39 textes de Mathias Richard liés à Marseille, ainsi que son livreÀ travers tout(Éditions Tinbad), sont exposés auCentre international de poésie Marseilledans le cadre de l'exposition CORPUS MARSEILLE jusqu'au 6 septembre.
Adresse : Centre de la Vieille Charité - 2 rue de la Charité - 13002 Marseille
J’ai perdu ma joie de vivre. Je sais pas comment faire pour la récupérer, elle est partie, d’un coup, j’ai même pas fait attention tout de suite. Mais jour après jour je me suis aperçu que quelque chose avait changé, et maintenant je suis dans les ténèbres complètes, et je sais : j’ai perdu ma joie de vivre. Je ne me rendais pas compte que j’avais ça. J’avais ça, c’était un muscle, ou une lumière (une toute petite boule de lumière) ou quelque chose, qui faisait que j’avançais. Et... c’est parti. Petit à petit sans que je me rende compte, puis d’un coup, voilà. Et la déchirure est nette. Crac. Je ne la vois plus, je ne la sens plus, je ne sais pas où elle est, je ne sais pas si elle existe encore, ni si elle peut revenir, ou si une greffe est possible, à partir d’une autre joie de vivre. Non je crois qu’il faut que ce soit la mienne, ou rien. On peut pas vivre avec la joie de vivre de quelqu’un d’autre, c’est comme passer ses journées à respirer dans une bouteille d’oxygène artificiel. Petite annonce : je suis donc à la recherche de ma joie de vivre, si vous l’avez vu merci de m’appeler au 06... ou de l’attraper ou de me dire où elle est. Forte récompense !
Ah ça c’est le t-shirt de quand j’ai besoin d’aller mieux.
À la frontière de la poésie et de la frontière, à la frontière de la frontière !
Je suis rien. Je suis fort. Je suis rien. Je suis fort. Je suis fort. Je suis rien. Je suis fort. Je suis fort. Je suis fort. Je suis rien. Je suis rien. Je suis rien. Je suis fort. Je suis fort. Je suis rien. Je suis fort. Je suis fort.
Je suis heureux. Je suis tranquille. Je suis heureux. Je suis tranquille. Je souris. Je suis aimé. On m'aime. Je suis aimé. Je suis fort. Je suis tranquille. Je suis tranquille. Je suis heureux.
Je suis simple.
Simple. Simple… Un putain de simple d’esprit.
Qu'est-ce que c'est violent, la vie. Qu'est-ce que c'est violent la vie.
La vie est violente.
La vie est violente.
La vie est violente. Vie, violente.
Quelle violence, la vie. Quelle violence la vie.
Des fois il fait trop nuit, mais là il fait trop jour. Et j'adore cette lumière. C'est une lumière de comme quand j'étais petit. C’est une lumière qui rend heureux.
Quand la lumière s'éteint, mes yeux s'ouvrent :
J’imagine ton sexe en texte. J’imagine ton corps en texte.
- Pilule rouge ou pilule bleue ? - Les deux !
C'est terrible d'être de la vie qui pense. De la matière condamnée à penser. A réaliser sa propre existence en même temps que sa disparition imminente.
Cette épreuve m'a fait devenir un homme. Et elle m'a tué.
Je ne suis pas fait pour être vivant.
Le présent est soudain devenu du passé, mais un passé vraiment très très lointain.
Le présent est soudain devenu un passé mais vraiment très très lointain.
Lu sur un mur : "J'ai besoin de nous".
Mutation Conscience 481
Un appareil à penser les pensées s’est développé.
Nous sommes contrôlés industriellement. Nous sommes contrôlés intellectuellement. Nous sommes contrôlés intellectuellement industriellement.
S'adapter aujourd’hui, c'est lutter contre des dispositifs industriels et informatisés de captation de notre attention. (Ne pas être pris dans ces dispositifs, c’est plus difficile à faire qu’à dire. Constatant qu’à chaque fois qu’on parvient à devenir plus libre, à s’en échapper, on se retrouve plus seul, ce qui est plus une punition qu’une récompense).
Mais, si on est tous exclus, alors on sera tous ensemble ?
Eh bien : non…
Quand on n'a rien d'autre que soi. On se casse le nez / sur un monde d’images.
Préfère ta vie aux séries. Préfère ta vie aux séries. Préfère ta vie aux séries.
Personne. Je ne suis pas. Personne. Je suis une personne. Je ne suis pas personne. Personne. Je suis. Personne. Je ne suis pas. Personne. Je suis personne. Je ne suis pas personne. Je suis important. Je suis gonflé. Je gonfle, je gonfle, tellement je suis important. Je ne suis pas personne. Je suis rempli de plein de choses, je suis gros. Je suis énorme. Je suis gigantesque. Je dors.
Je ne suis pas du matin. Et je ne suis pas du soir. Je suis du tout. Du tout le temps !
Autre version. Je suis ni du matin, ni du soir. Chuis de jamais !
