mercredi 22 octobre 2014

mutantisme 1.2

go, go for it




mutantisme : PATCH 1.2
livre collectif (30 participants)
en préparation
Editions Caméras Animales

mardi 21 octobre 2014

Mutantisme dans la revue pédagogique Dialogue n°153



"Vers l'atelier mutantiste"
de Méryl Marchetti







"Rencontrer Mathias Richard, et le Manifeste mutantiste"
par Josette Marty




Textes parus dans la revue pédagogique Dialogue n°153 (juillet 2014)
(Groupe Français d'Education Nouvelle)


v.u. 073

Crise de tristesse et hurlements

  -je hurle dans la nuit, qui est terriblement sombre dans les coins
  je hurle pour tuer le noir dans les coins
  pour étendre mon son ma voix
  cartographier les murs
  connaitre tous les trous -that’s what she said-
  dénicher des interstices le mal le noir l'inconnu
  avec ma voix
  je fais la marée de son pour nettoyer la ville
  je hurle et on me demande ce que j'ai, si ça va
  on a l’air inquiet pour moi
  et je hurle que ÇA VA
  QUE TOUT VA BIEN
  qu’on me laisse hurler que je ne reste pas
  que je ne fais que passer
  je hurle et je me secoue comme un chien
  j'ébroue mon cri contre les murs
  je fais la carte de la ville
  pour purifier l’inconnu
  faire sortir les cafards des trous
  et les écraser en sautant dessus
  -en ce moment tout est juteux-
  that’s what she said
  et je laisse mes empreintes jaunes sur le sol
  et les murs repeints
  en bleu nuit-

samedi 18 octobre 2014

#camfiction SECTEUR 1 - De la mémoire élective à la cryptologie des sentiments


#camfiction SECTEUR 1
De la mémoire élective à la cryptologie des sentiments

Résurgence de V., première du nom, pour ses jambes, croisées dans la vignette miniature d’une collection des plaisirs éphémères. Deux arcs de tissus bleus tendus dans les airs sans visage. Dix touches de rouges ovoïdes en guise de couronne par dessus le calice. Ta peau blanche, telle qu’elle m’était décrite dans les artères échauffées des faubourgs de la Valette ou les rues glacées d’un est new -yorkais fantasmé. C’est d’une profane bénie dont je vous entretiens le souvenir. De rouge à rose, ignorant les pales imitations de tes rivales. Une bouche marquée au fer flou m’aurait fait manquer l’irrécupérable, goutte par goutte, tes mains s’élèvent aux prises dans ton filet fixé dans chaque coin. Enquêteur focalisé sur mes précédentes inattentions, sans voir défiler les lignes, sans que je ne l’eusse senti relever le buste, ni remettre les voiles en place, V. disparut du cadre en une poignée de flagrances. Incapable de garder son nom en mémoire.

Connexion : première image : une bite tendue en arc sur l’assise d’une chaise. Au second mouvement, le passage de ton corps nu pleine chair. Déjà nue, déjà vue, déjà tu t’affaires, l’huile coule le long de ton buste et file aux frontières de tes bas de coton rose, marques pareilles à des pois pop attaqués par l’acide. Tu nous quittes, une seconde sur le compteur, je retiens mon souffle - la voix de Lana échardée par tes soupirs grésillés - Dos à l’objectif, tu poses un préservatif rose fluo sur le bout et tourne autour de totem planté au bord des lèvres, tu luis, deux pieds au bord de l'abîme tu nous reviens pour mieux t’ajuster. Élisa, d’un seul geste de la main tu les atomises dans les profondeurs du classement. Les autres, rendues incertaines, et le sexe factice caché quelque part, entre tes cuisses ou en toi, ta douce exhibition se pare de mystère ; alternants indécisions et brefs retours aux certitudes. Tu me fais passer de l’envie d’en finir sur-le-champ à celle d’en garder l’impact derrière la rétine. Je ne résiste au désir de glisser sur toi, d’être le seul à accompagner ta balance et de guider les foules, je n’avais pas d’autres choix que de rester le dernier de l’autre côté du clavier.

