mercredi 17 janvier 2018

Rêvez pour moi (svp)


Ma chambre c'est comme si c'était dehors mais avec des murs autour. 
La nuit a apporté sa moisson de pisse sous la porte. 
Je fais pas un bruit, j'ai peur de cliquer trop fort, j'ai même peur de respirer trop fort.
Être seule tout en subissant la vie des autres, c'est un truc qui use profondément. Vivre nous apprend la douleur et qu'il y a toujours pire que pire. Une éternité à suffoquer par une bouche inexistante. Mais la vie nous permet aussi parfois de nous forger des souvenirs imprévus.

Je me mets des bouchons d'oreille, puis place sur ceux-ci un casque audio relayant un énorme bruit saturé en boucle.

J'avais un carnet avec ma mémoire. Mais je l'ai perdu. 
Et en me couchant, j'avais l'intention de penser. Mais je me suis endormie.

j'ai de grands rêves, de très grands rêves
de grands rêves pour toi, de grands rêves pour moi
des rêves carrés qui s'agrandissent en rectangles
des rêves isocèles qui se hérissent explosent en étoiles
des yeux qui deviennent des globes qui deviennent des bulles de lumière qui deviennent des soleils
j'ai de grands rêves, de très grands rêves
c'est peut-être ça qui m'empêche de dormir la nuit
c'est peut-être ça qui fait que la vie ordinaire ne me satisfait pas
j'ai des rêves fous, des rêves d'y aller à fond, des situations grandioses, des rencontres exaltantes, des aventures jubilatoires, des galères même
du coup au quotidien c'est pas simple j'ai ce truc en moi et autour je trouve que tout le monde ou presque est en intensité basse, en mode bzzzz
je pense à de grands escaliers, des grandes marches, en grosse pierre ancienne, un endroit de sacrifice et d'arbres avec une très belle vue
des brillances, des sourires, des succès électriques, une excitation palpable dans l'air la lumière les peaux les regards
un point de lâchage et de mélange avec le monde, un impact, un frottement avec tout
j'ai des grands rêves, avec toutes sortes de formes, plastiques, changeantes, sans cesse grandissantes

Manquant de compagnie, je sépare mon psychisme en plusieurs pour pouvoir discuter avec quelqu'un : elle s'appelle Julia, elle confond la clé USB sur la table avec une cigarette électronique et se met à tirer dessus nerveusement. Elle veut vivre avec la plus grande intensité. Elle veut ressentir chaque moment de sa vie, aussi longtemps que ça dure. Elle veut être plus que simplement vivante. Elle veut passer à travers. Passer à travers quoi ? Passer à travers ma tête. 
Univers illicite détecté. Suppression en cours. Crâne recapitonné.
Jouer dans un autre monde : cliquer ici. Plusieurs cœurs battent à l'intérieur de toi. Flaques d'eau pleines de ciel. Des mutantes débutantes. Viens nombreuse, avec tous tes tois. Prends pas de billet retour. Quand ça commence à fondre, quand toute identité se perd. Ce point de tension du corps, ce moment de tension du corps, quand ça hésite à sortir soit par le haut, soit par le bas. 

Dormir est devenu associé à une souffrance. Dormir avec quelqu'un d'autre, une impossibilité.
Je suis dans une tension du temps. J'ouvre la fenêtre pour que la nuit sorte de chez moi.
Prendre des vacances de soi-même. Ne pas être enfermé dans ses réactions ses sentiments une petite vie. Quand je vois ton enfant, je me dis que c'est beau ce que cela dit de toi. La peau du fœtus est une grande oreille. L'air et l'eau sont plus précieux que l'or. Le soleil c'est la vie (répété)

À -9°, je marche, le long des murs chauds. Je bois des verres remplis de respiration. On va se réchauffer au rayon surgelés du supermarché, fera moins froid qu'ici ! 
Paris est devenu un paradis pour les bourgeois et un enfer pour tous les autres. 
Ici les voleurs te volent honnêtement.
Heureusement, la mort est toujours à peu près communiste (plus pour longtemps). 
Devoir choisir entre l'horreur de la grande pauvreté et l'horreur de ne pas créer.
(À la recherche du Revenu Minimum d'Insertion Chamanique.)
Petite annonce : je corps plein de mots, de gestes, de sons et de pensée. Engagez-le !

Tu marches avec un bruit de photocopieuse. (Les billets de banque ne poussent pas sur ta peau comme des ailes.). À l'angle de ce carrefour : un grand écran numérique, publicitaire, traversé d'images et d'inscription en mouvement. Au milieu de la ville. Ciel gris, écran lumineux. Et cet écran paraît plus net que la réalité autour. Cet écran a une meilleure définition que la réalité. 

Les surfaces-écrans deviennent peu à peu des piscines à débordement sans épaisseur ni bord. Dans lesquelles les humains plongent. C'est commencé, même si le futur cherche à se défendre contre le présent. 
Il y a du rouge à lèvres dans l'électricité. L'électricité parle. Le fil parle. Le fil électrique parle.
On doit creuser profond, avant de trouver quoi que ce soit de réel. Le message le plus important de ta vie est parti en spam.

Nouvelle loi passée à l'Assemblée : il faut pouvoir exprimer au moins cinq émotions pour être classé comme humain.
Certaines personnes, plus elles vieillissent, moins elles deviennent des clichés, plus elles deviennent personnelles, plus elles deviennent spéciales. Quelque chose de très spécial, de très personnel. Je l'ai vu, plusieurs fois.
Leurs paroles sont des formes d'écriture éphémère uniquement destinées à leurs interlocuteurs. Il existe et il existera toujours des phrases qui n’ont jamais été dites.
Il y a toutes sortes de différences entre les humains, mais au final, une des choses qui fait le plus de différence entre une personne et une autre, qui est la plus décisive, est : l'esprit critique.
(La capacité d'analyse autonome et aiguë, affinée, de soi-même, et de ce qui entoure : des gens, des comportements, des situations, des agencements, des systèmes.)
"Poète", "poésie" sont des mots par défaut qui veulent dire "échappé-e", "hors".
On m'écrit qu'il y a neuf verrous psychologiques à faire sauter. On peut ajouter ça à notre liste de trucs impossibles à faire.