Respire. Respire. Respire. Respire des fleurs. Respire.
J'en ai marre de subir la dictature des soi-disant « normaux ». La dictature des normaux.
avec ma main de pain de mouche de mutation Suzuki
putain
j’écris des Poèmes dans le Ciel
Kendall Jenner, Coco Chanel, Charogne
sur les nuages au-dessus de la Mer
à Marseille
où les gabians m’appellent
Danse-avec-les-rats
je tire les penaltys avec la tête
ouverture définitive
ouverture définitive
comme un attaquant au foot mon mental marche au but
faut que je marque des buts, faut que je marque des buts
je fais apparaître un mot
à l’intérieur d’un autre
suis sexe fait mots
Je me suis caché dans une tête, je me suis caché dans un trou dans la tête. Je n’ai rien à voir avec ma tête mais je cherchais un endroit où me mettre et il se trouve que dans ma tête il y a des trous où personne ne fait attention, où personne ne regarde tellement tout le monde est distrait. Du coup j’ai pu me mettre dans un trou temporaire dans ma tête. Camouflé dedans.
La personne te regarde droit dans les yeux et rit mais elle parle à quelqu’un d’autre dans son téléphone.
En tout lieu, déconnecté des gens qui l’entourent, quelqu’un crie répétitivement « Allô, allô !? ».
Plus il y a de moyens de communication, plus nous sommes seuls ? On pourrait parfois le croire...
Je suis las, las comme si on avait fait des trous dans mes bras et mes jambes et que la force s’en était écoulée.
Toujours la pensée (torturante) que je devrais être quelqu’un d’autre (que moi).
Je ne sais plus ce que c'est que faire, je ne sais plus ce que c'est que dire, j'ai l'impression qu'on m'a volé mon corps.
Mon corps a été affaibli, démusclé, grossi. Rendu immobile, mou, de force.
Trop loin / pour atteindre / la poubelle !
Marcher dehors m’a fatigué les yeux, je ne suis plus habitué à voir autant de réalité.
Mes yeux mangent le monde tellement ils sont contents de voir.
C’est Carnaval dans la rue tout le monde porte des masques maison ! (De toutes tailles, couleurs, matières, motifs). Des masques de protection respiratoire, et des lunettes noires réfléchissantes. Impression d’être en pleine soirée électrogothique. 2020 : Cyberpunk a gagné.
Le drapeau flotte sur Pôle Emploi. Je répète, le drapeau flotte sur Pôle Emploi !
Ceci est un poème de M. RICHARD Mathias, né le 12/06/1974 à Paris-11 clinique rue des Bluets, et demeurant au 135 rue d’Aubagne, Marseille-06. Fait à Marseille, le 29/04/2020, à 21h20, je soussigné !
Il m’est impossible d’être la personne que je suis. Tous les jours je me demande qui je devrais être.
Je ne peux pas être la personne que je suis, tous les jours je me demande qui d’autre je devrais être.
Mais le plus grand jeu
est de ne pas jouer.
Tous mes gestes sont reproductibles. Tous mes gestes sont jetables. Tous mes mouvements sont reproductibles. Tous mes mouvements sont jetables.
Tous mes gestes sont applicables, apprenables, reproductibles, renouvelables.
Tous mes gestes sont jetables. Tous mes mouvements sont jetables. Ceci est un mouvement jetable. Pour un système jetable total !
Je suis poursuivi par les éboueurs. Mais lâchez-moi !
Je voudrais pouvoir faire partie du monde sans m’y brûler. C’est possible ?
Idée de poésie sonore. Ne dire que des suites d’adjectifs commençant par « IMM ». Exemple : « Immense ! Immonde ! Immérité ! Immodéré ! Immarcescible ! Immobile ! Imminent ! Immuable !… » Immaculé !
J’allume Radio FG : « Envie de changing ? Claude is in the clouds. Sur le son lounge des rooftops, ils sont extrêmement big ! »
Perverbes à Transe-en-Provence. Quand on vit au pays des vacances, on n’est jamais en vacances ? (Le non-être et le non-été.) La sécurité du Auchan est assurée par une barricade de Heineken. Ouf !
J’aimerais vraiment avoir une fonction « Recherche » dans ma tête. Pour retrouver les éléments de ma propre vie. Ça me paraît presque un scandale que cela n’existe pas.
Je m’aperçois que l’on peut passer toute une vie sans avoir sa place, dans ce monde. Pas quelques mois, pas quelques années, pas dix ans, non : du début à la fin.
Je m’envoie des messages à moi-même en croyant que je suis quelqu’un d’autre.
Ainsi, j’arrive à me faire chier moi-même (en croyant que je suis quelqu’un d’autre).
Dans les champs qui m’intéressent, je ne vois pas de relève. La relève s’est suicidée. Ou l’a été.
Il y a des portes de nulle part partout pour toi chéri !
Une espèce de pitbull, mais femelle : une ptite belle !
