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samedi 2 janvier 2016

MA TRIBU


La terre est la même
     le ciel est autre.
Le ciel est le même
     la terre est autre.

De lac en lac
de bois en bois :
quelle est ma tribu ?
- je me demande -
quel est mon lieu ?

J'appartiens peut-être à la tribu
de ceux qui n'ont pas de tribu ;
à la tribu des moutons noirs ;
ou bien encore à une tribu dont
les ancêtres viennent du futur :
une tribu encore à venir.

Mais si je dois appartenir à une tribu
- me dis-je -
que cette tribu ait une grandeur,
qu'au moins ce soit une tribu forte,
dans laquelle rien ni personne
ne soit placé au ban de la tribu,
dans laquelle tous les êtres
et toutes les choses
occupent un lieu sacré.

Je ne parle pas d'une tribu humaine.
Je ne parle pas d'une tribu planétaire.
Je ne parle même pas d'une tribu universelle.

Je parle d'une tribu dont on ne peut pas parler.

Une tribu qui a toujours existé
mais dont l'existence est encore à attester.

Une tribu qui n'a jamais existé
mais dont nous pouvons attester
à cet instant même l'existence.



"Ma tribu" est un texte du mexicain Alberto Blanco,
traduit par Laurent Bouisset (http://fuegodelfuego.blogspot.fr/)

Ce texte, lu par Laurent Bouisset lors de l'émission "Dataplex / Free Poetry" (Radio Galère, Marseille) du 15/12/15 fait étrangement écho à de nombreux éléments du manifeste mutantiste.

Un peu partout sur le globe, des gens éparpillés et séparés expriment de plus en plus nettement certaines visions et certains besoins..

samedi 4 avril 2015

Seuls. Mathias Richard



Nous
qui
séparés
vivons.
Nous, la pâte de la vie, avons été séparés en petits morceaux.
Nous, la pâte de la vie, nous sommes séparés en petits morceaux.

Nous sommes nés
d'impossibilités accumulées.
Nous sommes nés
de surpopulations de solitudes.
Nous sommes nés
de quarante mille générations dans la merde à la suite.

De la naissance à la mort,
nous sommes une expérience,
celle de la solitude.

Seuls, seuls, seuls
Aussi seuls qu'il soit possible d'être seuls

Seuls, seuls, seuls
Nous sommes seuls, aussi seuls qu'il soit possible d'être seuls.

Comme dit
mon ami,
On
naît
seul,
on
meurt
seul.
Avec tout homme je suis seule. Avec toute femme je suis seule.
Seule, je suis seule. Avec les autres, je suis seule. 
Isolée, je suis seule. En compagnie, je suis seule.

Seul, seul, seul, nous sommes seuls, aussi possible d'être seuls qu'il soit possible d'être possible d'être seuls.
Seul, tu es seul ; avec l'autre tu es seul. 
Avec tout homme, tu es seul.
Avec tout animal, tu es seul.
Avec tout être, tu es seul.


tu es 
la personne la plus seule que je connaisse

La dure réalité te frappe. Tu vas passer le reste de ta vie comme cela - totalement seul. Une vie c'est vrai c'est court, mais d'une certaine autre manière c'est long, il y a beaucoup de jours dedans. Et beaucoup de minutes dans chaque jour. 

À une époque je cherchais les gens les plus proches. Maintenant je cherche les moins loin.

Les seuls appels que je reçois sont des erreurs téléphoniques. 
Les seuls courriers que je reçois sont des publicités (et des factures).
Mes seuls amis que j'ai sont les caissiers de chez Auchan
et la boulangère parmi tous ses clients.


Je suis si sssssss- rien à foutre rien à foutre rien à foutre - Je suis si sssssss- rien à foutre rien à foutre rien à foutre – je suis si sssssss – rien à foutre rien à foutre rien à foutre


il est dangereux de rester isolé plus de quelques années 

avec soi-seul pour voir, avec soi-seul pour entendre, avec soi-seul pour se souvenir, avec soi-seul pour sentir, avec soi-seul pour penser, avec soi-seul pour jouir, avec soi-seul pour souffrir

Le héros finit sa vie seul, constamment couché, en regardant des vidéos de Laurel et Hardy. 


