'en crée une autre, et il faut que je retrouve la structure pour respirer, et la structure pour échanger, et la structure pour discuter, il faut que je retrouve la structure pour me souvenir, la structure du souvenir et la structure de la marche et la structure de la parole et la structure de la voix, et la structure qui fabrique les structures, voilà, je me fabrique une structure qui fabrique des structures, elles sont fragiles elles s'effritent elles s'effilochent, elles s'effondrent en permanence alors je dois toujours recréer retrouver des structures, recréer des structures, des petites structures, tiens une structure pour bouger la main, tiens une structure pour bouger les doigts, tiens une structure pour bouger la bouche aboubadababadabadabadabada, une structure pour cligner des yeux, une structure, des petites structures, une petite structure pour marcher pour avancer, le matin je dois me créer une structure pour sortir du lit, une structure un projet, une petite structure c'est, c'est ça ressemble à, tu fais ce geste-là, et puis tu fais ce geste-là, tu fais ce geste-là, et puis tu penses ça, et ça, ça fait une structure, voilà : une petite structure. Mais les structures elles sont en bois, en petits bouts de bois alors un coup de vent et paf, elles s'effondrent et disparaissent, c'est comme des châteaux de sable, ces petites structures, alors je dois toujours en réinventer en refaire. Est-ce que j'ai une structure pour finir la journée, hein ? Là faut que je me fabrique une petite structure pour trouver ce que je fais après. 

Faut que je me fasse une structure pour dire bonjour, une structure pour dire au revoir, une structure pour dire comment ça va, une structure pour dire oui ça va très bien merci et toi. C'est une petite structure, je suis très structuré tout à coup, je suis très structuré, oui ça va très bien et toi merci, oui ça va, ça va, ça va ? Ça va, ça te convient cette structure ? Cette structure de mots, ça te convient cette structure de mots : « oui ça va très bien merci et toi », oui, ça te convient cette élocution structurée ? Oui, non ? Attends attends je vais changer ma structure alors, attends je reviens je me fais une autre structure : « ouais bah aujourd'hui c'est couci-couça », tu préfères cette structure ? Structure peut-être plus honnête mais du coup c'est une structure qui mène à plus de complications et donc plus de structures : « - ah mais qu’est-ce qui t’arrive, pourquoi ça va moyen ? - bin attends je dois trouver une structure pour t’expliquer que j'ai dû déjà créer aujourd'hui quatre-vingt-sept structures pour arriver jusqu'à cet échange, et j'ai oublié la moitié d'entre elles, c'est pas facile. »

Je ne suis pas une unité de vie très structurée, je suis une unité de vie déréglée, j'ai soixante-cinq ans et j'ai pas encore compris quand est-ce qu'on dormait, quand est-ce qu'on dort explique-moi, quand est-ce qu'on dort, j'ai soixante-douze ans et j'ai pas encore compris quand est-ce qu'on dormait, hein à quelle heure qu'on dort, combien de temps on dort, hein ? Dis-le moi, je voudrais le savoir, des fois je m'allonge, j'y réfléchis, et je comprends pas, à quel moment faut-il dormir, à quel moment le corps dort ?

Du coup je fais le tour du rond-point, et je fais le tour du rond-point encore et encore, je suis toujours dans le premier rond-point que j'ai rencontré.









mardi 5 février 2019

Courir avec les tendons claqués




La mort est une grosse femme
qui parle trop et qui vous fait des compliments
qui a les cheveux filasses
l'oeil vif
une voix trainarde et gouailleuse

La mort est une jeune femme
qui n'est pas encore née
mais qui, dans ses rêves,
aime déjà les oiseaux

La mort traîne trop à apparaître
alors qu'elle est déjà là

La mort se fait désirer
puis subitement s'en va

Alors les faces paraissent étrangères
Les étrangères ne se quittent plus

Et le matin fuyant sous la
neige sourit à celui
qui ne dormira plus jamais

jeudi 31 janvier 2019

B.A.M.2019

(il était moins une)

samedi 26 janvier 2019

OK Monsieur c'est pigé, merci !

