mercredi 3 mars 2021

Personne n'entendait la musique.

 Une étape de création à Stockholm.





vendredi 26 février 2021

FERMEZ. Mathias Richard


Fermez

Fermez les portes.
Fermez les écoutilles.
Fermez les fenêtres.
Fermez les yeux.
Fermez les cheminées.
Fermez les conduits.
Fermez les nuages, fermez le soleil.
Fermez tout.
Fermez les devantures, les portails.
Fermez les entrées et les sorties.
Fermez les routes, fermez les chemins. Fermez les terminus, les fonds, les sas, les courants les axes, tous les territoires.
Fermez les magasins, les épiceries, tout ce qui contient de la lumière.
Ouvrez la nuit, ouvrez les écrans, ouvrez les ténèbres, ouvrez le sommeil.
Fermez les vitres, fermez les respirations, fermez les bouches, les nez.
Fermez les parkings, fermez les salles, fermez les centres, fermez les accès, fermez chez vous, et même à l'intérieur de chez vous, et même à côté, fermez chaque chose, et même à l'intérieur de vous-même, fermez bien tout. Fermez les vannes, tous les tuyaux. Fermez les fermes, fermez les farmes, fermez les fourmes, fermez les firmes, fermez les familles, fermez les voitures, fermez les visages, fermez les vues, fermez l'eau, fermez la mer, fermez l'océan, fermez les quais, fermez la terre, fermez le feu, fermez l'air, oui surtout fermez l'air, surtout fermez l'air, fermez l'air.
Fermez les ronds, fermez les pupilles, fermez les iris, fermez les ronds-points, fermez les stops, fermez les voies, fermez les berges, fermez les églises, fermez les stades, fermez les marchés, fermez les marches, les rassemblements, dispersez les cendres, annulez les enterrements, et tous les mariages, fermez les cimetières, fermez les maternités, fermez les promenades, les balades, fermez les cagibis, les cabanes, les placards, les hasards, les maisons, les immeubles, les manoirs, les métros, les couloirs, les souterrains, fermez, fermez les trous, fermez les tous, fermez, toutes les ouvertures, toutes les respirations, fermez, fermez le futur, fermez le présent, fermez la mort, fermez la vie, fermez les possibilités, séparez, isolez, plus de toucher plus de peau plus de sexe, fermez, fermez les sexes fermez, enfermez les vivants, enfermez-vous les vivants, enfer, enfer vivant, enfermez les vivants, enfermez-les, tous, jusqu'au bout, jusqu’au dernier, fermez les avions, fermez les volets, fermez les cockpits, annulez les hélicoptères, fermez les ports, les aéroports, les transports, les bateaux, les stations, les ondes, les sex-shops, les concerts, les expositions, les théâtres, les cinémas, les cafés, les restaurants, fermez les lieux, fermez les endroits, fermez les envers, fermez les places, fermez les impasses, fermez les vasistas, fermez les paupières, les lèvres, serrez les dents, verrouillez les véhicules, les habits, ne respirez plus, fermez, fermez, fermez tout, fermez les formes, fermez les forces, jusqu'au néant, jusqu'à ce que tout devienne strictement immobile, jusqu'à ce que tout soit strictement séparé, jusqu'à ce que tout soit bien rangé et plongé dans des ténèbres complètes, jusqu'à ce que tout soit rien, calme, que cela ne respire plus, que rien ne passe ni dans un sens ni dans un autre, que rien, que rien ne se passe, que plus rien ne se passe, et tout cela, et tout cela, Au Nom de la Vie.
Fermez les dernières postes, fermez les guérites.
Fermez les cercueils. Fermez les cerceaux.
Fermez les cirques.
Fermez les clubs.
Fermez les zoos.
Fermez les festivals, les champs, les clairières. Fermez les falaises, les navires.
Fermez les rues, fermez les égouts, fermez les passerelles, les pontons.
Fermez la Terre, fermez l'Univers, fermez tout.
Fermez bien. Fermez tout. Fermez.