Plan fixe interminable. Aussi étonnant qu’il puisse paraître, elle se glisse entièrement dans le cadre, assise à genoux les fesses posées sur les mollets tout aussi dénudés. Deux seins ronds que l’on devine lourdement chargés de dynamite quand elle les remue d’un balancement partant des épaules au nombril, là où pointe un sexe-objet d’une couleur chair qui fusionne en apparence avec celle de sa propre enveloppe dans la compression dégradée de sa webcam de mauvaise qualité. Le phale tient debout par l’assistance d’une ventouse ou d’un dispositif adéquat - se montre autant barrière que promesse, voire expédient. Il attend les centaines de membres connectés, avec sa consœur qui jette d’incessants regards vers son écran de contrôle, entre deux balancements, pour surprendre les allées et venues des anonymes sous pseudos qui ne tarderont plus à presser les touches du lancement des hostilités et des figures imposées. Quand elle se lève en tournant des jambes agiles par-dessus la figure, c’est au rang de doublures nostalgiques que se sentent expédiés ses apprentis contrôleurs en machines molles.

Zapping rapide, toujours sur la trace de la Salamandre. Tous les jours à la même heure : un couple : homme caméra dans les mains au point de vue dans ses yeux dans les yeux de sa femme (je suppose qu’il s’agit de sa femme, la mise en scène paraît claire) un regard pour la caméra, un regard pour l’écran posté à sa droite hors champ. Yeux noirs finement cernés de mascara et de régularité mécanique. Passe d’une interface à une autre en tactique chronométrée. Navigue façon rituel cybernétique sur tous les tableaux. Si bien qu’un utilisateur zélé - il y en a, assurément, partout, et surtout dans ces coins-là - dans un de ces coups de folie qui abolit le temps, serait capable, disais-je, d’établir des statistiques sur les répétitions de la séquence : appel de l’écran / retour dans le vague / iris focus dans le fond du visiteur caché de l’autre côté du process sexcam. Elle suce le sexe demi-flasque demi-dur de son mari. Pendant des heures. Jusque à ce que l’image se fige. Plan fixe sur l’absence.

Le jour où tout changera du tout au tout. Le jour où le vigile lui dira bonjour au supermarché. Le jour où Cindy arrêtera de se focaliser sur des choses tellement absurdes qu’elles en deviennent normales. Ou l’inverse. Le monde est tellement normal qu’il en est devenu absurde. Comme une guerre que l’on suit à la télé au jour le jour sans la subir. Du fond de la piscine, c’est l’atmosphère qui est floue. Vu du sol, l’univers semble plat. De ce côté du clavier, l’interface se rapproche plus d’un filtre mouvant que d’une stupéfaction spécifiquement mécanique, cette machine dont on dit qu’elle puise son pouvoir de la séparation : Acteur / Spectateur. Sujet / Objet. Maître / Esclave. Cette mince frontière affirme le nouveau postulat de l’époque ; son mystère d'indifférenciation. L’immortalité dans le viseur. L’amoralité sur le curseur. Un troisième terme s’infiltre dans l’équation : Éros, Thanatos et porno(s). Si les deux premiers sont des dieux, archétypes personnifiés (pour lancer une ébauche de prédéfinition dans les airs). L’un procède d’une fonction vitale de l’être, venue des profondeurs. L’autre, d’un point de vue forcément réducteur, nous rappelle l’existence du non-être, ou d’une absence, d’une béance, si l’on se réfère à une lecture de la chair, dans une chronologie et un destin ; une fatalité, pour tout dire. Porno - auquel il serait tentant d’ajouter un “s” ,pour se la jouer au divin - lui aussi, serait messager du non-être, mais en plus vicieux, moins sépulcrale, déterminé à la superficialité, car aiguilleur sur le chemin de la réification. J’aurais aimé lui dire autre chose, à Cindy, à ses jouets de métal, son sourire plastique, ses bracelets de perle, d’une plus terrible inspiration que mes habituels chuchotements indécis.