OK Monsieur j’ai compris : je suis de la merde. J’ai une vie de merde, je bouffe de la merde, je bois de la merde. C’est pigé M’sieur, cool. Mon air est fait de merde, quand je marche dans la rue je marche dans la merde je suis un merdonaute, tout est de la merde partout, chuis un cosmonaute de merde dans une existence de merde, à chaque seconde je respire de la merde, j’écoute de la merde, elle rentre dans mes oreilles, mes pensées sont merdiques, mes espoirs sont merdiques, je m’habille de merde, j’habite et dors dans de la merde, et quand je rêve, quand enfin je rêve, je fais des grands rêves de merde dans des labyrinthes de merde sans fin, dans lesquels je cueille des fleurs de merde. Des dreams de dreum. Puis je me réveille, toujours dans la merde : les murs sont en merde, tout est en merde, je merde. Et même la merde c’est trop beau, merde c’est un mot trop beau pour moi, vrai Monsieur. Du coup j’ai des habitudes de merde, des addictions de merde, je fume de la merde, je fume de merde, et l’électricité et les ondes sont une merde invisible qu’est partout.
Et c’est pigé Monsieur, la vérité, c’est mérité. C’est ce que je mérite. C’est simple : je suis une merde, je pense de la merde, je mérite de vivre comme une merde. Je me mets dans la merde, et me fous encore plus dans la merde, et ça m’emmerde : je tousse de la merde, je crache de la merde, je mouche de la merde, je chie des pissenlits de merde, je pisse de la merde, mes larmes sont en merde, mon sperme est de la merde, j’ai une santé de merde, je fais des boulots de merde, j’ai des relations de merde, je regarde des séries et du foot de merde, je joue à des jeux de merde, et chuis habillé comme une merde. Tout est logique. Du coup je me comporte comme de la merde, et ne suis qu’une petite merde parmi beaucoup d’autres sous-merdes, dans un ensemble assez merdique. Le soleil lui n’est pas en merde, je crois, mais le pauvre il doit éclairer toute cette merde tous les jours, en attendant que quelqu’un comme vous, Monsieur, tire la chasse. 
Alors oui Monsieur vous pouvez faire caca sur ma tête. C’est OK, pas besoin de demander, c’est bien la moindre des choses. Vu mes compétences de merde, mon expérience de merde, mes revenus de merde, mon utilité zéro, oui Monsieur je ferai les trucs de merde que vous demandez, sans problème. Faites caca sur moi c’est gratuit. Les gens font la queue pour me faire caca dessus, voilà un coupe-file. Faites caca sur ma tête, la mienne, celle de mes enfants, celle de ma femme, celle de mes parents, celle de mes potes, celle de mes voisins, faites caca dans ma bouche, faites caca sur ma porte, faites caca dans mon lit, faites caca sur moi, tous les jours, pas de problème. Faites comme tout le monde c’est normal. Je veux bien me tirer une balle dans la tête, mais ça fait un plop, comme dans une merde. Et chuis toujours là. Perdre dans un monde de merde, c’est dans l’ordre.