je j’hais les jlikes



je j’hais les jlikes dégelée de jaine des jlikes dans la cage de la gensd’artj’aimerie lacrymoj’aime l’ujine deporcjel’aime on est si bien dans lejaime cest si bon d^’tre bien jaimé si bon de liker d’être liqués on attend ça on regarde souvent pour savoir si on est bien jaimés lichés comme une faux c’edst jaimiale et bien j’aimiable un bel poison psychique un chèque j’aimental cette daubpe on est lié à j’aimais * des fois si tume jaimes alors je telejaime sinon je tejaimerai pas à pmon tour oncollecte onrécolte de nouveaux potentiels jaimeurs pour ^tre un jaimé supérieur un bon jaimbon de baillonné superbe retour de lettres jaimées kel kif ces likes quels kicks dans l’crane moissonné dans l’jÂme de chacun leur mettre saigneurs dans lj o’s c’est le jeu le jus du j’aime sa moelle mais si on n’est pas jaimés ça va pas pas on est tassé dans notre peu de j’aimitude mitée comme porc magie comme pure jaimie t’imagen’aimes mj’aime pas on est pas contents ration de frustration on devient alors un vrai jemiard un rat raté ratatiné tartine de g^^enes une vulgaire gémoise on jeint on jaigne c la lose on saigne des pasdej’aimes à notre box si pas de like on est pas free on est frit q’une sombre jaimerde sans likes on est des gueux dégueux du likes les sasn dent du like un vaut rien du like un zero like je jaimes et je jais les likes les jette tel des minitels des nikes ken à la déjetterie des jaimes sans gènes une hyène de like on se brak alors et on se fabrik au scalpel des colliers de likes avortés aller bien liquer vos races la liqueur de 1k de jaimes vrémen g la jhaine la géjhaine avec cette mauvaise hygiaime hygiaimiasmes morbides et extrêmes déjaimctions pas déjolé de la jaime occajiomée 7j’aime tellemêmement mon gerber du jonc dans votre cageot vautré dans le cav’os surprise !

lundi 22 février 2021

Investir dans l'immobilier à Metz à hauteur de 300 000 euros: idéal investisseurs, couple, famille





 

“Investir dans l’immobilier à Metz à hauteur de 300 000 euros: idéal investisseurs, couple, famille.”

agent immobilite  (2021)

https://www.youtube.com/watch?v=eH-R7zi0YrI  


(clic)À Lorry Lès Metz

Un.jardin.botanique.à.ciel.ouvert

Un ciel

                Un jardin

(Respiration)

Trois chambres un jardin un bureau une cave un garage une terrasse et un terrain clôt arboré

Trois chambres un jardin un bureau une cave un garage une terrasse et un terrain clôt arboré

(Déglutition)

Un ciel

                Un jardin

Natura 2000

(clic)Nous défendons un plan paysage à l’échelleduvillage

Nous défendons un    plan    paysage à    l’échelle du village

Pour.revitaliser.les.sources.et.ressources.délaissées.préserver.la biodiversité.des.zones.humides

                                                                                        (respiration)  la biodiversité des mondes humides

Protéger

                les arbres anciens de grande taille menacée par les sécheresses estivales de plus en plus longues                                                                                                         (clic)  estivales de plus en plus longues

(clic)

Ce peintre impressionniste peignait                entre autres        des arbres et des forêts

Jadis viticole - et connu pour -(clic)

        Le village ne conserve plus de traces de ses anciennes cultures

UN INVESTISSEMENT LOCATIF EST UN PLACEMENT QUE L’ON ESPÈRE RENTABLE(clic)

(Respiration)(clic): culture

L’agence nationale pour l’information

                                                                5000(clic)

L’agence.nationale.pour.l’information.sur.le.logement.propose.sur.son.site.internet.un.outil.permettant.de.simuler .la.rentabilité.d’une.telle.opération.

En 2020 le couple d’investisseurs a dû mobiliser un apport de 30 000euros contre 24 000 en 2019(clic)

En 2020 le couple d’investisseurs a dû mobiliser un apport de 30 000euros contre 24 000 en 2019

Les moulins servent à affiner les pigments calcaires dont l’un subsiste encore

L’eau

        a longtemps alimenté les lavoirs et abreuvoirs mais aussi 3 moulins utilisés pour affiner les pigments calcaires dont l’un subsiste encore.

        (clic)L’eau(clic)

        a longtemps alimenté les lavoirs et abreuvoirs mais aussi 3 moulins utilisés pour affiner les pigments calcaires

dont l’un subsiste encore.