Seule cellule lisse et sale ; dans la solitude sans nom et sans fond de la solitude qui n'a pas de nom et pas de fond. Dans la solitude sans nom et sans fond de ce qui n'a pas de début et de fin. Dans la solitude sans nom et sans fond depuis le début et jusqu'à la fin. Dans la solitude sans nom et sans fin depuis le début et jusqu'à la fin. 
Seul esseulé dans la solitude de la solitude sans fond de l'être de sans nom.

Il y a un très grand vide en moi, 
du vide avec de l'acide dedans.
Il y a un très grand vide en moi, un vide qui détruit et ronge et aspire tout.
du vide avec de l'acide dedans

c'est vide à l'intérieur. C'est Vide À L'extérieur.
séparée de la ville et de la nature en même temps
séparée de soi et des autres en même temps
c'est vide à l'intérieur. C'est Vide À L'extérieur.

regarder un film encore plus triste que moi, ça va équilibrer tu crois ?

Un seul, deux seuls, trois seuls, quatre seuls, cinq seuls, mille seuls, sept milliards de seuls, aussi seuls qu'il soit possible d'être seuls. Seuls, seuls, seuls ; seuls comme la société. Seuls comme personne. Seul en silence. Seul, en silence. Seul en silence, seul en silence. Dans la solitude, parmi les solitudes. Comme un linceul. Seul est là, seul est lisse, lisse et seul, las et lisse ; (lisse et seul, las et lisse). 

Chacun a pour nom et prénom Solitude. (sola solita, solo solitou)

La clé de seul, j'ai la clé des seuls, elle ouvre sur un monde, j'ai la clé des seuls elle ouvre sur un monde.

Tu sais que nous sommes seuls mais tu ne le supportes pas.


Seul, seul, seul, seul.
On dirait que ce mot, « seul », a été fait pour toi.
On dirait que ce mot a été inventé pour toi.
On dirait que ce mot a été sculpté pour toi.
On dirait que ce mot a été dictionnarisé pour toi.
On dirait que ce mot a été fait pour toi.
Seul, seul, seul, seul :
On dirait que tu tiens absolument à ce que ce mot existe dans le monde et que tu tiens à en être l'incarnation la plus exacte.
Seul, seul :
On dirait vraiment que tu l'aimes ce mot, et que tu voudrais explorer ce qu'il veut dire, que le dictionnaire c'est pas assez pour en faire une définition, tu voudrais en être une définition qui marche dans le monde. 
Seul, seul, seul. Aussi seul qu'il soit possible d'être seul. Aussi seul qu'il soit possible d'être seul. 
Aussi seul que le soleil.
Aussi seul que la solitude.
Aussi seul, aussi seul, aussi seul, aussi seul.
Aussi seul, aussi seul, aussi seul, aussi seul.
Aussi seule qu'une saucisse qui scie le sol.
Aussi seul que le sol scié sur une saucisse.
Aussi seule qu'une salle, aussi seule qu'une saoule, aussi seule qu'une cile, aussi seule qu'une sanle, aussi seule qu'une sulle...
Nous sommes des entités séparées, nous sommes des cellules. 
Chacun est une cellule entourée de vide. Dans chaque millimètre entre chaque personne, il y a une infinité de vide. Dans chaque centimètre entre chaque personne, il y a une infinité de néant. Et plus on se rapproche, et on peut se rapprocher de très près, plus ce néant est compressé mais existe toujours. 

Autour de chaque personne, il y a des cercles et des cercles, et des gouffres, et de l'écho, et autour de chaque personne il y a des couches de vide et des couches de néant superposées, Et autour du vide il y a du néant. Et autour du néant il y a du vide. et autour de chaque personne il y a une couche de vide et une couche de néant et une couche de vide et une couche de néant.

