jeudi 19 juillet 2018

Poème-tattoo [texte théorique # I]


Yoann Sarrat
Poème-tattoo [texte théorique # I]

Ayant tatouée, sur ma cuisse gauche, une « Zone expérimentale de mon corps », délimitant un morceau de chair découpable et exploitable, emplie de quelques signes[1] qui actionneront la textualité de diverses façons (marqueurs obligatoires d’une phrase et de la construction phrastique balisée d’éléments modificateurs, étapes de l’écriture corporelle, système de signes à ré-analyser perpétuellement, système d’ouverture obligatoire vers d’autres mots et vers la néologie, etc.), un poème-tattoo va être créé, en direct, lors d’une performance[2]. Le dermographe n’utilise pas d’encre et trace des lignes de sang en interagissant avec les mots tordus. Cela fait émerger un poème dermographique qui pourra être utilisé de diverses façons dans un jeu d’échange entre la page et la chair[3].



Le sang des mots

La performance permet de créer une situation d’énonciation du texte pour toucher au « su » (la sueur, la dimension pulsionnelle) et progressivement au sang des mots, elle permet également de mêler le bruit de la machine modifiant la peau et sa surface au texte déclamé tout en intégrant les divers bruits du corps (ses borborygmes devenant des glossolalies). La sueur et le sang des mots vont se confronter à ceux du corps qui les accueille. Se met en place un dialogue entre les sécrétions corporelles qui réagissent, en direct, au texte corporalisé, s’inscrivant dans la chair. Le sang va prendre possession des mots, les faire remonter à la surface du corps. C’est une écriture corporelle toute nouvelle, multidimensionnelle, en plus de la danse et du mouvement des mains tatouant et des lèvres lisant, le spectateur lit la poésie sur le corps tordu, un nouveau spectacle, celui du texte en train de s’inscrire radicalement.

Chaque particule corporelle (un ongle, une larme, une goutte de sueur) revêt un sens (à trouver ou en évolution permanente selon les contextes, les situations). À ces signifiants « naturels » car présents en chaque corps s’ajoutent les signes et idéogrammes corporalisables. Chaque corps peut porter son propre langage confronté à celui, intrinsèque, qui existe dans l’émanation et la sécrétion naturelle. Un ongle peut devenir une parenthèse dans le texte ; une lettre peut devenir un glyphe sur la chair, intégrant de nouveaux mystères corporels, offrant plusieurs possibilités de lectures selon les états du corps ainsi que ses torsions, ses positions, ses danses : la chair de la cuisse ainsi remplie est la partition d’une nouvelle poésie à performer.  

Ainsi, la peau ne serait plus qu’une interface entre le dedans et le dehors mais entre l’humain et l’univers dont il n’est qu’une particule, un corps qui doit faire exploser son sens en réinterrogeant tout ce qui le constitue, depuis sa première larme au sortir du ventre maternel (alors couvert des sécrétions du premier monde) jusqu’à son dernier souffle sur le lit de mort (lui-même recouvert de sueur et de larmes).

Ainsi tatoué sauvagement, le texte ne sera pas figé et existera en plusieurs états : texte ensanglanté, texte à vif, texte qui pèle, texte en pleine cicatrisation, texte cicatrisé, texte en voie de disparition, texte qui disparaît, texte disparu, texte avalé par le corps […] Le texte saigne, suinte ; il coule, sécrète, est à vif, se fait recouvrir de pommade, ouvert sur de nouveaux sens à chaque nouveau processus de transformation. On peut aussi voir l’évolution du texte et son épiderme sous l’action du chaud ou du froid : qui le fait changer de couleur, s’augmente d’une chair de poule, par exemple.

À cela s’ajoutent toutes les informations (notamment génétiques) que renferme une goutte de sang, et les minéraux qu’accueille une goutte de sueur. Pour générer cette sueur, le corps se tord avant d’accueillir le texte-tattoo, dans une sorte de danse-texte-tattoo.

Avec ce poème-tattoo : se retourner contre la main qui écrit et le corps qui crée, tout en demandant à une autre main experte armée d’un dermographe de faire entrer le texte par effraction dans la chair dédiée à l’œuvre. Le texte réécrit sur la cuisse, entre improvisation et dictée (direct de l’œuvre trans-mise), mêle mots, interjections qui rappellent les onomatopées du théâtre d’Aristophane, glyphes-sang ou glyphes-tattoos, dans un espace délimité et déjà augmenté de signes avec lesquels l’ensemble doit interagir : la zone interrogative-exclamative [?!], la virgule de concaténation [ , ], le crochet expansif [ [ ]. Près de la paire de ciseaux agissant comme une porte d’entrée dans l’espace de la poésie se forme une zone découpe-conglobata, avec un millier de signes enchevêtrés jusqu’à l’illisible significatif. À cet ensemble liminaire s’ajoute l’ensemble sonore second (les bruits de la salle, les déchets sonores recyclables, les sons des corps des publics, les voix intrusives, les bruits de bouteilles de bières, les bruits de goulots suçotés, les bruits gutturaux de bière avalée, etc.) qui peut être intégré au poème dermographique d’une façon ou d’une autre.  Alors, l’improvisation-tattoo donne naissance à une poésie glossolalique qui investit la chair et des milliers de retranscriptions sont possibles selon les situations de lectures et les différents états du poème dermographique évolutif :