ouvrir bien la bouche / khalid EL Morabethi






Ouvrir bien la bouche 

Khalid EL Morabethi






jeudi 24 janvier 2019

systématiquement Travis Scott







C’est une carapace. Désormais et systématiquement, je mange pour que je m’intègre. Pour que ce soit possible. Pour avoir le droit de marcher dans la foule. Pour que je circule normalement et poliment parmi les gens.
Et désormais et systématiquement, je pense, mais il y a une autre existence et ça se forme comme un trou, qui se met en face de moi et qui me parle lentement, qui articule et qui n’a pas le même tentacule au-dessus de la tête et au-dessous du cerveau.
Donc et désormais et systématiquement, je prends la logique au second degré. Le tentacule fait tout ce qu’il veut et il met la réalité dans une boite des c’est-à-dire.
Voilà et désormais et systématiquement, je prends la logique avec de l’eau salée. Le tentacule coud mes pulls et à partir de là et cela permet d'oxygéner plus efficacement ses cellules.
C’est supposé être drôle et désormais et systématiquement, ce n’est pas n’importe quel passage. Ce n’est pas n’importe quel sentiment. Ce n’est pas n’importe quel organe. Ce n’est pas n’importe quels mouvements des mains. Ce n’est pas n’importe quel mutant. Ce n’est pas n’importe quel regard. Il faut que tu crèves les yeux pour que tu me voies. Pour que tu voies. Pour que tu le voies.
L’immensité de. Et désormais et systématiquement, c’est très difficile d’expliquer. Si je continue, je vais me fâcher avec. Si ce n’est pas possible. Si ça n’évolue pas. C’est le but. C’est gagné.
C’est une clef. Et désormais et systématiquement, c’est au fond de l’attitude absurde à l’égard de la carapace tout court.
Khalid EL Morabethi

ǁǁǁ SORTIE DU GOREZINE LE 14 FÉVRIER ǁǁǁ

Salut vous 
qui allez fêter la saint valentin avec originalité 
et déclarer votre flamme avec du G O R E 

un peu de publicité pour le



Le GoreZine orchestre la rencontre de 37 artistes et auteur.e.s offrant un panorama étendu du gore, depuis ses jubilatoires giclées de sang fidèles aux canons du genre jusqu'à ses aspects plus marginaux et empreints de violence crue, légitime et dérangeante. 
Tiré à 130 exemplaires numérotés, il rassemble des textes et des images aux formes multiples traitant de l'horreur, de la déviance, du sang, du sexe et des tripes, choisis et étalés par les soins intensifs et nocifs de Luna Beretta et Christophe Siébert.
256 pages, format 17x17 cm., couverture 300g. pelliculage mat, papier intérieur 90g. ivoire, reliure cousue.
12 euros + 3,50 de frais de port à précommander ici : https://www.paypal.com/webapps/shoppingcart?mfid=1548167887216_30689614c55b3&flowlogging_id=30689614c55b3#/checkout/shoppingCart

Couverture par Françoise Duvivier (détail)
Avec :
St Batsal
Luna Beretta
Pierre Berthier
Jon Blackfox
Lörns Borowitz
Jeremy Bouquin
Jacques Cauda
Morgane Caussarieu
Henri Clerc
Hervé Coutin
Françoise Duvivier
Raphaël Eymery
Audrey Faury
Musta Fior
Sarah Fisthole
Pascal Forbes
François Fournet
Gaspard Garcia
Sébastien Gayraud
Bastien Godard
Kra
Céline Maltère
Arnaud Maniak
Marguerin
Steve Martins
Anne Mathurin
Oddinmotion
Saralisa Pegorier
Tsipora Poros
Catherine Robert
Yoann Sarrat
Schweinhund
Christophe Siébert
Ssolœil
Jean-Michel Travel Tour 
Claire Von Corda
Emilie Woestelandt

vendredi 18 janvier 2019

French poem 5 : Chaos



Kings from Queens from Queens come Kings ! Ice ice baby.
Bloody Sunday, Sunday morning : a hard day's night.
Wake me up. Bring the noise. Break on through. The sound of silence. 

Black dog. Blackberry. Black hole sun.
Great balls of fire : you can't touch this.
It's like that. It's a lot. 

Papa was a rollin' stone.
Papa don't care. Sex crime. 
Mama said knock you out. Like a virgin, like a prayer, like a dog without a bone.

Shiny shiny, boots of leather.
Shiny shine to shine ehy ha.
Sha na nananana sha nana nana.
La la la la la. [air de “Life is life”]   

Hey how ya doin'. Sorry ya can't get through.
Yo. Clic clic. Bang bang. Boom boom boom boom.