Seuls, nous sommes seuls, nous nous racontons des histoires, nous inventons des histoires, seuls, nous sommes seuls. Entre chaque personne, il y a des néants et des infinis infinis. Entre chaque personne, il y a des milliards de kilomètres de vide et de néant infranchissables, même peau contre peau. Même peau contre peau, entre chaque personne il y a des milliards de kilomètres de vide infranchissables.

Nous sommes des cellules séparées, qui souvent aspirons, à l'indifférenciation.


elle est déseulée
d'être si seule
elle est décelée
d'être si seule

seule comme le jour, seule comme l'amour

si seule
la plus seule des seules
la plus purement seule des isolées
entourée de murs de vide et de néant
elle fit de la solitude sa grande spécialité  

seule de la manière la plus terrifiante
la seule saoule marche seule sur le sol sous le soleil

Seule comme une saoule entre le sol et le soleil.

Aussi seule qu'une saoule entre le sol lisse et le soleil sale.

Aussi seule qu'une lasse saoule entre le sol lisse et le soleil sale.

Aussi seule que personne. Aussi seule que le silence, les  yeux au plafond. Seule, danse. Si seule qu'elle pense. Elle est si seule que pense. Qu'elle pense, aux os. Elle est si seule qu'elle pense aux os. 

Aussi seule qu'une lasse saoule en laisse sur le sol lisse. Aussi seule qu'une lasse saoule en laisse entre le sol lisse et le soleil sale. 

Aussi seule qu'une lasse cellule saoule en laisse sur le sol lisse sous un soleil sale et salé.



Là où nous sommes, personne ne peut nous voir, personne ne peut nous prédire, nous pressentir, personne ne peut se souvenir de nous.
Là où nous sommes, nous sommes seuls, définitivement, seuls, nuls et non avenus.
Seules des particules dans les pierres, dans l’air, dans la poussière, se souviendront de nous.
Seules des particules dans les pierres, dans l’air, dans la poussière, savent que nous arrivons. Le temps de notre passage, nous avons un contrat à respecter, un contrat avec la vie, le prix est la solitude, on n’a rien sans rien.
seuls les vivants sont seuls
seuls les vivants sont seuls
seuls les vivants sont seuls
seuls les vivants sont seuls


J'ai la clé des seuls, elle ouvre sur un monde.
J'ai la clé des seuls, elle ouvre sur un monde.

De la naissance à la mort, 
nous sommes une expérience, 
celle de la solitude.

Dans un dernier souffle, 
seule par terre, 
dans le noir, 
elle accouchera.



dimanche 4 mai 2014

[R3PLYc4N] Jamais


Mise sur Bandcamp et Youtube de "Jamais" de R3PLYc4N en version séparée.


Le morceau avait jusqu'ici toujours été couplé avec "Mutantiste c'est officiel" :





JAMAIS 

1. 

Assis,
le dos au mur,
le regard fixe,
rien à quoi se raccrocher.

Car il n'y a pas de place pour toi.
Il n'y aura jamais de place pour toi.
Il n'y jamais eu 
de place pour toi.

Jamais... 
Jamais jamais jamais jamais.

Il n'y aura jamais de place pour toi.
Il n'y aura jamais de place pour toi.

Lalala

2. 

Assis,
le dos au mur,
personne sur qui compter.
Le regard fixe.
Tout essayé.

Car il n'y a pas de place pour toi.
Il n'y aura jamais de place pour toi.
Il n'y jamais eu de place pour toi.

Jamais jamais jamais jamais jamais.

Il n'y a jamais eu de place pour toi.

Lalala



vendredi 24 janvier 2014

[1.2 – alpha-test] Agrégat synergétique


Agrégat synergétique


créer-chercher des trous entre les mondes :: et ils mènent ici. Un pont 

Qui sont les "mutantistes" ? Souvent des gens très créatifs. D'autres qui ont des gros problèmes avec l'époque. Parfois les deux. Ou encore autre chose, fuyant toute définition.
Dans tous les cas : des personnes "en recherche", qui ne se se reconnaissent pas dans les tendances générales, ni dans les alternatives existantes. 