La flore sauvage se porte bien comme en témoignent le pharmacien et son épouse.

Nous comptons faire de l’eau un support éducatif

         Nous comptons faire de l’eau un support éducatif

La flore sauvage se porte bien comme en témoignent le pharmacien et son épouse.

La flore sauvage se porte bien comme en témoignent le pharmacien et son épouse.

Trois chambres un jardin un bureau une cave un garage une terrasse et un terrain clôt arboré

Trois chambres un jardin un bureau une cave un garage une terrasse et un terrain clôt arboré

Un ciel

                Un jardin

Natura 2000

 (clic)revitaliser les sources et ressources délaissées préserver la biodiversité des zones humides

         pour revitaliser les sources et ressources délaissées préserver la biodiversité des zones humides

Les vergers essentiellement composés de pommiers retombent parfois à l’état de friche.

        Les vergers                composés        de pommiers retombent parfois à l’état de friche.

En revanche, la flore sauvage se porte bien comme en témoignent le pharmacien et son épouse.

En revanche, la flore sauvage se porte bien comme en témoignent le pharmacien et son épouse.

lundi 15 février 2021

samedi 13 février 2021

mercredi 3 février 2021

EEHPROM

 https://www.youtube.com/watch?v=Mjpl3myRjCI&fbclid=IwAR0P37aN_Q_KPtTzrNo1EgdQZr6EMawX3oO5wgQqOpE7SweCzlSR-XwT7Zw

jeudi 28 janvier 2021

mercredi 27 janvier 2021

dimanche 24 janvier 2021

FF2P

 FF2P. FédérationFrançaise2Punks

FF2P. FiFils2Pute (ou Poète, same)

FFP2. Fédération Française des PutesPoètes
on attends vos propositions (la dérection).
(précisions aux plaisantins, la dérection n'est pas lasse d'érections,
ni déréliction, à la milite une défection,
la maladégénérée ma générale, etc.).
La dérection décline
mais ne se rend pas !

X caste

j'enmich el bunker
et manuélise l'débris
gicle sur l'maqu' rond
vier rose navrant
au lit un vrai lot de bâches hamel
j'ai c'te barre hier
Ffp2 (fédération français des putes-poètes)

samedi 23 janvier 2021

mercredi 13 janvier 2021

Besançon

 

Retenir

Sa leçon

A Besançon.

Le cosmos

Tombe

Dans une tasse

De café.

Être lumineux

Comme n'importe

Qui.

Le nez est taillé.

La douche est longue.

vendredi 8 janvier 2021

La leçon ( how to open your mouth )

 


La leçon ( how to open your mouth ) 

voici la leçon pour ouvrir la bouche, il y a quatre étapes, il faut les suivre, les apprendre par cœur et surtout ne pas se tromper, il y a plusieurs méthodes, je présente ma propre méthode, c'est facile, il suffit de se concentrer .



samedi 19 décembre 2020

On est

 






















toujours là.
























A toi de prendre le relais, aussi. C'est ton tour.



























































lundi 7 décembre 2020

Publicité


 

jeudi 26 novembre 2020

Destin

Le destin

A des poils

Au bras.

Retourner

Dans sa vie

De bébé

Et jouer à

La corde

A sauter.

Des chevaux

Sautent

Sur des tableaux,

Des lunes

Dessinent

Le soleil

Avec un feutre

Noir.

Retenir

Son nombril

Pour qu'il

Ne s'envole pas.

samedi 21 novembre 2020

"Je suis étranger partout" (vidéo Mathias Richard)

 

Voici une nouvelle création vidéo (basée sur les principes du "film mutantiste") intitulée "Je suis étranger partout" : https://youtu.be/uP47fH53Qf4 [durée : 00'58'']

Images (septembre-octobre 2020) : Cyrill Chatelain - Rémi Coste - Jessica Luhahe - Sami Maison - Nora Neko - Anaïs Poulet - Mathias Richard

Texte et montage (octobre-novembre 2020) : Mathias Richard


***

Je suis étranger partout.
Je ne comprends que ceux qui sont étrangers partout.
Ma seule famille est ceux qui sont étrangers partout.
Mes seuls proches sont les étrangers partout.
Le peuple de ceux qui sont étrangers partout.



mercredi 18 novembre 2020

Entretien avec Mathias Richard sur Radio Actoral (octobre 2020)

Le 9 octobre 2020 à Montévidéo (Marseille), une émission a été consacrée à Mathias Richard sur Radio Actoral (la radio du festival Actoral, diffusée également sur Radio Grenouille), MR a été interviewé par Michaël Batalla (directeur du Centre international de poésie de Marseille) et Thomas Corlin (journaliste). La discussion a traversé toutes sortes de sujets à toute vitesse, et occasionné deux mini-lectures inédites !