Hoogie boogie
The boogie to the bang bang boogie.

Tchicatchicatchica Hallelujah ! Ay ay ay. Cha cha cha. Kalimba de luna. Tchiki boum. Yop la boum.

Wop bop a loo bop a lop bom bom !
Wop bop a loo bop a lop ba ba !

SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ ! 

Wap wap wap
Doo wop, doo wap
Choubidou wap

And it's a whoah oh oh oh oh
Baby whoah oh oh oh oh

Doup, chewap, pouh.

Didou didouda.

Ski ba bop ba dop bop
Skibby dibby dib yo da dup dup
Ski-bi dibby dib yo da dub dub
Yo da dub dub

Miaouh miaouh.


She says, sh-sh-shhh.

(Where have they been ?
I'm waiting for my man.)


May all your dreams come true.




lundi 14 janvier 2019

Prométhée

Prométhée.
Prométhée dans la mythologie grecque c'est le titan qui a volé le feu aux Dieux pour le donner à l'humanité.
Pour ce geste, il est punit par Zeus, qui l'attache au sommet du mont Caucase afin qu'un aigle viennent lui dévorer le foi. Chaque jour.
Chaque jour son foi renait.
Chaque jour l'aigle revient.
Prométhée, j'aime ce nom. On dirait comme une injonction à la promesse. Promettez !
Promettez quoi qu'il en coute !
Prométhée me réconforte. C'est la promesse d'un feu.
Prométhée en grec, cela veut dire celui qui réfléchit avant.
Et beaucoup ont pensé celui qui réfléchi avant d'agir. Mais je ne pense pas.
Je crois plutôt que c'est celui qui réfléchit la lumière avant le feu.
Et ce n'est pas tant son foi qui est dévoré, mais sa foie qui repousse chaque matin. Comme pour rappeler que toute reflète la promesse du premier incendie.



 PROMETHEE
L'enfance est remplie de mage et de démons qui vous transpercent le cœur.
Arrivé à certain moment, il ne reste plus que des cendres.
Pourquoi les gens se ressemblent ? Je veux dire de cette manière ?
Une histoire secrète, creuse nos visages vierges. J'en suis convaincu.
Elle dégouline de générations en générations, remodèle la chair au gré de ses stigmates, perfore des crevasses au contour de nos folies.

Comme ça. Paf. Sur la gueule.

La psychose

Ils ont dit que c'était la psychose.

J'ai essayé de découpé mon visage avec une paire de ciseau. C'était à l'époque. C'était le temps du chaos.
Mais je ne pense pas. Pas que la psychose.

Je voulais échapper à ça. Il y avait autre chose.

Je pensais que si j'enlevais cette histoire, étrange, étrangère, que la vie avait dessinée sur ma peau, mon visage,
Je pourrais être libre.
Je ne sais pas pourquoi je me suis mis à penser ça. Je ne pense pas que l'on puisse être libre en fait.
Je pense que l'on ne peut rien faire. Qu'on est piégé comme des rats dans cette chose qu'on appelle la vie.
Tu réalises ? Tant ce truc n'a aucune fin, et nous sommes condamnés à vivre, et à revivre, mourir et renaître pour un temps qui n'existe pas.

Pour qui ?
Pour quoi ?
Je voulais sortir de ça.
Parce que vivre. Et répéter la fin. Sans fin. Sans repos.Sans cesse. Sans répit. Tout cela me semblait être la pire torture qui soit.

Mais les gens étaient prêt à mourir pour ça. Je veux dire.
Avoir de l'argent,
faire des gosses
Et leur faire subir, à leur tour, les stigmates, le visage qui dégouline, les crevasses, la merde en plastique, tout ça quoi.