Robert empaille son chat et le transforme en hélicoptère télécommandé dont l'hélice décapite Robert. Les réverbères sont remplacés par des arbres au feuillage lumineux. Au Japon le manque de place oblige les autorités à construire des aéroports sous-marins. La probabilité qu'un débris spatial heurte un humain est de 1 sur 3200. Les chercheurs filment 64000 gouttes de pluie pour connaître leur vitesse et leur taille, leur personnalité. Un homme vit environ 30000 jours. Il y a plus d'étoiles dans l'univers que de grains de sable sur la Terre. Un bébé arrête de pleurer en écoutant du Death metal. L'Inde envoie une sonde spatiale en Chine. En espagnol, pas de mot pour dire « mot ». On passe notre temps à faire des minutes de silence. Des munitions de silence, nous en avons. À chaque fois qu'une jolie fille te sourit, ta vision du monde change. La vue est un sens plus développé que l’ouïe chez la plupart des humains. Les gens ont tendance à acheter et écouter ce qu’ils aiment voir. Attaque le commissariat en VTT. Relooke un salon rustique au TNT. Imprime et streame des ventres plats en 3D. Le Cimetière des Castors Juniors. Le cimetière des traîtres. La Ministre des Inférieurs. Le Guide du retard. N° spécial Incompréhension. Association France Insomnie. Avant-garde-meuble. Le Réseau de la Méduse. Ce texte mesure 100 kilomètres de phrases. Le langage est une technologie. Un système de communication. Le langage a amené une explosion de créativité et prospérité. Chaque langue modifie la musique générale du langage sur Terre. Le cerveau enregistre toutes les expériences passées sous formes de cartes inconscientes. Si le cerveau humain était un ordinateur, il pourrait faire 38000 billions d'opérations par seconde. Le super-ordinateur le plus puissant du monde, BlueGene, ne peut accomplir que 0,002% de cette performance. Plus tu te reposes, plus tu sens ta fatigue. Plus tu mets le chauffage, plus t'as froid. Rappel : 2317 événements à venir. Aujourd'hui j'ai vu une vieille se barbouiller avec deux cœurs de bœuf sanglants sur le visage. Et là je viens de voir un homme passer très sérieusement la tondeuse sur un trottoir bitumé en pleine ville. (C'est la St-Valentin qui leur fait ça ?). Il filme avec ses propres yeux et enregistre le son de ses propres oreilles, devenant l’outil direct de sa technique. Je ne veux pas que les infos touchent ma peau, aujourd'hui. S'influencer soi-même, ça c'est OK (autorisé). Le phénomène de "fœtus à l'intérieur d'un fœtus" apparaît une fois toutes les 500000 naissances. Sur HD 131399Ab, située à environ 340 années-lumière de la Terre, il y a trois levers et trois couchers de soleil. Plantes et fleuves présentent une coévolution (coévolution plantes-fleuves). (Les enfants qui posent derrière sont une autre végétation, d'autres branches continuent leurs mains, d'autres fleurs.) Elle est une experte en synthèse des connaissances dissociées, elle fait converger quatre vagues (nanotechnologies, bio-ingénierie, informatique et cognitique). Son corps simplifié épouse la courbure originelle. Pour 6 millions de dollars de rêves. Elle a abandonné la chimie parce qu'elle était sur le point d'isoler la substance la plus effroyable que cette terre ait jamais connue. Extraits naturels de veines, nervénéneuse, cœurmoteur, pogo capoeira. Profession : Décapiteur-fonctionnaire. Un vampire qui vomit... pas beau à voir. Qui est vivant et qui ne l'est plus ? Électrosensible, allergique au gluten, et végétalien, c'est pas facile tous les jours. (Tu manges du riz dans la montagne.) Jusqu'au jour où tu découvres qu'en fait... Tu es allergique à l'air. Les champignons hallucinogènes soignent la dépression. Un individu surpris en train de fumer peut être abattu « parce qu’il est le diable ». Les abeilles aussi reconnaissent les visages. L'Homme est insensible à la plupart des toxines, faute de disposer des récepteurs moléculaires adéquats. On peut pas changer des choses qu'existent pas. Le principal obstacle à la découverte est l'illusion de savoir. On a trouvé. Mais on ne sait pas où on est. À chaque fois qu'une jolie fille semble attirée par toi, tu sens que ta vision du monde pourrait changer. Un soutien-gorge pour les fesses ? En filmant les vibrations d'une nanoparticule d'or, des chercheurs allemands ont détecté des sons jusqu'à présent inaudibles avec tous les types de microphones imaginés. Qui est né, et qui est mort, aujourd'hui ? La fin ultime de la Terre, des galaxies, de tout ce qui compose notre cosmos, va peut-être se produire là maintenant, sans que nous puissions détecter aucun signe avant-coureur. C'est un temps excitant dans le monde maintenant.

Une flaque d’eau est éclatée en mille morceaux. Elle me dit : ta salive c'est pas des confettis, t'as pas besoin de la distribuer dans le monde comme ça.
Modifié par l'excitation sans être malade au sens habituel. Est-ce vraiment une maladie mentale, ou est-ce simplement que ton esprit fonctionne si différemment de celui des autres que nous ne savons comment l'appeler autrement ? C'est un fœtus ou une tumeur très évoluée ?
Je ne suis pas moi, je ne suis pas dans ma vie, ce n'est pas mon livre, c'est le tien, ou celui de quelqu'un d'autre qu'on ne connaît pas, ou plus probablement et simplement, ce n'est à personne, de personne, pour tout le monde. En fait, presque rien ici n'est fait pour faire livre. Quand j'écris-crée un syntexte, j'ai l'impression de faire le même travail qu'un hacker. Psypiraterie.

Et tout te dit "Renonce".
L'arc-en-ciel infini des comportements de merde. Le manque de fiabilité de quiconque, en toute chose, t'est toujours un étonnement. (Sans doute, entre autres, parce que cela te semblerait si facilement évitable ; non seulement regrettable, nuisible, douloureux, mais d'un point de vue logique, impersonnel, mathématique : une erreur.)
Ne pas compter sur le bon côté des gens. Ils n'en ont peut-être pas !
(« La véritable misanthrope n'est pas celle qui n'aime pas ses semblables, mais celle qui aime trop les individus pour les tolérer médiocres. »)

Depuis que j'ai une conscience, j'ai des mondes en moi qui ne demandent qu'à s'exprimer, sortir. Mais ils sont immenses, lourds, et d'autres humains les poussent avec leurs pieds, les empêchent de sortir – déjà qu'ils auraient du mal à prendre réalité de toute manière ! (il leur faudrait plutôt un encouragement) –, et ils s'effondrent sur eux-mêmes, implosent. C'est dommage pas que pour moi mais pour tout le monde, j'en suis persuadé, aussi fou que cela sonne. Et je ne suis qu'un exemple, une occurrence quasi-invisible, qui sera vite oubliée, de ce qui arrive à grande échelle, d'un empêchement à ce qui pourrait être.