Sons diffusés : "Manifeste mutantiste" (extrait) par Mushin ; "R/O" (extrait live cipM) par Mathias Richard ; "Je veux marcher dans le soleil" par Sexport ; "The Map" (extrait) par Deity Guns.

Pour écouter l'émission, c'est ici : https://youtu.be/llKV3Ci9yP8


dimanche 1 novembre 2020

Néant



 Un poème extrait d'une BD sur laquelle on travaille avec Fred Vaysse. On est à la recherche d'un éditeur :)

Rémi

Je suis fait pour vibrer



samedi 17 octobre 2020

Le singe

 


Tout le monde te déteste, le singe. 

Lors des rendez-vous au point d'eau, tu ne fais rire personne.

Tu mets mal à l'aise tes congénères.

Tu penses manger le cerveau des plus petits à notre place ? Tu aimerais bien, psychopathe.


Elouette ne t'aime pas et t'ignore à chaque fois qu'elle passe dans les branches devant toi.


Ranar ne t'aime pas et est persuadé que tu aimerais bien avoir l'occasion de penser à la manière dont tu t'y prendra pour approcher sa guenon, peigne à poux à la main.

Et moi, je me demande chaque jour pourquoi je t'ai accepté dans la jungle, alors que tu ne peux ni te battre, ni te faire battre.


La jungle d'Alfred - https://lajungledalfred.blogspot.com/

vendredi 16 octobre 2020

Un courrier reçu


J'ai reçu ce courrier (courriel), que je trouve si extraordinaire que je le partage ici.
M.R.


"Ci-dessous, je vous raconte mon histoire avec l'un de vos textes. Cela risque d'être long et inévitablement bizarre.

---------------------------------------- TÉMOIGNAGE

Actuellement je me sens épanouie dans ma vie et je sais que je le dois à l'écoute d'une de vos créations, il y a un an et demi.

Je ne vous connais pas. Je ne sais rien de vous. Mais j'avais déjà beaucoup apprécié l'un ou l'autre de vos textes. Quand je vous lisais, j'avais l'impression d'être chez moi. Un vrai chez moi où je me sentais bien dans chaque pièce avec des objets et des meubles que je reconnaissais. C'est donc sans la moindre méfiance que j'ai lancé l’audio. Le sujet m'était familier, le style passait bien. J'écoute et bosse sur l'ordi en même temps (normalité quotidienne). Et puis, je n'ai pas compris.

Souvent les gens ont peur de la mise à nu, se retrouver sans rien, sans protection. Dans un premier temps c'est ce que je ressentis. Mais, il y a pire : l'intimité avec un corps étranger qu'on a pas invité. Le sentiment que quelque chose s'est glissé de manière insidieuse sous la peau et en soi-même, c'est dérangeant et peu de le dire. Ce son qui a empli l'air, mon air, mon espace, mon chez moi. Invasion, pénétration, intrusion, occupation. Je ne sais pas pourquoi ça s'est passé comme ça - enfin si, entre temps j'ai compris.


Il m'arrive d'avoir peur qu'on force mon firewall ou de me choper un troyen… bien sûr, je parle de mon ordi. Je pense toujours à protéger mon ordinateur.


Il y a un endroit en moi-même que j'avais volontairement condamné il y a longtemps - protection. Et vos mots, se sont glissés là, comme des vers, lentement mais sûrement, me grignotant l'intérieur. Des choses importantes que j'avais mis des années à construire. Invasion, déconstruction. Ils se sont immiscés partout, ont grossi et tout explosé. Expérience agressive. Impression d'être pénétrée de toutes parts, là où personne ne vient, même pas moi. En d'autres circonstances j'aurais peut être apprécié, si seulement il s'était agi de sexe, si j'avais été d'accord, je sais faire, je comprends, sais comment ça se passe. Mais, là, c'est autre chose. Manipulation psychologique sans doute. Quel terrible pouvoir. On en aurait brûlé pour moins que ça. Vous avez enfanté une créature terrible et malicieuse qui m'a défoncée l'être. Pardon, je suis directe, ne le prenez pas mal et si cela peut vous rassurer,  je vous promets que tout se termine bien.