Ils n'habitent pas dans les mêmes villes, voire pas dans les mêmes pays. Pas de logique géographique, possibilité de rencontres accélérée par Internet. Nous nous reconnaissons sous d’autres visages. Internet accentue et accélère la confrontation à l’étendue de la pensée possible. Cette confrontation nous fait parfois découvrir notre propre potentiel de mutation, et imiter les capacités des mutants que nous voyons.

***

Certains ont fait le constat de leur impossibilité à faire partie d'un "milieu".
Certains ont traversé mille milieux sans jamais y trouver leur place, sans jamais y être tout à fait à l'aise.
Certains sont fractionnés, ont des personnalités fractionnées, et ne comprennent que les êtres entre plusieurs mondes.
Mutantiste : souvent entre plusieurs mondes  (que ce soit : cultures, classes sociales, nationalités, personnalités...).
Certains se sentent plus proches de ceux à cheval sur plusieurs cultures, ou classes sociales, ou catégories mentales, ou pays différents, plutôt que de ceux confortables dans leur identité et leurs certitudes.

Pourtant, l'être humain a besoin de se sentir connecté à d'autres, à la vie à la mort.
De savoir que quelque part : Aide tu recevras et Aide tu donneras.
De sentir une connexion action-parole.

Cela ne me plaît pas de le dire, mais :
Ce n'est pas un temps pour les groupes, mais un temps pour les individus.
(Il suffit de voir la grimace des gens dès qu'on parle de collectif, groupe, mouvement...).
Les gens sont des petites usines d'eux-mêmes, occupés à produire du eux-mêmes. Et encore et encore et encore.
Et ils n'ont pas tout à fait tort de se méfier car les groupes -même les mieux intentionnés- se transforment vite (si l'on n'y prend garde) en lieux de hiérarchie et de mots d'ordres pas toujours discutables, et, finalement, d'exclusion (souvent de façon non dite, inconsciente).

Ce qui peut relier, le sentiment d'appartenance commune (si magnifiquement décrit par Antelme dans L'espèce humaine) a tendance à s'estomper. Foules anomiques, divisées, atomisées. Quand tout circule sans se rencontrer, le peuple manque.
Tout un appareillage technologique favorise cette présence/absence, le fait d'être quelque part sans vraiment être là, présent. Cette possibilité est aussi une chance (ubiquité, multiplicité et accroissement des contacts possibles), mais comme d'habitude le problème est l'usage qu'on en fait (fermeture, fuite). 

Le mutantisme, bon gré mal gré, aimerait contourner cette "malédiction" de l'époque (cette incapacité à s'aventurer dans une aventure commune), avec, entre autres, son accent sur les singularités, relié à la question de la communauté et de l'intelligence collective.
Dans les expressions "rassemblement de singularités" ou "réseau asocial", la contradiction n'est qu'apparente, car le mutantisme essaie de trouver les vertus du groupe (émulation, soutien, critique, empathie, solidarité, excitation, sentiment du là-nous-maintenant) sans s'encombrer de ce qui peut rendre les groupes insupportables ou aliénants ("petites histoires", soumission à des figures gourouesques, mots d'ordre, relations pyramidales, ésotériques, etc.).

C'est pour essayer de contourner cela que, plutôt qu'un groupe ou un mouvement, le mutantisme est un agrégat (pour reprendre le mot de Nikola Akileus). 
Le mutantisme ce sont des démarches personnelles agglutinées, agglomérées, s'interrogeant sur la possibilité d'un "nous" (sans doute inatteignable et illusoire, mais souhaité, rêvé). Arriver à rassembler les gens sans les enfermer.