Après l’éloignement (ou l’absence), vient l’interdiction, pour que la transgression de l’interdit soit parfaite. C’est à ce moment que Bob (le méchant) interroge Alice (l’héroïne). Nous en apprenons davantage sur elle dans cet interlude au détour d’une galerie marchande qu’en dix lignes de descriptifs vestimentaires, de commentaires sur ses courbes et de confessions le monde caché derrière cette porte. Sûr qu’elle s’en laissera tromper, par duperie, ou par simple masochisme ; la séquestration étant totale, le mode opératoire rodé jusqu’au grotesque. Alice, la représentation de son univers. Alice incarnant l’idée autant que ses fruits. C’est dans son cœur que le bon Prince, le Charmant tout vêtu de blanc, fit son apparition. Nommons-le César. Vous connaissez la suite ? Le héros passe les épreuves, découvre ses pouvoirs, combat (le doute, un moment de doute avant chaque étape, le doute avant l’ennemi, le doute comme meilleur ennemi), quitte à recevoir sa part de blessures et de stigmates, autant de marques claires de réquisitoires au défi des imposteurs qui ne tarderont pas à se présenter au Château. Pour ce genre de héros, la clé se porte dans le cuir. Malgré les interférences - difficile d’être un message à l’époque de la communication reine - Alice saura toujours reconnaître le mot déroutant d’un champ de passes. Il en va de la cryptologie des sentiments comme de la morphologie des contes. Alice vie loin des caméras dans son fantasme de Princesse, l’œil n’y transmet qu’un signal, les élucubrations de la main des coupures, ma présence en direct un soupçon d’incertitude dans mon catalogue de débauches privées.




vendredi 17 octobre 2014

Mathias Richard @ Hors-Lits Marseille (photos)







"Vokal_01" de Mathias Richard
Langage normal : lecture-performance
Langage mutantiste : syntexte vocal
Photos : Sabrina Martinez


C'était à
les 30 septembre, 1er et 2 octobre 2014
au Théâtre La Casina (Martin Kimmel)
Marseille, France

Avec également :
Aliette Cosset & Duo Haïku (Vincent Lajus, Martha Polcaro)
Leonardo Montecchia, Lolita Morales
Lisa Reboulleau
Détachement international du Muerto Coco (Raphaëlle Bouvier et Maxime Potard)
Elodie Rougeot
Elsa Decaudin
Laurent Rodriguez, Sylvain Le Chanteur, Alex Riva



La touche espace et le salut


 J’appuie sur la touche espace                                             
 je reste appuyée dessus                                                                
 et le curseur avance                                                                              
 et les pages défilent                                                                                       
 blanches mais remplies                                                                                           


                                                    d’espaces 

 Il se passe ça 
 tous les jours 
 dans ma vie 


 c'est ce que je voudrais répondre à chaque fois qu'on me demande si ça va 

 je comprends jamais bien d'ailleurs pourquoi on me demande ça 

 si c'est pour dire salut 

 je préfère qu'on me dise salut 

 j'ai peur quand on me demande si ça va, j'ai peur 

 alors que j’ai pas peur quand on me dit salut 

 même, j’aime bien 

 ça réduit l’espace entre moi et les autres 

 mais ça va 

 oui 

 bien sûr 

 faut juste pas demander 

 juste 

réduire l’espace

lever mon doigt du clavier

et le tenir serré contre soi

pour qu’il n’y retourne pas

rabattre l’écran

et me regarder dans les yeux

pour me garder présente

 -vous savez, je peux arrêter de cligner des yeux pendant plusieurs minutes, je suis entraînée- 


mutantisme 1.2

go, go for it




mutantisme : PATCH 1.2
livre collectif (30 participants)
en préparation
Editions Caméras Animales

v.u. 071

jeudi 16 octobre 2014

Lavage de cerveau et pis-aller

Je ne suis pas du tout d’accord avec ce qu’on dit, je ne suis pas du tout d’accord avec le côté péjoratif du lavage de cerveau. Ok on pense toujours à la télé ou aux goulags ou genre aux scientifiques fous qui te triturent mais c’est faux c’est du bourrage de crâne ça ou au contraire de l’éviscération, alors que le lavage de cerveau, le lavage ça peut pas être ça, je veux dire :

c’est un mot si beau.