(Retranscription #1 le 18/04/2018 – à partir d’une photographie sombre et rouge du poème dermographique prise deux jours après la performance) :

[?! + .¥[4] + ------------------[5] + [aouch[6]] + . + 0[7] + βx[8] + Su1 + (Goutte1 profonde) + [Ô] + (Zone Conglobata)^¨/XXX+++**** + , + & à [aïe] + µ + [ + TXT (renversé) + . + ET + öö + CZ]


Le poème va donc continuellement muter selon plusieurs acceptions et dans plusieurs de ses dimensions : le texte-peau va se modifier et, probablement, disparaître, en tout cas pour ses parties les moins profondes, le poème sera continuellement réécrit, recomposé, en fonction des lectures et ses retranscriptions.

Post(inter)face 

Un des risques de la performance était de se voir renverser de la bière sur le poème-tattoo en train de se créer. J’aurais alors dû la lécher. Le texte aurait pu devenir un poème-tattoo-léché à 8.6° ou à 4.2°[9].

Juste avant la prochaine performance, je regarderai 100 weird photos sur Internet pour avoir des images bizarres en tête à transmettre en plus de mes phrases-corps tordues dans tous les sens.

Une femme emmenant son bébé pour une promenade dans une poussette résistant au gaz / Kazuo Ohno travesti en La Argentina / Des canetons utilisés comme animaux de thérapie pour les enfants / Le champignon atomique Little Boy / Marie Wigman dansant Hexentanz / une Arménienne de 106 ans gardant sa maison avec une arme automatique / un soldat partageant sa banane avec une chèvre / Une petite fille avec des jambes artificiels en 1890 / Une mère cachant son visage après la mise en vente de ses 4 enfants / Les restes fondus d'un incendie au musée de cire « Madame Tussauds » à Londres en 1930 / L'alcool déversé dans les rues pendant la Prohibition à Detroit en 1929 / Une jeune femme ayant recouvert ses bras et jambes d’antisèches / Un homme nu recouvert de paquets de jambon cru / Une dizaine d’hommes déguisés en schtroumpfs complètement ratés / Deux hommes se baignant dans des cheeseburgers / Un homme faisant du scooter avec une chèvre / Des acteurs déguisés en vieux baisant des poubelles dans le film Trash Humpers d’Harmony Korine / Une femme aux sourcils en maquillage permanent complétement raté formant deux ^ ^ […]

Ces images et leurs possibles significations pourraient également être tatouées d’une façon ou d’une autre dans la zone expérimentale, retranscrites en signes ou, parfois, dans une mise en abyme du raté-signifiant (le maquillage permanent ^ ^ qui couvre certains mots, par exemple).



[1] [    ?!    ,
[2] Réalisée au Troisième salon des Voix Mortes, organisé par Luna Beretta et Christophe Siébert le 16 février 2018, avec l’artiste-tatoueuse Claire Sinturel en free hands – technique de tracé direct sur la peau, sans modèle ni calque, au plus près du corps, de ses méandres et ses imperfections (c’est aussi une notion centrale de l’histoire de l’art liée au surréalisme, réinterrogée par la pratique du tatouage) – avec lecture dansée du poème-tattoo et musique de l’alto solo Marie Takahashi, et avec des photographies réalisées par Frédéric Sinturel.
[3] Qui, dans mon cas, et comme on me le fait souvent remarquer, sont aussi blanche l’une que l’autre.
[4] Glyphe-Tattoo1.
[5] Fil rouge reliant, notamment, les blessures ontologiques et créatrices entre elles.
[6] Les onomatopées-douleur concernent plus le public compatissant que moi-même. Ce n’est pas pour faire le malin mais je n’ai jamais ressenti de grandes douleurs lors de tatouages ou autres blessures créatrices. Cependant, cela permet d’avoir la sensation du texte et de l’écouter crier.
[7] Goutte de sueur sur le front qui coule sur la page puis glisse sur le poème-tattoo en train de se faire.
[8] Glyphe-Tattoo2.
[9] Je préfère lécher de la 8.6 mélangée à ma sueur et mon sang plutôt que de la Kronenbourg, même si évidemment cela n’a rien à voir avec le sujet. [Oui mais c’est quand même important de la préciser](oui, voilà, pour la personne renversante : bien choisir sa bière quoi).

mardi 17 juillet 2018

Je me Vegeta




Je me Vegeta. Je me Vegetarialisme. Je me phrase. Je me mets. Je me forme. Je me traverse. Je me mange. Je me répète. Je me chose. Je me rends.
Il n y a qu’une seule phrase. Je mets la lourdeur à six centimètre plus à gauche. Je forme un gouffre dans la planète. Je traverse l’herbe. Je mange de l’herbe. Je répète ce que j’avais dit vraiment. Je deviens une chose très importante. Je me rends compte.