Trouver une forme de regroupement, qui accueille chacun facilement en tant que singularité, sans que chacun renonce à ce qui lui est propre, à sa souveraineté, pour un mot d'ordre, une esthétique, un gourou, un chef, un papa, une maman, une figure verticale, ou une sorte de logique de milieu (de réseau, de tribu, de mafia), de conformisme aplanissant, simplement un regroupement "horizontal" permettant de partager ses vues, son travail, d'avancer avec plus de dynamisme et d'émulation, sans être coincé dans sa solitude (anomie, dépression, etc.), ni être pris dans une logique étouffante. 
Faire quelque chose pour l'autre (pour une attente, une réception, un échange) démultiplie l'urgence, la puissance et l'élan créatifs. Se nourrir de l'échange avec les autres, et rendre décuplé ce qu'on reçoit, dans une logique de vie, de dynamisme, de transformation et d'amplification.

L'abandon de l'amitié pour une carrière basée sur l'individualisme a causé une grande perte d'énergie dans le monde littéraire.
Compare, un instant, l'énergie que l'on déploie pour un amour ou un ami proche, à celle que l'on déploie quand on est uniquement tourné vers soi-même.
(Kathy Acker) *

* The loss of friendship, the giving over of friendship to business based on individualism, has caused loss of energy in the literary world.
Think, for a moment, with how much more energy one does something for a lover or for a close friend than when one acts only in the service of oneself.
(Kathy Acker)

***

Un des intérêts "objectifs" de la collaboration entre individus est ce qu'on appelle la synergie : 1+1=3.
Parfois des molécules sont peu efficaces séparément, mais la combinaison de plusieurs augmente le potentiel de chacune. Il s'agit du phénomène d'amplification synergique [}amplifergic{].
Quand le résultat d'une action ou d'un élément est supérieur à la somme des résultats des parties, on appelle cela synergie positive.

La synergie est le phénomène par lequel plusieurs acteurs, facteurs ou influences agissant ensemble créent un effet plus grand que la somme des effets attendus s'ils avaient opéré indépendamment, ou créent un effet que chacun d'entre eux n'aurait pas pu obtenir en agissant isolément.


Il y a un intérêt à associer certaines démarches.
Il y a un intérêt à essayer de dépasser l'égoïsme moyen et aveuglant qui empêche toute chose importante de se faire.
L'idée de tout groupe, de toute solidarité est mal vue aujourd'hui. (Il en va de même pour la notion d'altruisme. Ne parlons pas du destin des mots "gentillesse", "fidélité", devenus synonymes de faiblesse).
Chaque mutantiste comprend l'intérêt, y compris son propre intérêt égoïste (personnel), à s'associer, avec d'autres respectant sa singularité, pour améliorer son travail, sa démarche, sa puissance de modification, et son impact dans la société : dessiner le contour d'alliances objectives entre singularités.
Se relier à ceux qui ne se reconnaissent dans rien et qui se foutent d'"entrer en résistance" mais veulent créer de nouvelles choses (la meilleure défense c'est l'attaque).
L’heure n’est pas aux guerres fratricides, aux querelles de chapelle. Si il n'y a pas d'union entre les différents acteurs de la psychodiversité, si il n'y a pas entre eux des formes d’alliance, d’entraide, d'organisation, de projet (en particulier hors commerce et hors institutions), ceux-ci seront balayés (c’est déjà presque fait), tels les Amérindiens s'entretuant au lieu de s'unir face à l'invasion européenne qui s'apprête à les détruire tous.

Là où vous habitez, créez vos cellules mutantistes.










mercredi 15 janvier 2014

[1.2 – alpha-test] Religions : debriefing


Religions : debriefing 

Fin des religions traditionnelles.
Remise en cause de la métaphysique existante.
Changement de plan.

Pour la première fois depuis le début de l'humanité, des générations sans religion apparaissent.

Avec la diminution de la religion, les comportements liés à la morale religieuse diminuent.
Avec la désagrégation de la société traditionnelle, les solidarités traditionnelles, familiales, locales, régionales, nationales, professionnelles... s'effritent voire disparaissent.