J'ai de grands grands rêves.
Apparemment ça correspond pas à la réalité.
Moi je pense que ça pourrait.
Mais y en a trop qui sont pas d'accord.
Alors, j'dois rabaisser mon caquet, j'dois mettre ça de côté.
Mais au fond de ma tête j'me dis je cherche, un autre pays, un pays où on rêve où on a le droit de rêver où on peut rêver où les gens rêvent et sont enthousiastes de rêver.

Le rêve c'est la vie, une vie sans rêve c'est quoi ? 
C'est gris, on attend la fin. 
C'est... Un ciel couvert, sans lumière.

J'ai de grands grands rêves. Des rêves, lumineux, intenses, multicolores, enthousiasmants. 
J'ai de grands grands rêves. 
Ça me fait éclater de rire, ça me fait sourire, ça me fait... rêver.
Mais autour apparemment on n'est pas sur la même longueur d'onde. 
Du coup je dois les garder pour moi, dans mon coin.
Pourquoi, vous avez arrêté de rêver ?
Pourquoi vous avez arrêté de rêver ? Hein ?

« Bon.
Allez on se détend.
Les concerts sont chère
Les cons son a la mode et
ta meuf veut plus de moi.
Les clopes atteigne le prix du chit
Pas grave...on me fait un prix sur la pinte »
(SickClown)

Oui. Une cigarette coûte le prix d'un paquet de cigarettes. On me dit qu'on n'est jamais si bien servi que par les autres. On me dit que l'antisémitisme est un complot juif. On me dit qu'un islamiste ambitieux est un wannabite. On me dit que quand tu n'es pas machiavélique, sardonique, ou sarcastique, tu es délicate et attentionnée. On me dit Robéot et Juliette. Soumettez-vous et vous aurez le confort que vous souhaitez : « c'est plus doux de mourir noyée dans de l'eau douce », me dit-elle. Verre d'eau overdose. Marseille (accessoirement, le plus grand asile à ciel ouvert de France ; toutes les autres villes, vous êtes même pas à la moitié du niveau !) : vue imprenable la nuit sur des tentacules pointillistes de moustiques et moucherons, et une free party grandissante de rats teufeurs qui pètent les sacs poubelle. Trajectoires entremêlées, vivantes ou pourries, évoluant sans cesse comme une graine de jungle trou noir qui bouffe la ville... La femme se plaint devant ma poubelle : "Y a jamais rien dans cette poubelle."

On est toujours l'extraterrestre d'une autre. Humaine roumaine internée sur internet, t'es une bonne fabricante de souvenirs. T'as de beaux algorithmes tu sais. Perdue dans tes téléchargements. Bourrine mais sensible. Être enceinte t'es bien au-dessus de ça ! T'as enfin réussi à être n°1 dans quelque chose : ennemie. Tu tombes en poussière puis en lumière, et te réveilles encore plus défoncée que quand tu t'es couchée - les rêves s't'un trip oui ! Ça me rappelle quelque chose mais c'est pas ce que c'est vraiment.
Un pouvoir permet d'imposer sa volonté sur ce qui entoure. Qui dit le contraire vend quelque chose, peut-être un livre. La vie est une épuisante épreuve, et tu dois faire un choix. Tu dois décider combien tu en veux vraiment. Le même petit morceau que tout le monde, ou un énorme butin que tu dois t'approprier. Tu veux essayer ?
… Il y a un conflit entre ta volonté de pouvoir et ta paresse. Le problème, c'est pas ce qu'on aime, c'est ce qu'on préfère. (T'es molle même quand tu t'énerves.) Un minimum de proféchamanisme serait apprécié merci. T'es comme la fonctionnaire de ta propre vie. Une araignée sur ce disque fait des scratches, tu consultes un spécialiste en erreurs de raisonnement. Tu vas au kebab comme on va à la messe. Tu pourrais être porteuse d'une mutation très rare qui prédispose au bien-être. Dans ta maison il y a des choses pour manger, des choses pour regarder, des choses pour s'allonger, des choses pour s'embrasser (publicité). La boule à zéro fut une forme de remise à zéro pour toi. Toujours entre des murs blancs (certes jaunissants) sans rien dessus, sans rien de personnel. Néomorphogenèse. Créer de la matière à partir de rien. Un pénis-anus, ou pianus. Un Unenvers. Un décompositeur. Une bulle de nuit 24/24. – Je suis là pour t'aider. J'ai 20 ans, et beaucoup de temps pour toi. – Eldoradolescente, ta voix mue vers l'aigu. Enlève-moi tout - Je suis à toi. – Stp, arrête de venir de partout, stp. Tu nais... tu nuis... t'as un grand pouvoir de nuisance... de naissance. – Il faudrait que tu me passes les coordonnées de tes points de contacts. Il faudrait que tu me passes les contacts de tes coordonnées. –  Le tutoiement est notre vouvoiement. Le plus sexy chez toi : un mélange de bonne éducation et d'altérité profonde. Tu explores l'inverse de la pornographie, la chasteté infilmée. T'as une plantation de miroirs, t'arroses les miroirs, tu les cultives. Trop-plein de neurones miroirs. T'écoutes aux miroirs. – (Sous tes sourcils gigotent, à la place des paupières, deux bouches autour des yeux, qui mâchent et révèlent un regard léché par deux langues.) – Ton texte est venu me récupérer dans un endroit difficile où j'étais, et m'a remis les idées en place. La littérature est (parfois) une forme de solidarité et d'intelligence humaine. Une littérature comme la tienne est à la hauteur juste de la vie, et donne espoir en l'intelligence et l'humain. Je sais, c'est drôle, rien ne doit être plus loin de tes pensées. 

Tu fais tes besoins dans la maison.  
Tu aboies et gémis sans raisons.
Tu montres les dents, pinces et grognes.
Tu sautes sur les personnes.
Tu as peur des inconnus et des nouveaux objets.
Tu réclames constamment de la nourriture à table.
Tu tires sur ta laisse pendant tes promenades.
Tu poursuis des petits animaux et des enfants.
Tu refuses de « revenir » à l’appel.
Tu ignores des ordres de base tels qu’assis.
Tu détruis, mastiques et creuses.
Tu souffres d’anxiété sévère liée à la séparation.
Va falloir qu'on te dresse !