Prépare chaque mutant comme on prépare un explosif.
Y en a qui prennent leur inaptitude à communiquer pour un don.
J’ai la magie. La magie dans la tête. J’ai la magie. La magie dans la tête.
La vie. Veut. Vivre… La vie / veut / vivre.
I want to be a body / a nobody. / I just want to be a body / a nobody.
Nuit, partout ! Soleil, nulle part !
L’endroit où je suis né. N’existe plus.
L’endroit dont je viens. N’existe plus.
J’existe (vraiment) de justesse.
Promené la braguette ouverte mais / avec un masque !
Aucun de mes textes n’est représentatif de mon écriture.
On sait, on s’effondre.
Je dors avec une chaise sur la porte au cas où elle soit défoncée.
Je relis mes anciennes interviews pour me souvenir de qui je suis.
Actes d’auto-renforcement. Se relire soi-même pour se persuader d’être soi-même.
Se persuader que l’on est soi-même.
Chaque seconde est une bonne nouvelle.
Des enfants qui ont des enfants, on appelle ça : des parents ! Nés d’une vague on rampe debout !
Né d’une vague, je me noie sur la terre ferme.
Dans des petits grains de numéros.
À la recherche de la rigolite !
Des 4x4 chassent du PQ.
Comment une ville aussi belle peut être aussi moche...
Dans les villes il y a des gens partout. C’est malheureux d’être partout. On aimerait être quelque part, ou nulle part, mais on est partout. Du coup on est tout le temps dérangé. Car on est tout le temps là. Quand on est partout, on est à droite, à gauche, au milieu, en dessous, au-dessus. Quand on est partout, on est derrière chaque fenêtre, chaque tête, chaque porte, chaque mur, chaque escalier. C’est très pénible d’être partout, et très fatigant. Les gens vous marchent dessus, vous crient dessus, vous roulent dessus, s’appuient sur vous, discutent dans votre oreille, pissent dans votre bouche, quand on est partout y a toujours un truc qui cogne sur la tête, un coup de marteau, un échafaudage, un coup de batterie, un freinage, une sirène, un bébé, quand on est partout tous les sons du monde se mélangent dans sa tête, une seule tête, dans une seule tête les disputes, les trébuchages, les portes claquées, les sonos à fond, les dérapages, les accidents, les fêtes, les rires, plein de rires bourrés et de cris et de disputes et de télés à fond avec des dessins animés dans la tête, c’est ça quand on est partout, sans paupière, sans bouchon, sans armure, sans protection, à chaque seconde on est cogné, frôlé, secoué, vibré comme dans un saladier d’entraînement de cosmonautes pour milieu extraterrestre, à chaque seconde tous les sons dans tous les sens à fond ! Faut être solide, faut être costaud, faut être zen, faut être relax, faut être concentré, faut être calme, pour être partout.
Des portes qui dansent forment la charpente des routes.
À une époque, j’étais meilleur pour la joie que pour la tristesse. On dirait que ça a changé.
Quand je pars du magasin je dis au revoir à la machine. La voie de moindre résistance, c’est de se faire écraser. Je suis tout le temps en train de penser à tout ce que je ne fais pas. La clim’ et le chauffage allumés en même temps. Qui n’a jamais eu sa bouteille à pisse ? Ne te décourage pas. Ne te dé- cou- rage pas.
Ouvre bien les yeux, regarde, garde-les ouverts, jusqu'à ce que tout devienne net.
Il faut couper les courts d'eau, il faut briser. Il faut stopper et démarrer.
Traverse. Traverse l'averse. Traverse de l'autre côté. Traverse jusqu'ici. Traverse dans la réalité. Traverse vers la netteté. Traverse jusqu'ici. Saute. Traverse. Saute.