Alors j'ai commencé à marcher. J'ai fui.
Et je me suis paumé. Je ne sais pas comment.
Dans une forêt. Un truc du genre.
Et je ne sais pas si c'est la folie, mais là. Tu vois.
Là.
J'ai vu cette grotte, perdue au milieu de nulle part. Et j'y suis rentré.
Et il y avait des peintures.
Des animaux,
Des trucs fait à la main, avec de la poudre.
Et je ne sais pas si c'est la folie.
Mais là j'ai eu un flash.

J'ai vu ce gars,
Une sorte de singe dans la vie,
Au milieu de truc qui le dépasse.
Perdu dans une jungle qu'il ne comprends pas.
Et les trucs en feux dans le ciel, et les machins qui veulent te bouffer
Et tous ces autres étranges qui te regardent mais qui n'en savent pas plus que toi sur la vie.


Je l'ai vu comme je te vois,
Essayer de parler,
Mais il n'avait pas les mots. Les mots n'existait pas.

Je l'ai vu essayer de crier, mais il ne pouvait pas.
Il n'y avait rien à crier.
Je l'ai vu.
Je l'ai vu tomber, tomber à genoux, prendre de la terre,
Prendre de la terre et l'étaler sur la roche pour dessiner.
Pour dessiner quelque chose.
Quelque chose de ce chaos fumant qu'il ne comprenait pas.
Et que personne ne comprends.
Son agonie. Notre agonie.
Et que personne ne comprends.

Je l'ai vu.

Et il m'est venu un mot pour décrire ça.
Un mot qu'il n'a pas eu, qu'il n'a pas pu dire. Un mot qu'il n'a pas pu voir.
Un mot.

Profane.


Je ne pense pas que c'était la psychose.
C'était autre chose.
J'ai vu une lumière. Un feu dans la nuit. Quelque chose d'aveuglant.
Et j'ai su.

Je n'étais plus aveugle.

Je n'étais plus profane.

Je suis sorti. Dehors. Annoncer la nouvelle.
Mais les gens n'écoutaient pas.
Ils me prenaient pour un fou.
Il ne voyait pas la lumière.
Dans laquelle il baignait. Tous.
Tout autour d'eux.
Il ne voyait rien,
Rien d'autre que
La folie.

Ma folie.

Notre folie

 

Et que personne ne comprends.

samedi 12 janvier 2019

"Tape recorder", un livre de Patrice Cazelles

A propos du livre Tape recorder de Patrice Cazelles
(par Mathias Richard)

J’ai lu le livre Tape recorder, du poète et performeur Patrice Cazelles, paru aux éditions Tangerine Nights.
A noter tout d’abord que la maquette de l’ouvrage est belle et simple, très lisible, ce qui facilite l’accès aux textes. Puis l’excellente illustration de couverture de Philippe Desclais. 

Ce bref ouvrage (66 pages) est constitué de trois textes. Trois textes très différents, explorant, traçant trois formes, trois directions.

1/ « Chaos = KO »
Les lecteurs de mutantisme : PATCH 1.2 le reconnaîtront, car un large extrait de « Chaos = KO » était présent dans ce livre collectif.
Il s’agit d’un chaos dense de phrases-pensées-sensations : des éléments de langage morcelés, de sources, techniques et natures variées, mélangées (sensibles, informationnelles...) ; des énoncés sur de multiples sujets, assemblés.

2/ « Ceci est mon corps »
A l’inverse, ce texte fait d’un seul bloc et d’un seul élan sans ponctuation est une variation (interrogations, affirmations, répétitions) sur un unique sujet, le corps. 

3/ Si les textes de ce livre méritent tous le détour, mon réel gros coup de cœur est le premier (et plus long) texte éponyme : « TAPE RECORDER (Lecture pour l’oreille) ». Celui-ci est à mes yeux (dans la mesure de ma connaissance de son travail) le chef-d’œuvre de Patrice Cazelles. 