Impossible d'écouter jusqu'au bout, je suis curieuse et prête à essayer beaucoup de choses, mais là, non, pas comme ça. Je suis en ruine. Il reste 2 minutes d'écoute. Me répète dans la tête "ce n'est qu'une voix, ce ne sont que des mots, que des mots que je connais déjà, des phrases que je connais déjà, c'est ridicule, c'est ridicule". Il reste 2 minutes, c'est ridicule et j’éteins quand même. Je suis dans mon salon, je devrais me sentir en sécurité, mais on dirait qu'il n'y a plus de murs, je vous entends toujours, c'est entêtant, embêtant, votre voix, encore là. Trop tard. L'air est comme vicié par les ondes sonores que vous avez produites. Je ne comprends pas ce qui se passe, ce qui m'arrive. Non, je ne prends pas de drogue, n'ai pas de maladie mentale, peut-être une hypersensibilité. J'ai besoin d'aide. C'est ridicule. Personne n'a besoin d'aide après avoir écouté de la poésie, ça se saurait. Je dois me reprendre, c'est n'importe quoi, je fuis dans la cuisine. Boire de l'eau. Agir normalement. je regarde autour de moi, c'est ma cuisine mais j'ai l'impression que ce n'est pas chez moi, idem dans le couloir, un regard inédit sur mon environnement… soudain un manque de cohérence, une perte d'adhérence. Et moi? Qu'est-ce que je fais ici? Pourquoi je suis là? Je ne sais plus. Je ne me souviens. Et même si j'arrivais à me souvenir, ce sentiment que ça n'aurait pas de sens.

Il y a quelque chose en moi qui n'est pas à moi. Quelque chose de vivant qui s'est logé là où j'avais fait le vide, quelque chose qui est allé fouiller et qui a tiré, extirpé ce dont je ne voulais plus. Ce morceau de moi-même dont je m'étais débarrassée - elle est morte - ce morceau que j'avais balancé parce que trouvé inapte à la vie - elle est morte - un cadavre qui remonte à la surface - elle est morte - flotte dans l'eau, exposant sa peau livide au soleil. Mais je n'en veux pas. Elle est morte. Et j'entends toujours cette voix, ces mots, je n'en peux plus, ça me pénètre en profondeur, pitié, à l'aide. Je suis en colère. Vous n'avez pas le droit. A cet instant, je vous en veux. Je sais que ce n'est pas vous, que vous n'y êtes pour rien. Pourtant, c'est vous ou moi, quelqu'un doit être responsable et de toute évidence ce ne peut être moi. Je me sens fragile, explosée, nue et sans ossature. A l'aide ! 

Debout tétanisée dans la cuisine avec mon verre d'eau, essayant de reprendre le dessus. La porte s'ouvre, ma coloc. Bien sûr qu'elle peut voir que ça ne va pas. Mais comment lui raconter? De l'aide, j'essaie. Ça va être comique. J'essaie de dire, d'expliquer tout en me couvrant sans cesse les oreilles d'un geste protecteur. Je me revois, les larmes aux yeux, pleine de colère disant "ça m'énerve! ça m'énerve! On a pas le droit de faire ça !" Je suis là perdue et ravagée dans ma cuisine pendant que lui (vous) "il est je ne sais où en train de parler avec sa bouche" - je fais des petits becs avec mes mains que j'agite dans tous les sens - "il balance des choses comme ça, à tout va, sans se soucier de rien, ça me fait mal !". J'ai fondu en larme et elle a éclaté de rire. Je me suis excusée. Dire combien c'est insupportable d'être assailli par les pensées d'un inconnu, comment j'ai mis péniblement 9 ans de ma vie à tout reconstruire et que vos mots ont posé une bombe qui a tout détruit, dire comment les murs ont été pulvérisés, juste au son de votre voix. Comment ce truc m'a pénétré tous orifices, interstices et intérieurs, que je peux presque le sentir physiquement dans ma tête, ma poitrine, mon ventre. C'est dégueulasse. Si au moins je vous avais rencontré, si au moins nous nous connaissions un minimum, je vous aurais appelé, je vous l'aurais dit avec MA voix, tout doucement mais fermement : "Mathias, c'est dégueulasse". Il y en a partout, c'est visqueux, gluant, grouillant, j'en suis pleine dedans, dehors, dans tous les pores. Et, je suis toute seule pour faire le ménage.