C'est tout au bout d'une large route, un tournant en épingle à cheveux sur la gauche, débouchant sur une petite route que personne ne connaît, on traverse un endroit boueux pour arriver à un sentier qui débouche, lui, sur un lieu où personne n'est jamais allé.
Certaines choses ne peuvent pas être désentendues ou délues.
Quelquefois, il y a une porte qui ouvre sur un escalier, lequel mène à un long couloir, et c'est comme de la magie de quelque façon que tu tournes la chose. Tu continues, toujours plus loin, tu explores tous les recoins, jusqu'à ce que tu découvres où ça mène : c'est un lieu terrible, aussi terrible qu'un lieu puisse être. Après le stade ultime de perte d'identité, la victime devient tortionnaire en arrachant à son tour les masques de son meilleur ami. On dirait qu'il n'est pas assez brisé et qu'il faudrait le briser en morceaux plus petits. C'est si affreux que tu ne veux plus jamais y retourner. Si affreux que tu ne veux plus passer cette porte. Tu la fermes, tu la verrouilles, tu ne t'en approches plus jamais.

Manifestation contre les manifestations.
(Nous sommes (toujours)
en désaccord 
avec
la communauté mathématique organisée.)

Place un miroir sur le côté de la page.
D'accro à internet tu deviens allergique à internet. À travers internet, tu t'es volé à toi-même des années de ta vie.
Enfant, tu veux être adulte. Adulte, tu veux être enfant. 
La clope, t'avais arrêté d'arrêter. Maintenant, t'as arrêté d'arrêter d'arrêter.
Fais simplement l'inverse de ce que tu crois être bon et ça sera OK.

La musique est mon porno. Certaines musiques sont du porn. 
Telle musique limite et délimite en blocs d'énergie : elle simplifie – c'est appréciable pour les personnes multi-tropismées. 
Quand je pense à la quantité de bonne musique qui existe dans le monde, et aux tonnes de merde que tu nous fais subir... 

Quand tes journées ressemblent à des courses d'obstacles, et que pourtant tu ne gagnes pas un rond, et t'as que des dépenses. 
Quand la mauvaise humeur revient ça veut dire que la santé revient.
– Hé bien moi j'ai été dévitalisée sans le savoir!

Tu consultes la carte des angles morts (CAM) de la Terre.

Tu sais ces gens qui marchent seuls dans la rue, et qui parlent, essaient de parler, avec la caissière au supermarché. Ici les murs poussent comme des fruits frais. C'est les soldes à douleurprice. Ton téléphone est appelé spécifiquement par des erreurs de manipulation.
Pistes de décollage constituées de tombes. Pistes d'atterrissage constituées de bombes.
L'endroit n'a aucun intérêt sur des kilomètres. 20km de non-intérêt. 20km où chaque recoin, chaque centimètre, n'est pas intéressant.

Le retard, l'aléa, l'erreur, l'incident, l'imprévu, le problème, le délai, le changement pénible, transforment un déplacement en : voyage. 

"Il est interdit de vendre à crédit des boissons alcooliques." (Code de la Santé Publique - Art. L3442-I.). C'est une drôle de loi quand on y pense... 

Beauté bête.

"And I say it again
I need a friend..."

Je parle avec toi dans ma tête des fois. Je te dis plein de trucs, on a des discussions incroyables, magnifiques, où on résout tout entre nous. Je ne t'en fais jamais part, car dans la réalité des échanges réels tout est compliqué.

De toute façon, dès que les gens ont du temps libre, ils s'embrouillent.

Les arbres déploient leurs ailes. 
C'est si bon d'être saoul, légèrement ivre pour être exact, un soir de printemps, début d'été, frôlé, environné de réalités complexes. 
Quand je vois les rails briller, je sais que tout est possible. 
La route est l'arrivée. 
(Je me souviens.) Entre les champs en vélo, je ne pouvais murmurer que ces mots : "qu'est-ce que c'est beau ; quel monde magnifique."

Ami,e, mon cœur est avec toi. Mon corps ne peut plus l'être.
J'ai une maladie pour chaque action que j'ai faite. 
C'est par ta propre maladie que tu me comprendras. 
Il faut que tu rêves pour moi. 
Il faut que tu rêves pour nous.
Quand tu es déjà mort, tu es libre. 
Et ça c'est putamment bon.
(Que le soleil et la lune veillent sur tes voyages.)

Toutes les flaques du monde communiquent entre elles. Si t'écoutes une flaque, tu peux entendre très loin, n'importe où (où y a une flaque) ; si tu parles à une flaque, tu peux parler très loin et très ailleurs aussi (voire très fort si tu passes à travers plusieurs flaques en même temps) à travers n'importe quelle autre flaque. 
Mais ça demande beaucoup de concentration (et d'entraînement), il faut être dans une certaine vibration, être traversé puissamment de cordes, d'ondes, de vrombissements, entendre des voix super fort.

Après réflexion et expérience, et malgré ce que j'ai assez souvent entendu, les décisions basées sur la facilité (de type « suivre le chemin de moindre résistance », « suivre le flux ») sont rarement bonnes.
Il s'avère que ce sont souvent les décisions difficiles, volontaristes, qui sont les meilleures.
Tout cela pour dire que j'ai trouvé ce que je vais faire du reste de ma vie : chantonner.
Je vais devenir chansonnier. Faire de vagues simili-récitals de chansonnettes (éventuellement quelques mini-perfs de poésie intercalées dedans, for old times' sake). Devenir un juke-box à chansons, une usine-machine génératrice de ritournelles. Devenir dans le par cœur. Pour pouvoir le faire à tout moment, à tous les coins de rue. 
Voilà, je crois que j'ai trouvé ma nouvelle voie (qui est en fait une des premières, une de mes plus anciennes voies) : je vais chanter. Ou plutôt chantonner. 
Je vais devenir un chantonneur ! Je vais tout apprendre par cœur maintenant (ce que je ne faisais guère, déléguant ma mémoire à des objets externes), et être un juke-box à chantonnage.
Juste de la voix, pas d'instrument, sauf de l'harmonica.
Peut-être plus tard avec un ami (guitariste ?) en soutien, mais il ne faut jamais que cela soit une condition sine qua non.
Plus de choses compliquées, de performances quasi-impossibles à faire, plus d'objectifs poussant mes limites. Juste quelques petits chantonnages tranquilles, quelques partages de voix et mots sans grandes ambitions autres qu'un moment ensemble de cela, un écho lointain, diffus, de vibrations fortes.
Pas un chansonnier, pas un chanteur, non : un chantonneur.
Tout ça
pour comprendre ça. 
(Je le savais déjà en fait.)   











Je suis le lieu d'une intensité (d'une souffrance, d'une extase). Que faire, qu'en faire ? 
































On a mis au point ceci. Un récepteur d'expériences humaines, un prototype. 





mardi 16 janvier 2018

Agbogbloshie

1.