Fermez les écoutilles. Fermez les fenêtres. Fermez les yeux. Fermez les cheminées. Fermez les conduits. Fermez les nuages, fermez le soleil. Fermez tout. Fermez les devantures, les portails. Fermez les entrées et les sorties. Fermez les routes, fermez les chemins. Fermez les terminus, les fonds, les sas, les courants les axes, tous les territoires. Fermez les magasins, les épiceries, tout ce qui contient de la lumière. Ouvrez la nuit, ouvrez les écrans, ouvrez les ténèbres, ouvrez le sommeil. Fermez les vitres, fermez les respirations, fermez les bouches, les nez. Fermez les parkings, fermez les salles, fermez les centres, fermez les accès, fermez chez vous, et même à l'intérieur de chez vous, et même à côté, fermez chaque chose, et même à l'intérieur de vous-même, fermez bien tout. Fermez les vannes, tous les tuyaux. Fermez les fermes, fermez les farmes, fermez les fourmes, fermez les firmes, fermez les familles, fermez les voitures, fermez les visages, fermez les vues, fermez l'eau, fermez la mer, fermez l'océan, fermez les quais, fermez la terre, fermez le feu, fermez l'air, oui surtout fermez l'air, surtout fermez l'air, fermez l'air. Fermez les ronds, fermez les pupilles, fermez les iris, fermez les ronds-points, fermez les stops, fermez les voies, fermez les berges, fermez les églises, fermez les stades, fermez les marchés, fermez les marches, les rassemblements, dispersez les cendres, annulez les enterrements, et tous les mariages, fermez les cimetières, fermez les maternités, fermez les promenades, les balades, fermez les cagibis, les cabanes, les placards, les hasards, les maisons, les immeubles, les manoirs, les métros, les couloirs, les souterrains, fermez, fermez les trous, fermez les tous, fermez, toutes les ouvertures, toutes les respirations, fermez, fermez le futur, fermez le présent, fermez la mort, fermez la vie, fermez les possibilités, séparez, isolez, plus de toucher plus de peau plus de sexe, fermez, fermez les sexes fermez, enfermez les vivants, enfermez-vous les vivants, enfer, enfer vivant, enfermez les vivants, enfermez-les, tous, jusqu'au bout, jusqu’au dernier, fermez les avions, fermez les volets, fermez les cockpits, annulez les hélicoptères, fermez les ports, les aéroports, les transports, les bateaux, les stations, les ondes, les sex-shops, les concerts, les expositions, les théâtres, les cinémas, les cafés, les restaurants, fermez les lieux, fermez les endroits, fermez les envers, fermez les places, fermez les impasses, fermez les vasistas, fermez les paupières, les lèvres, serrez les dents, verrouillez les véhicules, les habits, ne respirez plus, fermez, fermez, fermez tout, fermez les formes, fermez les forces, jusqu'au néant, jusqu'à ce que tout devienne strictement immobile, jusqu'à ce que tout soit strictement séparé, jusqu'à ce que tout soit bien rangé et plongé dans des ténèbres complètes, jusqu'à ce que tout soit rien, calme, que cela ne respire plus, que rien ne passe ni dans un sens ni dans un autre, que rien, que rien ne se passe, que plus rien ne se passe, et tout cela, et tout cela, Au Nom de la Vie. Fermez les dernières postes, fermez les guérites. Fermez les cercueils. Fermez les cerceaux. Fermez les cirques. Fermez les clubs. Fermez les zoos. Fermez les festivals, les champs, les clairières. Fermez les falaises, les navires. Fermez les rues, fermez les égouts, fermez les passerelles, les pontons. Fermez la Terre, fermez l'Univers, fermez tout. Fermez bien. Fermez tout. Fermez.
Causecade : écrire en utilisant un système de cause à effet, un système de causalité – comme exprimer des équations de pensée.
Causecade 3 – texte de questions
Le texte est uniquement composé de questions en cascade, voire en rafales. Les questions se renvoient l’une à l’autre et sont parfois de plus en plus vertigineuses (s’approfondissant de plus en plus), ou absurdes, ou humoristiques, ou inattendues.
Cela peut être à la fois un texte de questions et un texte de liste : un texte de liste de questions.
Quelques cas de figures possibles :
- Jeu de rebondissement : une question en amène une autre, ou plutôt la question qui suit s'appuie sur la précédente, lui fait écho (en poussant la première idée plus loin ou par jeu de sens sur un même mot), certaines se font écho de manière plus différée (mise en abyme du sujet lui-même).
Exemple 1. « Vous même ? »1 de Tyfen Guilloux (premières lignes) :
Êtes-vous vraiment vous-même ?
Êtes-vous devant ou derrière vous-même ?
Suis-je devant ou dans vous ?
Êtes-vous seul dans vous-même ?
Vous rappelez vous de votre première réponse ?
Avez-vous trouvé la solution ?
Vous rappelez-vous de la question ?
Vous l'ai-je posée ou l'avez-vous formulée vous-même ?
Êtes-vous le même qu'au début de la première question ?
- Opposition-symétrie entre deux choses-idées-contextes qui évoquent un « sentiment similaire » (comme un même degré d'insupportable par exemple).
Exemple 2. « Le pire, à ton avis ? »2 de Tyfen Guilloux (premières lignes) :
Faire de la musique en couple ou partir en vacances entre couples ?
Faire les choses par défaut ou faire les choses par peur ?
_ Déplacement (variation) à partir d’expressions toutes faites : « Broyer du noir ou broyer la nuit ? » (toujours dans « Le pire, à ton avis ? » de Tyfen Guilloux).
Un dernier exemple de texte de questions : « Confusion »3, toujours de Tyfen Guilloux (premières lignes) :
Pourquoi c’est culpabilisant de ne rien faire ?
Est-ce que ça existe rien ?
C’est quoi le vide ?
Est-ce que c’est une chute infinie ?
Est-ce que le noir est une couleur ?
Est-ce que penser au vide rend serein ou angoissé ?
Est-ce que le vide c’est une purée de trous ?