« Tape recorder » (anglais pour « magnétophone») se présente comme la restitution, la transposition écrite, d’un enregistrement audio. L’enregistrement de la parole d’une femme, que l’on comprend être la mère de celui qui enregistre. Une femme plus toute jeune, de la campagne (de Franche-Comté est-il précisé sur le quatrième de couverture), qui manie un langage très vif, attachant, imagé, ancien, singulier, régional, « terroir ». 

Les choix stylistiques de transposition oral-écrit (points d’exclamation, points de suspension, peu de majuscules, abréviation/compression de mots/expressions) sont réussis et donnent la sensation du parlé. 

Ce qu’on lit est une voix, une parole fixée. Le résultat est extrêmement émouvant, saisissant, puisque cela témoigne d’un parlé en voie de disparition, d’un parlé du passé (cela rend vivant ce qui est révolu, véhicule une mémoire), et ce qu’elle communique est fort, sensible, énergique, drôle, intelligent, direct, une sorte de sagesse populaire, mais aussi personnelle, originale, le tout traversé de gouffres et vertiges avec beaucoup de naturel, tout est là très simplement. 
Qui n’a pas connu ou croisé une vieille bonne femme parlant comme ça dans le bourg d’un village ? On sent la maison de bourg, on entrevoit d’autres époques. Des guerres, des drames, des amours, des morts, des trahisons, de routines, des petits riens, des naissances, des maladies, des souvenirs légers, des joies, de la solitude, de tout.
Ce texte rend hommage, donne corps à ce parlé croustillant, cette torsion sur la langue par l’image et l’expression, charriant une expérience de la vie.

Si cela m’a tant touché, c’est peut-être, qu’au-delà du cas de la (supposée) mère de l’auteur, nous avons tous connu, et parlé avec, des personnes âgées qui nous ont communiqué, apporté, quelque chose de fort et vrai, et dont la parole a fait surgir pour nous, l’espace d’une discussion, des temps et personnes, et façons de parler, oubliés. 
Ici le pouvoir de la littérature de Patrice Cazelles est de savoir rendre cela au plus juste. Ce texte rend justice, au-delà de son cas particulier, à ces paroles sincères qui font la beauté, la valeur des rapports humains. Si on écoute les gens parler, on constate que la poésie est partout. De façon très contemporaine et fécondante, sans verser dans la littérature régionaliste. Et sans sensiblerie, de par le dispositif textuel (sobre, épuré) proposé, ce livre nous fait découvrir Patrice Cazelles comme un authentique travailleur de la langue, qui utilise les racines pour tâtonner vers l’inconnu.

MR

Tape recorder, Patrice Cazelles (éditions Tangerine nights, 2018)
https://tangerinenights.com/p/tape-recorder





EXTRAITS



Chaos = KO

« Le Savoir alimente le champ de l’ignorance Économie parallèle du doute Mafia Milieu Rituel – Savoir est une défense Ne pas savoir est une fuite Apprendre : n’est-ce par le chaos ? »

« La peur L’anxiété La névrose L’amour La violence L’attente La résistance Les émotions L’amour L’identité La solitude Le rire aigu franc presque un cri L’amour La culpabilité L’échec Le manque L’amour L’histoire de l’enfant qui se réveille la nuit dans la maison Le bruit Plusieurs voix en même temps La radio La route Les phares »

« Tournant Variable Sonde Distribution des hypothèses Langue étrangère Production de modes / de façons / de cassures / de lignages / d’effets / d’affects »



Ceci est mon corps

« le corps qu’a pas fait ses devoirs le corps qui t’informe qui s’inquiète de ta santé mentale le corps qui ferait bien un footing pendant qu’t’es chez le psy »

« le corps qui fait du tourisme sur le corps des autres qui fait le point qui cartographie qui évalue qui soupèse qui compare qui anticipe qui débriefe »

« le corps qui vient de plus en plus tard le corps qui s’égare qui se goure dans les horaires le corps qui répond à la question qu’on lui a pas posée qu’on lui posera plus le corps qui revient de loin qu’on croyait perdu le corps qui se fait sans qu’on s’y fasse le corps qui s’efface pour nous laisser passer... »