L'autre nuit, quand je dormais, je faisais des petits points dans la ville. Cirage noir sur de la taule froissée. Une voix pixelisée. Des petits points. Rien d’extraordinaire. Des points de suspensions et cette volonté de connaître la suite de la phrase. Trois points à l’épiderme colonie d'Agbogbloshie. Noirs. Carrés. 2 cm d’espace entre eux. Bords épais. Corps semi-transparents. 3 cm de largeur et cette inscription au cirage noir et indélébile : « __ __ __ ». Cirage noir sur les nanorobots d’un mur froid à l’exacte réplique des outrages du temps. Façade ouest d’une chambre d’hôtel. Hôtel perdu à Agbogbloshie. L'autre nuit, quand je dormais, je faisais des petits points au cirage noir. Rien d’extraordinaire. L’épiderme onde liquide de ma joue transmet aussitôt une fréquence blanche avant que les nanorobots prennent la fuite devant les fréquences doublant d'une octave à l'autre, devant 3db par octave, laissant, derrière eux, une traînée de cuire mal ciré. Laissant trois petits points trônant sur le mur d’entrée de mon hôtel. L'autre nuit, quand je dormais, je voyais des photographies. Images, polaroids d’une époque que j’ai connaître. Un peu comme le goût du sucre. Ou la chaleur des draps plissés. Ce genre de sensation gravée au burin dans la chair. Coups de marteaux. Empreintes mémoriels. Je connaissais cette ville assise à côté de moi. Je connaissais cette carte postale du passé. Le mur ou j'étais perchée. Les grattes ciels enracinés dans la banlieue ouest d'Agbogbloshie. Le vent. L’odeur ou plutôt l’absence d’odeur. Je connaissais tout cela. Mais quelque chose ne collait pas. Mon rêve était plus qu'un rêve. Il y avait quelque chose de palpable. Quelque chose de plus réel que l'éveil. Je pouvais décrypter l'invisible à mes pieds. J'entendais la respiration de la ville. Ses artères gorgées de terre. Je ne sais pas. Comme si j'étais dans le ventre creux d'Agbogbloshie. J'étais le foetus capable de savoir qu'au dela de sa vie, il y avait la vie d'une mêre. J'étais le cube dans le cube. J'étais la machine dans la machine dans la machine.

2.

|Caméra à l'épaule| Un corps allongé dans le sommeil d'une oie basanée |Image fixe| La courbe de
ses lèvre se fige dans un rire étouffé pour ne pas être entendu |Pause| Un draps de lit survol son ombre endormie |Coupure son| Ses deux cordes vocales vibrent sous le grain d'un souffle inarticulé
| Zoom 100% | Julia s'arrache de son cocon onirique avant de battre des cils |Fin du rêve|
La peau de Julia, cette masse de mélanine noire, blanche et artificielle, survole le draps de son lit-double. Taches sur papier-épiderme. Motifs lumineux, en mouvement, dans les airs de cette chambre d'hôtel. Julia tremble de froid, baille avant de s’asseoir sur le rebord du lit. Les yeux plantés sur le plafond, son corps se soulève de quelques centimètres au dessus de l'oreiller. En lévitation, les membres endormis, elle se lève d'un clignement d’œil. Debout, Julia pose un pied après l'autre dans sa chambre d'hôtel. Mur ouest d'un hôtel perdu à Agbogbloshie. Troisième étage d'un méta-building. Elle marche, tête en bas, sur le plafond de sa chambre avant de se recroqueviller sur elle-même. Au côté d'une ampoule de sodium, elle ferme les yeux et replonge dans le souvenir de cette nuit.

3.

Chaussée de pantoufles jaunes, je me promène dans la décharge avant de m’asseoir devant un piano posé sur des squelettes de claviers. Vent de face. Une fumée noire, une terre rouge, une fine couche d'argent sur du papier de chiffon, quelque chose de dérisoires. Les produits chimiques finissent par disparaître complètement.

Il n'y aura pas que la mort mais aussi l'amour

Et je regarde l'écorce d'un bois mort nourrir un feu.

Une carte postale en construction.

Une bouteille jetée à la mer. J'étais là, dormant dans cette chambre d'hôtel et dans la décharge de la banlieue sud. D'un bout à l'autre des rêves, d'un bout à l'autre d'Agbogbloshie, ici et maintenant. Dans un temps en suspends. Moi et mon piano. Je joue le même morceau depuis 1371315 touches frappées. J'ai les deux pieds dans le monde de ceux qui rêvent. Malgré le silence, je continue à jouer. Malgré le son absent de mon piano, je continue à marteler délicatement le bois du regard. Malgré tout, je vis au rythme de l'empreinte de mes pouces, index et majeurs contre les touches noires et blanches. Requiem de l'oubli à trois doigts. Requiem d'une rêveuse ne rêvant que pour son instrument. Qu'importe, tant que la beauté du geste est là... Tant que la beauté du geste est là, les rêves ressemblent à l'infini. Mon rêve n'a pas de son. Mon rêve n'a pas de visage. Je rêve d'une note sucrée. Le sucre fait place à de l'eau. Le do majeur pianoté d'un geste aussi beau que désintéressé. Il n'y a aucun mots de ma part, amas fracturés d'une pensée déjà biaisée. Il n'y a aucun jugement de ma part. Juste le geste, sa précision et une glace à la vanille offerte d'un mouvement désinvolte. Dans ce rêve, je n'ai pas de prénom. Les prénoms n'appartiennent qu'aux éveillés. Les prénoms sont inutiles. Pour les éveillés, les prénoms ne sont que des prisons de LEGO. Instruments de singularité. Je suis un autre. Je suis différente de toi. Je suis. Je suis. Je suis. Je n'ai pas de prénom. Perdue parmi une foule masquée, je suis juste la, présente, ici et maintenant. Moi et mon piano. Aucun prénom pour celle qui en porte un milliard. Aucun prénom pour celle qui à cessé d'être. Je ne suis plus. Souvenirs délavés, présent flouté, je navigue entre la danse de mes doigts et le regard perdu dans cet instant magique le moindre mouvement laisse une traînée de couleur bleue, verte et feu suspendue dans les airs. J'étais là, en train de jouer, simplifier l'équation, arriver à effacer les lignes. D'une douce note résonne le ton froid et lumineux d'un feu d'artifice. Une porte ouverte sur le son. Dès que j'ai quitté ce rêve, la musique s'est faite entendre dans les quatre coins de la décharge. Touches après touches, le renard en pantoufle jaunes quitte le présent pour n'être qu’un souvenir sucré aux draps plissés.


vendredi 12 janvier 2018

HEY! KAMARADE >>>PAN SUR FEUER FREÏ!

(à taper sur le lien)
FEUER FREÏ!




jeudi 4 janvier 2018

J'écris sur un livre NOT I


BONJOUR, J’ÉCRIS SUR UN LIVRE NOT I 





mercredi 3 janvier 2018

SR.IT.E

lundi 1 janvier 2018

jeudi 28 décembre 2017

C'est simple comme Van Gogh.