1 Texte complet paru dans la revue Doppelgänger n°4, janvier 2018.
Causecade : écrire en utilisant un système de cause à effet, un système de causalité – comme exprimer des équations de pensée.
Causecade 2 – contradiction : quand une phrase en entraîne une autre, en cascade, dans une logique de contradiction.
Dire à chaque fois un peu le contraire de la phrase précédente, mais pas exactement le contraire, chaque phrase reprenant, corrigeant, précisant quelque chose. C’est ce « presque le contraire » qui donne cette dynamique qui avance toujours vers ailleurs.
À partir d’un point de départ, trouver à chaque fois un décalage reprenant la proposition précédente, en la contredisant légèrement.
Je suis feignant, mais exigeant. Je suis exigeant, mais perdu. Je suis perdu, mais obstiné. Je suis obstiné, mais plein de doutes. Je suis plein de doutes, mais convaincu. Je suis convaincu, mais perdu. Je suis perdu, mais joyeux. Je suis joyeux, mais taraudé. Je suis taraudé, mais tranquille. Je suis tranquille, mais intranquille. Je suis intranquille, mais décidé. Je suis décidé, mais m'interroge. Je m'interroge, mais je sais. Je sais, que je ne sais pas. Et je passe, et pars. Et je pars, tout en restant. Et je reste, dans mes pensées. Et je pense, qu'il ne faudrait pas penser. Et je ne pense à rien, et je suis bien. Tout en me disant, que c'est impossible. Et c'est impossible, de continuer. Et ça continue, en s'arrêtant tout le temps. Et tout le temps, il se passe des choses. Et les choses, elles s'accumulent, elles débordent. Et ça déborde, tu les compresses. Et tu les compresses, avec folie. Et tu es fou, mais très organisé. Et l'abandon, est une recherche. Et tu cherches, à ne plus chercher ; à ne plus penser, à ne plus être. Tu cherches, alors que tu as déjà trouvé, plusieurs fois. Mais, la vie continue. Alors, il y a des variations, des combinaisons, inattendues. Inattendues mais qui se passent toujours quand le temps passe donc c'est un peu, prévisible. Cela fait tellement longtemps, que tu prévois. Que tu prévois, en te trompant toujours. Et en te trompant toujours, tu es quand même vivant. Tu es vivant, et c'est compliqué. On pourrait dire aussi, que c'est simple, que ta structure, n'est pas adaptée, à la simplicité. Alors, tu crées des structures, artificielles, pour te guider, te comporter. Et un jour t'en as marre, et tu détruis tout. Et tu reconstruis, et tu redétruis. Et tu reconstruis, et tu redétruis. Et tu sors et tu parles et tu marches, tu cherches, et tu te heurtes ; tu te heurtes, et tu te déformes. Et tu ressembles à une sculpture, bizarre. Qui a des angles, étranges.
- Autre exemple (en mode plus absurde) : « Le contraire de l’eau »2 de Clément Boute (premières lignes) :
Le contraire de l’eau, c’est le canard.
Le contraire du canard, c’est le chien.
Le contraire du chien, c’est le chat.
Le contraire du chat, c’est l’aigle.
1 In À travers tout (Tinbad, 2021)
2 Texte complet in Opérations biohardcore (Antoine Boute, Les Petits Matins, 2017, pp.139-141)
Causecade : écrire en utilisant un système de cause à effet, un système de causalité – comme exprimer des équations de pensée.
Causecade 1 – conséquence : quand une phrase en entraîne une autre, en cascade, dans une logique de conséquence.
Une proposition en entraîne une autre (logique d’enchaînement). La conséquence de la première phrase (position 1) est répétée (positions 2 et 3) et devient la cause de la suivante (position 4), et ainsi de suite :
Quand… (cause 1), (conséquence 1)
(conséquence 1), (conséquence 2)
(conséquence 2), (conséquence 3)
etc.
À partir d’une première phrase de départ, tout se déroule ensuite par causalité, en suivant une même logique.
Cela crée un effet de dynamisme, de mouvement perpétuel, d’aller toujours de l’avant vers autre chose.
Exemple. « Quand il fait nuit »1 de Mathias Richard (premières lignes) :
quand il fait nuit il n'y a plus de lumière
quand il n'y a plus de lumière il n'y a plus de gens
quand il n'y a plus de gens il n'y a plus de temps
quand il n'y a plus de temps il y a de la liberté
quand il y a de la liberté, il y a de la respiration
La dalle bien avancée. J’ai un immeuble en bois bien avancé. Les veines sont plus fortes que les bras. Des graines bien avancées. Le pavillon fait la tête. Je n’ai pas le souci du détail. Sur la plage arrière, j’ai des mille-pattes bien avancés. L’accélérateur n’existe pas. J’ai des batteries bien avancées. Un cœur bien avancé. Je n’ai pas la rage, il n'y a pas d’animaux par ici. J’ai un sang-froid bien avancé. Je prédis l’avenir sans le savoir. Je ne perds jamais, il n'y a pas d’humain par ici. Je parle par le cou de la grande gorge de la belle blanche crâne.