Moi je peux pas imaginer le monde sans ce mot. JE VEUX ÊTRE PURE. Je peux pas me dire le lavage, ça n’existe pas. J’ai besoin du lavage. Et c’est compliqué le cerveau il y a souvent des merdes qui trainent, c’est pas propre. J’AIMERAI LAVER MON CERVEAU COMME ON FAIT UNE CURE DE RAISINS. Pour vider les intestins, vous savez, ou faire comme un lavage d’estomac, mais pas de ceux qu’on fait aux suicidés ou aux alcoolos ratés, je dis ratés parce que Deleuze dit qu’un vrai alcoolique ne fera pas de coma éthylique, il risquerait de ne pas se relever pour boire un dernier verre, l’alcoolique c’est le règne du dernier verre jusqu’au prochain dernier, c’est la métaphore du temps, l’alcoolo c’est la poursuite de la mort du temps, JE VEUX ÊTRE PURE, mais comme les lavages intestinaux qu’on fait aux bobos new-yorkais. Personnellement je préfère la cure de raisins mais bon. JE VEUX ÊTRE PURE. Une cure pour le cerveau, c’est ce que je cherche. J’ai tenté avec de la GLACE et de la menthe forte parce que ça fait des frissons partout jusqu’aux racines des cheveux mais ça fait mal au crâne après, et rien de ce qui est dégueu ne part. Ça anesthésie seulement, pas longtemps. J’ai lu un article comme quoi justement il y a un liquide qui lave le cerveau, vire les déchets des neurones, mais je comprends pas pourquoi il laisse tant de merde sur son passage. À moins que mes merdes soit trop grosses. Je dois avoir de trop grosses merdes dans mon cerveau. JE VEUX ÊTRE PURE. Oui, c’est ça, c’est les encombrants qu’il faudrait appeler. Mais la voirie là-haut c’est pire que tout. Jamais personne au téléphone.

Du coup c’est pis-aller quoi. Je fais avec ce que j’ai. Je fais les alcoolos, je fais la musique en boucle, je fais l’amour avec des cris et je coupe mon souffle et je fais l’apnée sous l’eau dans la baignoire je fais le bain je fais le chauffage à fond je fais le sport la course dans la rue je fais fuck off enculé à ceux qui me sifflent je fais les cheveux détachés je fais la pluie je fais les jupes je fais le téléphone à la famille j’ai plus rien à dire j’ai plus rien à dire JE VEUX ÊTRE PURE je fais les courses et je les fais bien j’écris les lettres de motivation j’essaie de faire bien j’essaie de sortir de nettoyer je fais le ménage je fais tous les jours la vaisselle le ménage je fais l’expédient de tout ça je fais à fond JE VEUX je cuisine j’écoute le crépitement je monte le crépitement de la cuisine au maximum je fais le brûler je fais déborder je nettoie je pourrie la cuisinière je casse les objets je fais les réparations je fais la couture je n’écoute plus je ne veux plus écouter je mets la série en boucle je n’arrête plus la série la série est éternelle et moi je perds JE VEUX PAS PERDRE je fais le pis-aller je cherche le lavage je cherche les draps propres dans ma tête je cherche à me rouler dedans la tête sur le côté je fais la tête penchée sur le côté comme un chiot un chaton un oisounet je perds je fais le lavage intérieur je perds les idées je suis heureuse je fonds je ne suis plus JE NE SUIS PAS IMPURE ouf c’est déjà ça ouf JE NE SUIS PLUS je ne suis plus

Vidéo et photos de "Grandes Manoeuvres" (Marseille 2014) avec A. Boute, S. Nowak, A. Riva, M. Richard

Antoine Boute fait un test micro.

ALEX RIVA
(flûtes à bec)






STÉPHANE NOWAK PAPANTONIOU
(lecture performée)








ANTOINE BOUTE
(lecture-performance, projection de film)








MATHIAS RICHARD
(lecture-performance-chansons)
Pas de vids ou photos hélas ^^



L'événement sur :

C'était le samedi 27 septembre 2014
à l'Asile 404
Marseille, France