Ne me touchez pas - laissez-moi - ne me touchez pas - si ce n'est pas vous, c'est qui, c'est quoi - ne me touchez pas - je ne veux pas être touchée - pourquoi vous faites ça - je ne sais pas quoi faire de cette chose que vous avez créé - ne me laissez pas seule avec elle - elle me fait peur - elle est indomptable.

Parfois je surveille les ports de mon ordinateur. Juste vérifier qu'il n'y ait aucune connexion anormale. Non, tout va bien. Il va bien, lui. Il ne ressent rien, lui. C'est comme s'il n'existait pas. D'ailleurs, il n'y a pas de "il", lui n'est personne. Et, elle n'est plus.

Je veux être une machine - un ordinateur - ne rien ressentir - viole-moi en mp3, par usb 2.0-3, Ethernet -  je ne ressens rien - éternellement - pour toujours et à jamais ne rien ressentir.


Après... après, je me souviens ces deux jours à écrire presque en continu, y compris la nuit, pour extraire. Il me faut un vermifuge. Je ne sais plus quoi mais j'ai écrit des pages. Je voulais retrouver ma vie, comme elle était, avant. Rien - irréversible, irréparable. Et ce logiciel qui s'exécute en arrière-plan, la créature indélogeable à l’œuvre dans la pénombre, elle aime mes entrailles. Jour après jour, semaine après semaine, je la sens. Maintenant elle contrôle des parties ici et là. C'est son territoire et moi j'apprends à vivre avec elle parce que je n'ai pas le choix. Elle me fait faire des choses que je ne faisais plus. Progressivement, agir selon ses règles devient vital. Je prends des risques, elle m'épuise. Elle aime tout ce que je n'aimais plus. Elle est affamée, intense, et avec elle c'est toujours un peu dégueulasse, visqueux, humide. Il y a de l'eau croupie dans ses traces car elle est nécrophile.

Régulièrement ce monstre s'immerge dans la vase et va chercher le cadavre que j'avais noyé dans les profondeurs. Il lèche, avec sa langue, avec sa bave, la peau froide, pâle, les plaies, le sang séché du corps inerte, embrasse ses lèvres violettes, lui fait l'amour et l'aime comme moi je n'ai jamais su l'aimer. Elle était en demande mais je ne pouvais pas. Mon double. L'autre. Celle qui est moi mais je ne pouvais être elle. A force de soin et de stimulation, la créature la ramena à la vie. Elle ouvre les yeux, plonge son regard dans le sien. Elle n'a pas peur. Et ces mots qui lui sortent de la bouche comme un animal qui s'échappe : "touche-moi, touche-moi encore". Elle recherche le contact, le peau à peau, une étreinte, être saisie, être prise peu importe le sens pourvu qu'elle sente la chaleur, le sang qui pulse sous la manipulation des doigts, des mains. Sauvage, simple et déconcertant. Deux monstres copulent en moi et accouchent d'une femme.


Règle mathématique : (-) x (-) = (+)


Je l'aime cette femme. La partie qui me manquait, que je n'avais pu trouver, est soudain là en face de moi. Je peux la regarder, de près, avec netteté. Je comprends et reconnais son visage. Avec elle je me sens bien, je me sens complète. Réunie, je la serre dans mes bras jusqu'à se confondre, unifiée nous sommes. Je suis. 


-----------------


Beau et extraordinaire ce qui m'est arrivé, merci Mathias Richard.

Le monde n'a pas changé, la plupart de mes problèmes sont toujours là, cependant j'ai pu retrouver une forme de cohérence et d'épanouissement dans mon quotidien. Et je pèse mes mots en disant que c'était vital et urgent. Vous m'avez aidé à redevenir capable, le rêve de toute personne handicapée. Ce que vous créez peut réussir là où tout a échoué.