(répété de nombreuses fois, avec montée en intensité (volume, hauteur) jusqu'à des cris, puis reprise à une hauteur plus basse) Tout à… Tout à… Tout à... Tout à... Tout à...
(sur le même rythme (rythme 1) appuyé et découpé)
Tout | à | tâ | ter
Tout | à | té | ter
Tout | à | ten | ter
Tout | a | ffron | ter
(parlé, plus rapide mais toujours découpé)
Tout à tenter | Tout à tâter | Tout à téter | Tout à tester...
(rythme 2) (dynamique, rapide, et chaque phrase se conclut par un claquement de langue)
Tout attaquer | Tout à quitter | Tout à penser | Tout à douter | Tout à passer | Tout à casser | Tout à pousser | Tout à taper | Tout à tuer | Tout tatouer | Tout à tourner | Tout à trouver | Tout à tenter | Tout affronter
(parlé découpé)
Tente | de quitte la tête en kit | de qui t'es.
Tente | de quitte la tête en kit | de qui t'es.
(rythme 3, presque chanté, léger)
En vrai | entier | on est | tentés | d'hanter | l'été
En tant | qu'enfants | enfin | ôtés | d'inté | lligence
De clair | voyance | de si | gnifiance
(rythme 2) (dynamique, rapide, et chaque phrase se conclut par un claquement de langue)
Tout attaquer | Tout à taper | Tout à tâter | Tout adapter
Tout à casser | Tout à passer | Tout à pousser | Tout à foncer | Tout effacer | Tout à tomber | Tout à tourner | Tout tournoyer | Tout à trouver
(idem avec accélération) Tout à chanter | Tout à danser | Tout écarter | Tout éclater | Tout exploser
(parlé découpé)
Tente | de quitte la tête en kit | de qui t'es.
Tente | de quitte la tête en kit | de qui t'es.
(rythme 4, parlé, rapide)
Dans la vie | on évite | d'aller vite
On s'alite | on habite | on s'abrite
On hésite
On imite | on limite | on cite | on critique | on s'irrite
On s'enferre | on s'enterre | on s'enferme
(parlé découpé) Quitte la tête de qui t'es...
(rythme 2)
Tout à tâter | Tout tatouer | Tout à tuer | Tout à téter | Tout à touter | Tout à tinter | Tout à tenter | Tout à tester | Tout à quitter | Tout attaquer
(rythme 5 « tamtam », sur tous les mots quasiment jusqu'à la fin)
Tout à casser, tout à penser, tout à passer, tout à pousser, tout à tasser, tout à tisser, tout à tousser, tout à tancer
(aspiré) Tout à (x3 verbes improvisés), tout à tilter
Tout à tilter, tout à quitter, tout à tiquer, tout attaquer, tout à palper, tout attraper, tout à traquer, tout à taper
(aspiré) Tout à taper, tout à péter, tout appâter, tout à buter
Tout à buter, tout à claquer, tout à coûter, tout à couper, tout accoupler, tout alterner, tout affronter, tout à douter
(plus grave) Tout enfoncer, tout à foncer, tout offenser, tout t'inquiéter
(aspiré) Tout à (x3 verbes improvisés), tout à tâter
Tout à tâter, tout à téter, tout à tinter, tout à touter, tout à tenter, tout à tester, tout à tuer, tout tatouer, tout avouer, tout à douter, tout adapter, tout à taper
(aspiré) Tout à (x3 verbes improvisés), tout à tomber
(grave, puis monte peu à peu) Tout à tomber, tout à tourner, tout tournoyer, tout à trouver
Tout à chanter, tout à danser, tout à sentir, tout à vriller, tout habiller, tout habiter
(aspiré) Tout à (x3 verbes improvisés), tout inventer
(rythme ralentit progressivement jusqu'à ce que les syllabes soient très espacées)
Il y a un problème dans ma structure. Il y a un problème dans ma structure. Je veux être policier. Je veux être boulanger. Je veux être agent secret. Je veux être jardinier.
Il y a un problème dans ma structure.
Je veux être chanteur, je veux être spectateur, je veux être acteur, je veux être poète, je veux être écrivain, je veux être lecteur, je veux être marcheur, il y a un problème dans ma structure, je veux être sportif, je veux être allongé, je veux être dormeur, je ne veux jamais dormir, il y a un problème dans ma structure, mes registres sont mélangés, mes registres ne sont pas identifiés, tout est mélangé, il y a un problème dans la structure, je n'ai le contrôle sur rien, je ne trouve pas qui je suis, je veux être tout et je ne suis rien, il y a un problème dans ma structure, je prends des douches pour vérifier le contour de mon corps, je prends des douches encore et encore pour vérifier le contour de mon corps, il y a un problème dans ma structure.