Bonjour, c’est simple comme Van Gogh.

Au nom du fils du taureau en or et de la chatte à la voisine, il faut que ça soit original.

Bonjour, vous voulez que ça soit beau, donc ça ne sera pas du tout orignal.

Bonjour, vous voulez que ça soit fort mais la faiblesse d’un texte est toujours originale.

Bonjour, vous voulez un thème, malheureusement il existe, et un jour ça ne sera pas du tout orignal.

Bonjour, voilà, vous comprenez maintenant pourquoi

Au nom du fils du premier gorille et de la chatte de madame, il faut un premier problème.

Bonjour, Je suis un singe sage et le sourire c’est la rage, voilà, vous comprenez maintenant pourquoi tout ça se passe dans une cage…personne ne sait si c’est à cause de moi ou juste comme ça…ne cherchez surtout pas à comprendre car ça ne sera pas du tout original, c’est la nature.

Au nom du fils de quelqu’un et la chatte original, je cache le soleil dans mon dos et je dis que je m’appelle Bélial

Bonjour, je suis comme une fleur, celle qui ne ressemble à rien, celle qui ressemble à un fantôme dont on sent la présence, dont on entend la voix mais dont on ne comprend pas le sens.

Bonjour, pour ce que ça soit original, il faut que j’assassine l’idée d’être… c’est le premier problème, il faut que j’assassine mes pensées.

Bonjour, pour que ça soit original, j’étais là, il y avait du bruit et chaque jour c’était à cause de… et je ne savais pas que j’étais toujours là.

Bonjour, si je meurs, ça sera original, vous comprenez maintenant comment ça va se passer et une fois que j’ordonne aux sens de ne rien dire et de partir apprendre à danser, ça ne sera pas du tout original.

C’est simple comme Van Gogh, c’était moi depuis le début.

Khalid EL Morabethi




mercredi 27 décembre 2017

jeudi 14 décembre 2017

"Dépôt-vivante 5" le dimanche 17 décembre à Marseille


Le dimanche 17 décembre 2017 de 16h à 21h, à l'Asile 404 (135 rue d'Aubagne, Marseille), Mathias Richard tiendra une mini-librairie avec ses livres, les livres/CD des éditions Caméras Animales, les CD/K7 du label Invidation et de l'artiste Ichtyor Tides (Nikola Akileus).

A partir de 18h il y aura également des lectures, performances, projections, avec Laurent Bouisset, Aziz Boumediene, Sabrina Cerisier, Rémi Coste, Roselyne Frick, Marien Guillé, Nora Neko, Victor Plantey, Maxime Reverchon, Fred Vaysse, Kevin Yvars.
L'événement est participatif et il est possible de venir lire (5-10mn par lecture) un extrait d'un des livres présents au stand.


A dimanche !

mardi 12 décembre 2017

FRENCH POEM #3. Mathias Richard


I can feel it coming in the air tonight.
Nothing compares to you. Little doll. My little China girl. Captain of my heart. 
Such a lovely face.
I've been waiting for you.
Searching for a heart of gold.
Everybody's looking for something.
All you need is love.
Unchain my heart.
I need hot stuff. I want some hot stuff.
Knock, knock, knockin' on heaven's door.
Light my fire. Kiss.
Femme fatale. Voulez-vous coucher avec moi ?
Can you help me, occupy my brain ?
Who do you love ?
Are you experienced ?
I've been waiting for this moment for all my life, oh Lord.

Good times. When a man loves a woman. 
I'm beginning to see the light. 
Everybody needs somebody. 
Do you think i'm sexy ? You keep me hangin on...

Baby please don't go
Tell me why
You make me feel
I'm in the mood for love
I'm a man
We are family
I just can't stop loving you
Love to love you baby
I'll be good, I wish I could, I get this message over to you now.
Come together right now over me.
Don't let me be misunderstood. (Girl you know it's true).
I want to know what love is.
Don't go breaking my heart.
Whole lotta love. High on emotion. 
Let's get together and feel all right.
Girl, you gotta love your man
When the music's over

Try a little tenderness.
I need you tonight.
All night long, all night.



But my baby don't care. 
She is not alone.
It's something I can never have. Help.
Confusion is sex. 
Should I stay, should I go ?
Do you really want to make me cry ?

Your gonna miss me baby. I will survive. Stayin' alive. With or without you.
Wish you were here. Look at all the lonely people. 
You tell me to enjoy life, I wish I could but it's too late.
I'm dead I'm dead I'm dead. 
No future. No fun. 
I'm dead.
Let it be.


Boys boys boys... Girls just want to have fun. It's the power of love. Just an illusion. Just my imagination. Terrible lie. But we won't get fooled again. I put a spell on you. A bullet in your head.



jeudi 30 novembre 2017

vendredi 24 novembre 2017

"Quelque chose d'inexplicable", texte de Laurent Bouisset lu au Dépôt-vivante # 4 / Caméras Animales le 19/11/2017


(Photographie d'Anabel Serna Montoya)