Il suffit d'un coup d’œil pour se rendre compte de la générosité avec laquelle vous vous donnez dans ce que vous faites. Je vous souhaite de recevoir tout autant.

Pour finir, j'ai conscience du caractère hors norme de ce mail, j'espère ne pas avoir dépassé de limites et si c'est le cas que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.

Respectueusement."




lundi 12 octobre 2020

jeudi 8 octobre 2020

asp2004

mercredi 30 septembre 2020

"Je suis étranger partout" (appel à participation vidéo)

Dans le cadre d'une vidéo qu'il est en train de réaliser, Mathias Richard appelle toute personne intéressée à lui envoyer une mini-vidéo de la lecture du texte suivant :

Je suis étranger partout.
Je ne comprends que ceux qui sont étrangers partout.
Ma seule famille est ceux qui sont étrangers partout.
Mes seuls proches sont les étrangers partout.
Le peuple de ceux qui sont étrangers partout.

Envoyer par Wetransfer à richard.mathias@orange.fr
Date limite d'envoi : 10 octobre 2020

Vous pouvez le lire face à la caméra (visage, bouche...) ou sans que l'on vous voie, votre voix accompagnant la vision de ce qu'il y a en face de vous (un bout de mur, un paysage, une personne, un écran, etc.)

Inutile d'être perfectionniste, votre vidéo sera un matériau dont ne seront extraites que quelques secondes, 2-3 syllabes maximum, selon le modèle de "French poem 4 : Politics" : https://youtu.be/3ObVGR6ClqA

A chaque syllabe, le plan va changer et ça ira très vite. MR a déjà fait pas mal de plans lui-même, mais aimerait mélanger les siens avec d'autres personnes/sources/ambiances/voix/visages...


Résumé :

- vous faites un enregistrement face caméra, et un enregistrement derrière caméra (sans que l'on vous voie) avec un plan sur ce que vous voulez (chez vous, fenêtre, rue, mer, toilettes, n'importe quoi), vous envoyez les deux à richard.mathias@orange.fr

- bien  prononcer/articuler (parler plutôt lentement) car le découpage sera syllabe par syllabe donc il faudra que ce soit distinct

- critères techniques (pour que ce soit mixé facilement) : Largeur de trame : 1280 / Hauteur de trame : 720 / Fréquence d'images : 25.00 trames/s / Taux d'échantillonnage audio : 48.000 KHz

A bientôt pour vos participations ! :)

Parution du livre collectif OoZ (septembre 2020)

Mathias Richard publie des versions spéciales de ses textes "Quelque chose d'autre" et "Page blanche" (ce dernier totalement inédit) dans le livre "méli-mélo" OoZ orchestré par l'artiste Stéphanie Sautenet "Ssoloeil". 
Chaque page y est découpée en trois (trois dessins, trois textes) et les agencements/assemblages à partir de ce dispositif sont quasi-infinis.

Avec Luna Beretta, Théo Delil, Joseph Derens, Anne-Gaëlle Jourdain, Michel Lascault, Kenny Ozier-Lafontaine, Mathias Richard, Stéphanie Sautenet, Christophe Siébert.

L'ouvrage est disponible à Paris dans les librairies de la galerie Arts Factory et de la Halle St-Pierre, et est commandable auprès de ssoloeil@gmail.com.




Une soirée de performances, lectures, vidéos et concerts autour de la sortie de ce livre a eu lieu le 12 septembre à la galerie Béatrice Soulié à Marseille.

samedi 19 septembre 2020

Le feu s'arrête

 


 

 

Les arbres brûlent autour de moi. Les fougère aussi. Je cherche à m'abriter.

Le temps devrait bientôt virer à l'orage.

Le chemin disparaît sous les pas des singes qui avancent en se serrant les bras.

Ils ont le visage creux, les yeux béats et les dents bien visibles.

Ils tombent quand je tombe. Il ne pleut toujours pas.

Le feu s'arrête. Après la lisière, la plaine.

Et il ne pleut toujours pas.

Le ciel se couvre d'orange. 

Alors que je rase mes cheveux, ma tête tombe et s'en va.

dimanche 13 septembre 2020