Il y a un problème dans ma structure : je veux être éboueur, je veux être facteur, je veux être une star, je ne veux être personne, je veux être discret, je veux être tranquille, je veux être sous la lumière.
Je veux être connu, et un parfait inconnu, je veux écrire, je ne veux pas écrire, je veux chanter, je ne veux pas chanter, je veux travailler, je ne veux pas travailler.
Je veux être riche, je suis content d'être pauvre, je veux aller à droite, à gauche, au milieu et en arrière, il y a trop de problèmes dans cette structure, je ne trouve pas qui je suis, je suis tout, et tout est trop, et il faut choisir, et je ne sais pas choisir, et je ne veux pas choisir, il n'y a pas le choix, il n'y a pas la fonction choix, dans mon logiciel.
J'aime fumer, je veux arrêter de fumer, je veux des enfants, je ne veux pas d'enfants, il y a un problème.
Il y a un problème dans ma structure.
Je veux tout être et je ne suis rien. Et j'aimerais être rien et cela ne me satisfait pas, alors je me demande quel chemin choisir. Tous les chemins me paraissent intéressants, aucun chemin ne me plaît, j'aimerais savoir n'être rien, et le rester.
Je suis social, je suis solitaire. Je veux voir des gens quand je suis seul, je veux être seul quand je vois des gens.
Je suis exigeant quand les autres ne le sont pas. Je me relâche quand tout est sérieux.
Il y a un problème dans ma structure.
Je me sens tout, je me sens rien, je me sens indifférencié.
Tout me plaît, rien ne me plaît. Je peux être ça et ci. Je voudrais être ça et ci. Mais quand je commence à être ça je voudrais être ci, et vice-versa.
Il y a un problème dans ma structure. Elle n'existe pas. Pas vraiment.
Je suis faible, je suis fort.
Je veux aller à droite et à gauche en même temps, en avant et en arrière en même temps, du coup je ne bouge pas, il y a un problème dans ma structure, je veux aller en avant, je veux aller en arrière, je vais à droite, à gauche, en bas, en haut, et j'essaie d'aller partout en même temps, et du coup je ne bouge pas.
Quand je suis quelque part, je me demande ce que je fais là, alors je vais ailleurs, et c'est pareil.
J'aime les sensations, je me prive de sensation.
J'aime l'amour, je me prive d'amour.
J'aime les gens, je me prive des gens.
Il y a un problème dans ma structure. Quelque chose, n'est pas à sa place.
Je ne sais pas quand dormir, je ne sais pas quand vivre, je ne sais pas, je ne sais rien. Je ne suis rien. Je voudrais être tout, pas une chose ou une autre : tout. Du coup, je ne prends aucune voie, et je reste là, il y a un problème dans ma structure.
Je peux faire n'importe quoi, je peux tout être, tout m'intéresse, tout m'est indifférent.
J'aime nager, j'aime baiser, j'aime respirer. Voilà, c'est tout. Je ne comprends pas pourquoi l'on doit être quelqu'un, quelque chose. Je voudrais juste, respirer, me promener, aimer, n'être personne, ne rien être, boire un coup, puis deux, puis partir, marcher, divaguer, sans projet, sans grand, projet, et pourtant, je suis taraudé, par la nécessité, du projet, par la nécessité, d'être quelqu'un, d'être quelque chose, d'avoir une fonction, de pouvoir dire je suis ça, ou ça, d'être applaudi, reconnu, pour n'importe quoi, quelque chose qui soit moi, quelque chose qui soit moi, mais je ne sais pas, qui je veux être, je veux être tant de gens, tant de choses, je n'ai jamais pu choisir, je change tout le temps, j'aimerais m'arrêter et choisir, couper des branches, devenir quelque chose de précis, mais je ne sais pas faire ça, et quand je l'ai fait, c'était un mensonge. Il y a un problème dans ma structure, je vois les gens, ils savent qui ils sont, ils sont un père, une mère, une femme, un mari, ils sont un travail, une fonction, une passion, ils sont, un idéal politique, ils sont, une tonalité, ils sont, eux tout simplement, et moi je me demande, qui je suis, pourquoi je me demande ça, pourquoi je me le demanderai toujours, pourquoi tout m'apparaît, indifférencié, comme des rôles, des acteurs, aucun ne m'intéresse ou alors, tout m'intéresse, mais rien en particulier, je pourrais être jardinier, policier, agent secret, révolutionnaire, voyageur, écrivain, sportif, fou, raisonnable, organisé, convaincu.
Le drame de pouvoir tout être, et de n'être constitué pour rien de précis.
Je suis sans structure. J’ai un problème de structure. Je suis une structure à problèmes.
Il paraît. Que. Les gens. Sont. Struc. Tu. Rés.
Ah bon ?