J’aime que la poésie garde quelque chose d’inexplicable. J’aime faire le singe en haut des branches plutôt que redescendre sur terre et fournir la réponse qui m’était imposée par votre question. L’écriture n’a pas à être où on la veut. Elle garde en elle une marge incompressible. Regardez-la. Voyez-la clignoter, changer de rythme, quitter le port, affronter Dieu pour retomber l’instant d’après dans un désert, en haut de l’Everest ou sur les mains. Deux vers seulement et trois mondes naissent. Trois vers plus loin, une bonne dizaine. Il n’y a pas d’ordre. Pas de discours posé, pensé, poli par de bien zélés profs logiques. J’aime retrouver au bord des vers ce serein pas savoir, ce serein pas prévoir. Cet instant brèche où se percutent et se font signe en riant les contraires. Du rock d’abord. Ça débute là. On a branché nos vies avec les potes au fond d’une cave. Trafiqué bien dix ans un raffut increvable. De la poésie dans cette foire ? Ce grand bazar de lave gueulée sans respirer jusqu’à l’extase ? Dur à dire. Peut-être oui. Je ne pense pas. Je crois que la poésie, c’est après. C’est quand j’ai commencé à supporter le mot silence. J’ai balancé mon brouhaha au fleuve qui m’a offert des carnets pour écrire sur la route sans arrêt. J’ai rencontré. J’ai écouté. J’ai regardé. J’ai voulu voir. C’était immense et bien trop fort pour moi, le monde. Je cherchais dans les strophes un peu de calme. Et tu te calmais ? Ben non... en sueur, j’enrageais ! Alors pourquoi dis-tu que tu cherchais un peu de calme ? Sale habitude encore qui revient dans les mots. On nous a tellement bourré le mou avec tout ça. Sagesse. Bouddha. Lotus. On va pas un jour arrêter de trimbaler ces vieilleries dans nos sacs ?! Bosnie, Turquie, Hongrie, Pologne, Mexique. Cassoulet sur le Maroni. Pommes de terre/corned-beef au Baïkal. Guitare sèche dans la steppe. Pogo sous un volcan guatémaltèque. Silence en haut de Massada, à dix-huit ans. Baleines soûlardes à Tadoussac. Gnawas fumeurs d’Essaouira et leurs guembris. M’en vais pas faire la liste des lieux, mais ce sont eux, les poèmes, plus que moi. Pas faire non plus la liste des gens, des planètes, animaux, rivières, étoiles, trous noirs, crottes, arbres, mais ce sont eux, les poèmes, plus que moi. Tout ça part d’eux, à chaque instant, à fond la caisse ; je mets mon nom après en bas du texte, mais c’est du vol. Il faudrait signer simplement : LE MONDE, ou plus précisément encore : LA VIE, mais la mort est pour beaucoup dans l’histoire ; elle aussi pousse au cul les flemmards que nous sommes ; au petit jour elle débarque dans nos turnes, nous fait sentir sa gueule un peu et vas-y qu’on RECRACHE DU VERS ! alors tant pis... On saura jamais qui fait quoi, on s’en balance ! On se prolonge ; on se traduit ; on se transmet ; on se récite. On se fait lire à droite, à gauche, aux autres, tout le temps. Voilà ma vision de la poésie : celle d’un sport collectif, une lutte plutôt... une lutte ensemble à mort où il faut faire la passe pour subsister. Un poète pense aux autres ou c’est un gland, y en a beaucoup. Y en a des tas. Des mottes entières de poètes-rats mais qui poussent pas. Qui font pourrir le chêne, c’est pas pareil. Ça n’a même rien à voir. Mais pourquoi perdre des mots à parler d’eux alors qu’on arrive déjà tout au bout de la page ? Parle-nous des loups plutôt et des écorces. Parle-nous des batteurs et des graffeurs libres. Dis-le bien haut que TOUS ENSEMBLE ON FRAPPE PAREIL ! ON BAT PAREIL ! ON CAUSE PAREIL AU VIDE QUI NOUS CHIE DESSUS ! Qu’importe on pue, on doit le faire. On doit continuer le grand tournis à cinq heures du matin, tu y seras ? Un poète fatigué, c’est un poète qu’on a mis en vacances. L’idée de devoir s’arrêter l’épuise. Déjà il fuit dans les calanques. Sue l’inertie. Dégote un tronc et s’y remet à graver dans le bois, murmurer dans la roche, où qu’il pourra. Le vrai papier s’appelle le temps. On écrit là-dessus, sur le temps libre. Quand il s’épuise, on écrit dans nos têtes, en conduisant vers le boulot, ou dans les couches de nos mioches... y a de la place ! Un pare-brise embué peut être un livre. Un carton dans une benne une vraie Pléiade. Tu parles d’un rythme. Tu parles d’un tempo d’acharné au quotidien. D’ailleurs je vais devoir y retourner, pardon les potes. J’ai déjà trop parlé et des rongeurs m’invitent à bouffer leurs noisettes. Sûr qu’ils auront quelques vers à me refiler, les cons ! Je ne peux pas les laisser partir comme cela ! Retrouvons-nous aux alentours de 17h dans l’improbable... D’ici là, quartier libre. Boussole au clou. Oubliez-moi.

Laurent BouissetMarseille, été 2017


et là :




jeudi 23 novembre 2017

Humeur Dugong

Les têtes aplaties dans les vitrines qui
Reflètent les feux follet de nos esprits.
Rendent  l'âmes des gens malades.
Regardez la tronche que tirent vos clebards.
Je jette des petits clous du troisième étage
Dans les poussettes.
Re-prendre
Ré_applatir
Re-visiter
Ré_à paraître





J'ai encore vomi un rat crevé.
Petite chanson
Pour pas perdre le nord.

Je suis Sapiens
Dans les dépenses
Des pendances.
Je suis Sapiens
Tant que je pense.

(à pisser ma panse de belle essence à contresens.)

Je suis Logos
Un peu Eros
Thanatos
Je suis Logos
Un peu comme un gosse

(Filer des coups de crosse au boss, lui faire des bosses)



Il faudrait que je pleure.
Il faudrait que je pleure.
Mes ganglions n'en peuvent plus
Ils ressemblent à des boules de noel.
Je jette des clous.
C'est pas pour être méchant
C'est devenu comme un reflex
Il faudrait que je pleure un peu
Ré_à paraître
Je suis Sapiens.

Video: Le clip n'existe pas.
           Musique pour robots disléxiques.

vendredi 17 novembre 2017

La tribu des "Gensmasqués"


Il était une fois une petite fille masquée appartenant à la tribu des « Gensmasqués ». Elle avait un masque noir. Son père a un masque vénitien, sa mère avait un masque de fantôme et sa petite sœur avait un masque de Pinocchio. La petite fille, elle, avait un morceau de bois noir à la place du visage. Le masque noir cachait tout son visage. A tel point que l'on se demandait, dans la tribu des « Gensmasqués », si elle était gentille avec tout ce noir sur le visage
- Tu crois qu'elle est gentille ? Se demandaient les passants.
- Tu crois qu'elle est gentille ? Se demandaient d'autres passants.
Pendant une nuit bleue et nyx, les passants passèrent devant sa maison. Ils la regardaient manger depuis sa fenêtre. Ils la regardaient dormir. Ils la regardaient même aller aux toilettes. Fatiguée de leurs regards, elle descendit de trois étages avant d'ouvrir la porte et enlever son masque noir. Elle leurs adressa son rire de gamine de 12 ans avant de dévisager leurs masques, maintenant, rougissants.



dimanche 12 novembre 2017

Performance restaurant Frioul (vidéo)


Le 30 septembre 2017, sur l'initiative de la danseuse Anaïs Poulet, a eu lieu une performance collective au restaurant Tapaloca (île de Ratonneau, archipel du Frioul), "chez Michel". La vidéaste américaine Laura J. Lukitsch en a créé le petit film ci-dessus.