TAPE RECORDER (Lecture pour l’oreille)

« C’était dans sa cuisine, dans sa maison à Morsang. Ce jour-là j’ai pu l’enregistrer. Je peux en parler. Voilà. J’écris comme elle parle. » 

« dans la tête… c’est l’impression comme d’être arrivé quelque part mais c’est qu’une impression seulement… on sait pas trop ce qu’on est ni où on est… c’est vague tout ça… mais on y va, c’est sûr… hé oui, c’est l’mystère d’la vie comme on dit… on a bien les sacoches un peu vides au fond... »

« hein ? si quoi… ce que je pense de la vie moderne? oups ! là ! c’est dur comme question ça, moi je parle que de c’que je connais… je suis de mon temps, tu sais... »

« c’était quoi la question ?… ben disons qu’un jour c’est différent… tout’t’pèse… les bruits sont plus les mêmes… c’est sourd… on s’empègue dans des riens… t’es des heures sur des trucs qui vont pas bien… un évier… une clenche.. un nœud d’ficelle… un papier à remplir pour une date tu comprends même pas c’qu’i veulent… tout est plus lourd… tout !… non, c’est sans raison… t’as des bouffées… tu vas t’mettre à chouiner à l’arrivée d’un train… c’est même pas ton train… sais pas pourquoi… tu vois un gosse dans la rue et t’as peur… tu r’vis tes morts ça ça m’arrive surtout l’matin, du coup j’me lève plus vite… pas envie d’traîner là-dedans !… ça dure pas mais y’a quelque chose de planté !… t’es dans l’tube quoi !… si c’est important ?… ce qui est garce, c’est que tu contrôles pas les manettes… ça t’échappe… y’a quelque chose qu’a pris… qui t’as emprisonné… comme si le temps était devenu dur !… les jours sont épais, c’est l’idée que j’ai de la vieillesse… une glu… et ça vaut ce que ça pèse, va… (elle réfléchit)... »

« Y’a des gens c’est des légendes… ils vont parler d’eux comme si c’était des autres… avec légèreté… c’est déboîté d’eux-mêmes… moi tout m’touche… la pluie, les enfants, les allés/rev’nirs... »

« « Tu prendras du pain en r’passant ? »… Tous les jours je le disais sauf une fois et il a dit « Pourquoi tu le dis pas ?… ben depuis le temps tu devrais le savoir ben oui mais j’aime bien quand tu le dis »… avec l’habitude, on parle pour autre chose que ce qu’on dit… les autres ne savent pas ce qu’on dit… on dirait qu’ils nous entendent seulement... »

« T’es repassé des fois ? je sais pas ce que c’est devenu… y’avait des lilas qui dépassaient dessus la porte… ah ?!… c’est dans les papiers, faudrait tout rebouiller, j’ai pas le courage, tu verras ça bien assez tôt… tu vas faire quoi de tout ce que t’enregistres dans ta boîte, là ?…. tu mettras pas mon nom, ça regarde personne tout ça… j’en ai pas tant dit à mon Henri de tout un an !... »

« et alors, il est resté, c’est ça qui compte !… ce que t’es rosse !… comme toi avec tes « peut mieux faire » dans tes cahiers d’école, le souci que j’avais d’ça, mon Dieu… les hommes… vous restez des enfants, vous comprenez rien… toutes, on sait tout suite de quoi vous êtes faits… c’est pour ça qu’elle m’aime pas bien ta Fabienne… elle sait que je sais… qu’est-ce que tu veux… on est capable de ça et ça l’insupporte… tu lui feras pas écouter ton truc là, sinon ça fera un pataquès !… hein ? promets !… même si j’ai rien à cacher c’est pas toujours bon à entendre… y’en a là-dessous (elle montre par terre) des secrets de gens que la terre elle en est grosse... »