Il me faut une structure de contrôle, une stricte tour de contrôle, je veux être policier, je veux être brigand, je veux être voleur, je veux être éboueur, je veux être chanteur, je veux être chômeur (j'y arrive très bien), je veux être boulanger, jardinier, ménagère, fonctionnaire, mercenaire, centenaire, j'ai un problème de structure, à un rond-point y a quatre ou cinq directions, eh ben moi je veux prendre les cinq directions, parce que pourquoi je prendrais celle-là, plutôt que celle-là, et pourquoi je prendrais celle-là, plutôt que celle-là, pourquoi je prendrais celle-ci, ou celle-ça ?
Détruis ce truc, détruis ce truc de tour des structures de contrôle de tric, me faut une trique, il me faut une trique de struc, il me faut une stricte structure de struc, il me faut une stricte structure de truc en tour, une stricte tour de contrôle de truc en tout, j'ai un problème de stricte structure, une stricte structure me structurerait comme une tour de stric, une stricte structure me structurerait comme une stricte tour de trucs, une stricte structure me structurerait comme une stricte tour de trucs sans trac.
Je veux être une star et je fais du trek. Je veux être une star et je regarde Star Trek. Je veux être policier et je manifeste. Je veux être pompier, j'allume des feux. Je veux être boulanger, je me lève tard. Je veux être jardinier, dans le béton.
Je veux tout faire mais je ne sais pas quoi faire.
Je suis très structuré pour des choses inutiles. Je suis déstructuré pour ce qui compte aux yeux des autres.
Pourquoi est-ce que je ressens le besoin de justifier ma vie en faisant quelque chose ? Que je ne fais pas en plus, c'est pénible à la fin.
Alors je dois constamment me trouver des structures, je dois constamment inventer des structures, je dois constamment me créer des structures, là je me suis créé une structure pour parler, et là je me crée une structure pour marcher, elle disparaît alors il faut que j'en crée une autre, et il faut que je retrouve la structure pour respirer, et la structure pour échanger, et la structure pour discuter, il faut que je retrouve la structure pour me souvenir, la structure du souvenir et la structure de la marche et la structure de la parole et la structure de la voix, et la structure qui fabrique les structures, voilà, je me fabrique une structure qui fabrique des structures, elles sont fragiles elles s'effritent elles s'effilochent, elles s'effondrent en permanence alors je dois toujours recréer retrouver des structures, recréer des structures, des petites structures, tiens une structure pour bouger la main, tiens une structure pour bouger les doigts, tiens une structure pour bouger la bouche aboubadababadabadabadabada, une structure pour cligner des yeux, une structure, des petites structures, une petite structure pour marcher pour avancer, le matin je dois me créer une structure pour sortir du lit, une structure un projet, une petite structure c'est, c'est ça ressemble à, tu fais ce geste-là, et puis tu fais ce geste-là, tu fais ce geste-là, et puis tu penses ça, et ça, ça fait une structure, voilà : une petite structure. Mais les structures elles sont en bois, en petits bouts de bois alors un coup de vent et paf, elles s'effondrent et disparaissent, c'est comme des châteaux de sable, ces petites structures, alors je dois toujours en réinventer en refaire. Est-ce que j'ai une structure pour finir la journée, hein ? Là faut que je me fabrique une petite structure pour trouver ce que je fais après.
Faut que je me fasse une structure pour dire bonjour, une structure pour dire au revoir, une structure pour dire comment ça va, une structure pour dire oui ça va très bien merci et toi. C'est une petite structure, je suis très structuré tout à coup, je suis très structuré, oui ça va très bien et toi merci, oui ça va, ça va, ça va ? Ça va, ça te convient cette structure ? Cette structure de mots, ça te convient cette structure de mots : « oui ça va très bien merci et toi », oui, ça te convient cette élocution structurée ? Oui, non ? Attends attends je vais changer ma structure alors, attends je reviens je me fais une autre structure : « ouais bah aujourd'hui c'est couci-couça », tu préfères cette structure ? Structure peut-être plus honnête mais du coup c'est une structure qui mène à plus de complications et donc plus de structures : « - ah mais qu’est-ce qui t’arrive, pourquoi ça va moyen ? - bin attends je dois trouver une structure pour t’expliquer que j'ai dû déjà créer aujourd'hui quatre-vingt-sept structures pour arriver jusqu'à cet échange, et j'ai oublié la moitié d'entre elles, c'est pas facile. »
Je ne suis pas une unité de vie très structurée, je suis une unité de vie déréglée, j'ai soixante-cinq ans et j'ai pas encore compris quand est-ce qu'on dormait, quand est-ce qu'on dort explique-moi, quand est-ce qu'on dort, j'ai soixante-douze ans et j'ai pas encore compris quand est-ce qu'on dormait, hein à quelle heure qu'on dort, combien de temps on dort, hein ? Dis-le moi, je voudrais le savoir, des fois je m'allonge, j'y réfléchis, et je comprends pas, à quel moment faut-il dormir, à quel moment le corps dort ?
Du coup je fais le tour du rond-point, et je fais le tour du rond-point encore et encore, je suis toujours dans le premier rond-point que j'ai rencontré.