dimanche 11 mars 2018

Equations maritimes - Rémi Coste ( Texte / Dessin )


Ton ventre explose sous le poids de mon cri comme tous nos artifices au sortir de la mer.

Douce matrice suintante de tendresse, rien ne saura compenser cette immense perte.

Depuis lors nous errons bras en avant, vers nos écorchures, vers notre chute fatale, comme pour mieux retrouver ce premier instant à  tout jamais perdu.

Destin de mort à naitre disait Héraclite,  si bien que nous voilà ce jour, les pieds sur la rive, à regarder l'océan en mélancolique.

Que sommes nous si ce n'est des nostalgiques des tous premiers affres, nous avançons à reculons, les yeux bandés, vers nulle part.

Derrière le gouffre, le tout premier artifice, celui qui a allumé le feu en nous, qui nous ronge encore jusqu'à très tard dans la nuit, de ses cendres parasites.

Comment ne pas fumer littéralement, ou se remplir de brouillard, celui d'où nous baignons depuis toujours.

J'ai bouffé toute l'écume de la mer, si bien que,  depuis le début les gens pensent que j'ai la rage.

Mourir ou naître quelle différence ? La perte est partout.

L'amour est dans l'absence qui sonne les heures, dans cette colère d'enfant qui crie encore aujourd'hui alors que tu te déguise pour aller travailler et que tu conduis cette voiture qui ne comblera jamais l'immense trou à l'intérieur de ton âme.

Quel est la nature de cette seconde matrice qui nous enveloppe, nous fait jouer et se joue de nous, pour mieux nous détourner du vide ? Je ne sais pas.

Le ressac incessant qui se fracasse sur les bancs de sable laisse un gout d'amertume le long des plages désertes.

Je suis seul face à cette évidence.

Faire naître c'est perdre les eaux. Naître c'est perdre la mer.

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