Apparaît l’image d’un être autonome, rationnel, affranchi de toute pensée religieuse.

L'effacement des religions traditionnelles ne fait que rendre plus sensible les questions de la morale et du lien entre les humains.

C'est la première fois dans l'histoire de l'humanité que le sacré tient aussi peu de place dans l'imaginaire et la vie de tous les jours (sans compter les cérémonies, rites de passages...), cela explique des manques, des vides, puisqu'une place importante dans notre cerveau-corps existe pour cela. Le sacré "ruse" et se retrouve parfois attrapé, fondu, pris en charge par d'autres systèmes que la religion : l'art, la littérature, la musique, la science et la technologie, par exemple (mais aussi l'économie, l'argent ; le nationalisme ; le sport ; le star system, les people)

Il y a un bilan du christianisme à opérer clairement, plutôt que d'être dans l'entre-deux, un non-dit, une "ambiance" civilisationnelle. Mon cas : né athée dans un pays semi-athée, post-chrétien, première génération dans ma famille à grandir sans éducation religieuse, mais imprégné d'un habitus chrétien peu clair, prégnant. Il faudrait précisément comprendre, établir, ce qui nous vient de là, quelles sont les règles et usages qui, hors de la stricte religion chrétienne et des questions de "Livre" (choses pouvant apparaître comme un peu folkloriques, des œuvres mêlant Histoire et fiction), peuvent garder une pertinence dans d'autres cadres et contextes. 
Est-ce que l'on peut se contenter de la disparition de la religion ? N'était-ce pas un geste qui correspondait à quelque chose d'important ? Qui pourrait être pensé, pourrait être continué d'une autre manière ? Pendant quelques centaines de milliers d'années, la religion (sous diverses formes, chamanisme, animisme, panthéisme, polythéisme, monothéisme, etc.) a été comme un "muscle" dans notre cerveau, notre pensée. Est-il possible de s'en passer ? Est-ce que ce "muscle" (cette habitude, cette configuration) continue à fonctionner, même sans religion, et à appliquer sa logique à d'autres domaines (l'art, la science...) ? Ce "muscle" souffre de ne trouver d'objet sur lequel s'appliquer, et créée en certains d'entre nous une souffrance, une inconsciente nostalgie de l'absolu, une nostalgie de l'abandon de soi-même, un manque incompréhensible, comme un "trou" dans notre cerveau, qui nous lancerait des signaux d'alerte sans que nous comprenions pourquoi. 

Dans un pays comme la France, l'effacement de la religion sur maintenant plusieurs générations ne fait que rendre plus cruciale (et palpable) la question du lien entre les gens, de ce qui les relie, et de la morale.
La religion avait une fonction d'unification (de la société), et de justification des règles, en particulier morales. Sans elle, nous sommes désunifiés et déréglementés.
On a remplacé les églises par les supermarchés, et les curés par des écrans. Les modèles de comportements et pensées sont dispensés par les mass-médias et les entreprises (corporations).

Un bilan du christianisme (comme des autres religions dans des contextes civilisationnels similaires) est nécessaire (par ses héritiers ou non), afin d'en dégager clairement ce qui en est spécifique et pourrait en être sauvé, retenu (et ce qui peut être jeté aux oubliettes) et permettre à des sociétés futures de fonctionner plus harmonieusement. Et -peut-être- trouver un moyen de relier les gens avec un certain abandon (dans la solidarité, l'amour, l'empathie, l'entraide, le projet). 