Avec Marion Ruault (contrebasse), Nora Neko et Tina Hype (sons et mots), Mathias Richard (mots, voix, danse), Aziz Boumedienne (mots, danse), Chloé David, Leonie S., Elsa Ferret, Anaïs Poulet (danse), Benoit Guidi (caméra), Laura J. Lukitsch (caméra et montage).

prenssée z


J'ai horreur des mots et j'ai horreur du langage. On m'écoute que quand je dis rien. Lis en te cachant les yeux. 8, 7, 6, 5, 4, 2, 1 : t'es en mode mort.
Tire sur les poignées de ta tombe, rentre dans ta peau par le bas et par le haut. T'es un grand chien assis sur une chaise, sur le sol, sur la planète Terre. Noir de vie. L'univers hurle. Monte le volume. 

je peux danser avec toi, avec ça
je peux danser avec toi, toi toi
je peux danser avec toi, hé hé
je peux danser avec toi, hé

Attends, j'ai mon pied devant mes pieds.
Attends, j'ai un pied devant mes pieds.
Attends, j'ai un pied devant mon pied.

Ton esprit dans mon esprit. Tes pensées dans les miennes. Un bon moyen de se connaître est de connaître les autres. Chercher d'impossibles accords avec ses contemporains. (Plus on comprend l'autre, plus on est célibataire.)
Tu penses que beaucoup cherchent trop à s'économiser au lieu d'être dans une dépense et ouverture totales.
Regarder les gens mentir ne t'intéresse pas plus que ça. Tu te sens proche de celles et ceux qui sont proches de la mort.
Et pourtant, ce qui te maintient en vie, est ce que tu ne pourras jamais vivre. (Souris, ta vie en dépend.) Ton livre sur l'échec fera un triomphe.

Hallucinations complexes inaugurales. En une génération, la Bible, l'Odyssée et l'Iliade sont complètement oubliées à jamais. Il a suffi d'une génération pour que tout soit oublié. Pour que l'histoire de l'humanité disparaisse. Il a suffi d'une génération. Pour que la mémoire de l'humanité. Disparaisse. La répétition renforce la répétition. Le changement crée le changement. Il y a des drogues dans les robots. Les écrans te regardent. Il y a de la drogue dans les ordinateurs. Drogue-robot. Addiction. À la connexion. A. ddi. Xion. À la. Connex. Ion. La télé te regarde. Figure désœuvrée de la concentration nerveuse. Tellement excitée. Ton vagin vient de s'avaler lui-même. Ton vagin se mâche lui-même tellement. Tu pourrais me rendre les clés de mon cul s'il-te-plaît ? Mon corps, ma peau, sont plein de détails super bien faits. J'ouvre ma nuit, en deux, pour te laisser voir, dedans. Plonger. Un poing de velours dans un gant de fer. Tu n'es pas parfaite. Ce qui est parfait. Perfection is perfect. Il est temps pour moi de cesser d'explorer nos différends.
La mort est une respiration. Death is breath. J'ai mis ma respiration dans ton verre.
Arrête de parler dans ta bouche. 
Glisse en voiture à travers les choses.
Glisse à travers les choses.
Avec un téléphone enfin idiot.
Toute la planète est couverte de cercueils. (Reflets d'éclair dans vitres.)
Monte le volume, monte le volume.
L'univers est recouvert de cercueils.  
Le monde entier, tous les immeubles, sont recouverts de cercueils.
Chais pas si vous avez déjà traversé une ville avec un fute qui tombe sur les genoux. Ma plus grande peur est que les statues se mettent à parler. J'ai la Terre qui tourne trop vite, donne-moi du speed ça va me calmer. Me suis maquillée comme un cafard. Quand t'es modeste, les gens te disent que t'es trop timide. Quand t'es confiante, te disent que t'es arrogante. Continuons à construire notre propre prison. Le projet, si j'ai bien compris, est de rendre les insultes politiquement correctes. Caresse mon maquillage. Terminalien. Un oiseau avec une seule aile. Triple pull, double pantalon, quadruple slip. Je fais tout à l'envers, quand je vais à droite je vais à gauche, etc. Je suis une sorte de sélecteur de la réalité. DJ Réalité. Tu remixes la réalité, joues avec, la fous dans tous les sens. La redéfinis. Amplification neuronale. Lumière bouillante. Hyperlogique extrémiste. Ah, parler d'alcool en buvant de l'alcool, c'est tellement bien. Moins t'as, moins t'as, et plus t'as, plus t'as. Ton n° de tél lu à l'envers ressemble à un mot secret. J'ai pas pu aller à la boulangerie aujourd'hui, le pain était complet. Y a une végétarienne qui bosse dans un abattoir, elle m'a mordu avec une fausse dent, donc elle m'a pas mordu. Et je l'ai vu couler, le sang, j'ai vu couler le sang. J'ai vu le sang couler. Maintenant je ne suis plus perdue j'ai trouvé une cigarette. Faut pas prendre le bon du mauvais. Ni le mauvais du bon. Mets le mot sexe et tout ira bien. De la poésie dans un pays, est de la pornographie dans un autre. Tu peux te servir de mon nom, je m'en sers pas.

I'm not interested in France anymore.
L'Alliance des Planètes Extérieures :
We / are / the / cosmos.
KILL THE EARTH. WE ARE THE COSMOS.
WELCOME TO THE OUTSIDE.
THIS IS THE TIME FOR LIGHT.
PERFECTION IS PERFECT.

You are beautiful. Can I kiss you ?
I want to see you. I want to feel you. I want to know everything about you. I want to forget you. I want to unforget you. I want (you).
(I'm afraid of beautiful girls.)

La perfection est parfaite. 
Perfection est parfaite.

Nous voulons découvrir les veines et les muscles des galaxies. 
Superautoroute relie diverses formes de conscience et de vie.
Je vais vous parler un peu de vous-même! Je sexuelle de la jeune fille! j'aime le sexe, j'aime beaucoup! J'aime fessées !!!
Je vis dans votre ville Je pense que nous pourrions vous divertir. Comment pensez-vous? 
Pour commencer, nous pouvons apprendre à mieux les uns les autres communication !!!
Moi, c'est très excitant!!! Et toi?
J'espère vous voulez 
Je sais que beaucoup!
J'ai déjà culotte! 
Dépêche-toi!

I'm gonna hit you with hate. Même t'insulter serait te faire une faveur. La moindre erreur on meurt. (Je ne suis jamais allé à Nevers.) La discipline, c'est un savoir-faire, un geste technique, une manière d'être, qui nous rend plus libres. Toute ta vie, tout ton amour, toute ta haine, tous tes souvenirs, ta douleur, ce n'est qu'un rêve, un rêve que tu fais à l'intérieur d'une pièce verrouillée. yeux = yeux . (La pub implantée sous les paupières.) Un arc-en-ciel noir bloque le soleil. Qu'est-ce qu'il y a après la lettre z ? Une génération. On a écrit de nouvelles histoires.