« tu vas dire que je radote encore mais… l’autre nuit j’ai refait le rêve… avec tout le tintouin que j’ai dans la tête, j’aimerais bien faire mes nuits quand même… ben non… c’était pas ici, je remettais pas les arbres ni le pays d’ailleurs… du connu et de l’inconnu, comme des gens que tu connais mais avec d’autres habits… et c’était pas leur voix non plus… j’en étais toute estomaquée… ah ça ils parlaient bien, mais je sais plus de quoi… ça m’effarouche ces étrangetés-là… pour quelle raison c’est là… c’est de la manigance… on sait pas si ça vient nuire ou quoi… on est déjà bien assez embarrassé avec ce qu’on sait… pour moi c’est du chinois... »

« (long soupir) t’en reveux une goutte ?… ça te réveillera pendant la route… il te fera pas de mal çui-là, c’est du déca avec de la chicorée… à la guerre on avait qu’ça !… même après c’est resté, tu vois… (elle réfléchit un moment)… on est la dernière génération à avoir connu la guerre… non… c’est pas tant les privations, mais de mourir pour rien… oui, de pouvoir être tué comme ça.. clic, vite fait, sur le pouce… (silence)… après la guerre ?… après la guerre on a compris quelque chose de la vie que vous comprendrez jamais… c’est ballot ce que je vais dire mais… c’est comme une femme qu’a eu des enfants qui cause de rien avec une copine qu’a pas pu en avoir… ben « le rien » c’est tout… c’est totalement différent… ça change tout… alors, après la guerre on a vécu, oui… avant la guerre on était jeune… tu sais quand t’as quinze-seize ans et que cinq ans après t’as plus que la moitié de la classe qu’est là… c’est un bonheur bien lourd à porter… c’était plutôt disons un « appétit de vivre »… le mot bonheur, tu vois, ce mot-là j’ai jamais vraiment pu… peut-être que d’autres si…  du plaisir, certaines fois oui… c’est tout… je m’dis des coups que je suis passée entre les gouttes... »

« ouais… dans l’temps c’était pas pareil… et puis on était jeune, on s’arrêtait pas à des broutilles… qu’est-ce que tu me regardes !… j’te sens penser là, tu vas l’dire à la fin ?… t’es toujours taiseux, toi… quand c’est pour faire ton malin d’écrivain ça va bien mais là tu gâches du silence garçon… tu crois qu’on m’a appris à savoir les choses, moi ?… c’était là et on faisait avec… ah ! c’est sûr qu’on a rien inventé… on faisait ce qui se faisait… déjà bien heureux de pouvoir durer… les gosses i’ suivaient, c’est tout… on avait déjà assez de mal à comprendre les choses pour se poser des comment et des pourquoi… on nous a rien donné, tu comprends ?… c’est pas comme entrer dans du tout fait… tu m’énerves avec tes questions… si ! t’as une manière de te taire qui pose des questions… comme quand t’étais gosse, la même… fallait en suer pour te tirer trois mots à toi… (elle souffle)... »

« c’était les vacances aux Sables… mais si t’étais là… t’avais même trouvé une petite au camping… ah ben tu vois !… c’est vrai qu’on était heureux avec le recul… ou c’est de se souvenir qu’on se voit heureux, je sais pas… j’ai l’impression d’une éternité comme si c’était pas nous... »

« les hommes ont des trous dans leur vie, même eux i’savent pas... »

« Des fois je m’fais l’impression d’être un poisson dans une flaque… avec du sec tout autour… tous les jours y’a moins d’eau… j’me tasse… l’autre matin j’ai oublié de me coiffer en sortant… dans la vitre de chez Morel, je m’ai vue « quelle tête t’as ma pauvre fille, tu peux pas croiser du monde comme ça »… j’ai rebroussé chemin… (silence)… »



Tape recorder, Patrice Cazelles (éditions Tangerine nights, 2018)