Le christianisme fut-il un mensonge nécessaire pour favoriser dans la société des comportements comme la bonté, l'attention à l'autre, l'altruisme ? A-t-on besoin d'un telle illusion pour que de tels comportements existent et soient valorisés ? (On remarquera que je sous-entends que de tels comportements sont souhaitables). Ou est-ce que cela n'a rien à voir et qu'il n'y a aucune connexion (entre religion et attention à l'autre), que les cas d'altruisme ont des bases animales et sont éternels, et/ou encore sont liés à l'existence de toute société ? (Voir l'organisation des abeilles : 50 abeilles égoïstes pour 1 abeille altruiste, cette proportion permettant à l'ensemble de bien fonctionner). Il faudrait établir une "histoire de la bonté" (de ce concept) à travers les âges et les différentes civilisations. Tout cela pour un jour être capable d'établir de nouvelles valeurs (transvaluation, ré-évaluation, néo-valuation) en supprimant ce que pouvaient avoir d'absurde, erroné ou inutilement rigide, certains aspects passés. 




















jeudi 30 août 2012

Manifeste du Mur Bruitiste (HNW) (2008)


"L’individu n’a plus d’autre alternative que de refuser en masse la vie contemporaine promue et prônée. Le comportement juste se trouve dans le bruit et le repli, dans un refus de capitulation à la manipulation, à la socialisation, au divertissement.
Le Mur Bruitiste ne promet pas de redonner un sens et des valeurs à l’existence vécue. Le bruit opaque, morne et continu permet une réduction phénoménologique totale, un moyen contre l’interpénétration existentielle: désengagé dans l’apaisement bestial pur et inaltéré.
Le Mur Bruitiste est pro anomie, l’anomie volontaire. Il remet en question l’institution de toute relation, annihile tout ce qui survient dans un repos menaçant.
Le Mur Bruitiste est une récusation sociale. Il récuse toute notion de groupe, communauté, organisation et admet l’alternative de la claustration postmoderne hikikomori. Le refus est dans le repli car tout acte –qu’il soit considéré futuriste, dada, situ, anarchiste ou straight edge- est devenu inapte. L’actionnisme du délabrement ne peut faire face à la récupération factice, à la prostitution, de notre civilisation dérivative.
Observer l’extérieur abject ne doit être qu’un dernier rappel du non-sens humain avant l’épochè contestataire. Toute chose et tout être deviennent sans signification.
Le Mur Bruitiste est la perte de conscience du temps pour vivre en abîme et se laisser couler dans l’instant.
Le Mur Bruitiste est la perte de conscience physique.
Le Mur Bruitiste est la pratique ininterrompue du bruit mental.
Le Mur Bruitiste est la pureté militante dans la non-représentation.
Vigilants des derniers soubresauts, adoptons une nouvelle posture dans le repli – ni soumission, ni fuite, ni fléchissement – afin de pouvoir affirmer « je n’ai jamais été là » dans le désert créé par l’effacement de notre environnement. Perdre tout espoir est la liberté.
Dans l’isolement du mur bruitiste, le néant cellulaire, devenir son ombre - impassible meurtrier de soi - et ainsi devenir l’ombre de l’homme, inconnaissable, impersonnel.
Dans le Mur Bruitiste, aggraver son être, se tenir ignoré et ignorant de tout ; le repli exige l’élaboration d’une indétermination pure qui se forge dans l’oubli des éléments contraignants émotionnels et intellectuels.
Le Mur Bruitiste, obscurité d’un calvaire spirituel, est la non-opposition entre l’être et le néant, une berceuse sans fin.
Le Mur Bruitiste répand ses vertus occultes par les vrombissements et les bourdonnements de ses formules hermétiques, il désagrège et appelle à la désintégration irrévocable."

Je ne suis pas vraiment d'accord sur le fond, avec l'isolationnisme hikikomori, le côté pro-autisme, le nihilisme "délabré", mais bon, je trouve le texte très bon en lui-même, et toute personne tripant sur la musique a un moment ressenti (et donc comprendra) ce qui est dit ici. La jouissance souveraine du bruit/son pour mettre à distance une civilisation à chier, un monde à vomir.
Ce manifeste "Vomir" daterait d'octobre 2008, si j'ai bien compris l'auteur est Roro Perrot. Son site : www.decimationsociale.com
Cela m'est arrivé via Lucille Calmel, elle-même via Cdrik Croll, merci à eux.