Khalid EL Morabethi

dimanche 15 juillet 2018

Entre les portes



 J'ai cette manie de vouloir vérifier frénétiquement si les portes sont bien fermées.

Quelque fois, je passe 20 minutes à faire des allers-retours entre le portail et la porte de chez moi pour vérifier que celle-ci est bien fermée.

Il faut que je pousse violemment mon esprit hors de cette boucle d'allers et de retours pour pouvoir enfin partir.

Quand j'étais plus jeune - entre 13 et 15 ans - chaque année, pendant les 2 semaines entourant Noël, je me raclais la gorge pour essayer d'en faire sortir les glaires. Toutes les minutes, jour et nuit, sans pouvoir m'arrêter.

Au-delà de la gêne physique évidente, cela ne m'angoissait pas tant que que ça, car je savais, pour ça comme pour le reste, que tout finit un jour par s'arrêter.

dimanche 8 juillet 2018

Le travail des éditions Vermifuge


"éreintique" 
de Nikola Akileus

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"Histoires anéanties"
de Guénolé Boillot

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"Machine dans tête"
de Mathias Richard

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"La Malangue"
de Yannick Torlini

lundi 25 juin 2018

Ga : La thérapie


Ga, je regarde profondément en toi. Je le sais. Je le sens.
Maintenant. Je me souviens. Il n’y avait pas de porte dans ma chambre.
En fait. Je buvais seulement de l’eau.
La nuit. Il y avait un numéro de téléphone dans le mur.
En fait. J’attendais. Longtemps.
Je comprends maintenant. Je vois maintenant. Je suis en train de devenir une sorte de. Un certain X.
Ce tigre qui  ne m’avait pas tué. Est-ce que c’est son sourire que je vois maintenant dans le miroir ?
En fait. Il n y a pas que la haine.
En fait. Je vois. Loin de ce point où je vis. Une force qui m’appelle
Je suis en train de comprendre. Je ne suis pas d’ici. Je le sais. Je dois partir mais pas maintenant. Je dis pas maintenant. Alors pas maintenant. Je le sens.
Il y avait une longue robe rouge dans mon armoire. De. Je me souviens. Sauf. Il y avait une logique.
En fait. C’est toujours le temps de vendre son âme. J’attends. Pas maintenant.
En fait. C’est toujours moi qui ferme les yeux mais ce n’est pas moi qui dors.
Je peux si facilement sortir de mon humanité.
Je me souviens. Il venait toujours pour me voir ou me parler. De. En fait. Je me souviens. Je tournais toujours vers le mur quand il apparaissait. Ce n’était pas une punition.
Le sens est fatigué. C’est moi qui parle. Sauf. Oui. Mais. Sa mâchoire me maintient.
En fait. Il y avait une fenêtre dans la pièce. Je ne savais pas pourquoi.
En fait. Mes pieds étaient toujours nus.
Je comprends. J’étais quelque part dans le temps.
Le mal n’est qu’un simple mot. Plein de faiblesse. Plein de défaut. Je cherche le parfait.
Je mords. En fait. Mais toujours le cœur. Pas encore mort.
En fait. Mais toujours le cœur. Je sais. Dans le corps.
Ga, regarde profondément en moi, tu le sais, tu le sens.  
Bientôt.
Mais pas maintenant.
Pas maintenant.

Khalid EL Morabethi

samedi 23 juin 2018

de l'autre côté du mur



de l’autre côté du mur                                               i l y a


ma vie d’avant
                d’avant les murmures gênants

il y a des grappes humaines déchiquetées
    aux doudounes détrempées
                aux espoirs en lambeaux
    des dé-dé-décharges électriques et des potes de survie
                                                                        perdus à tout jamais

de l’autre côté du mur il  y a

         ma famille - biologique
               celles et ceux à qui
                                                   j’envoie du fric
                                    quand c’est possible

et avec qui la communication
                              se fait de plus en plus

    sporadique

télépathique

                            
                          de l’autre côté du mur
                                       il y a
                                   la guerre
   le sang
      l’incrompréhension
                    le déni et
                              les inepties
                                    d’un régime AUTORISÉ

les atrocités
           d’un gouvernement inscrit à l’ONU

des chars et des armes
                               à gogo
                                      galore
                          et bien plus encore

des enfants qui ne savent
     pas
  ce que c’est qu’être gosse

des maux sans nom
des tortures indicibles
pourtant
i n d e x é e s p u b l i é e s p o s t é e s s u r l e s r é s e a u x  SOCIAUX
des cris
   des bombes
          des éclats
              de peur et de joie

il y a des vies
qui continuent malgré tout
       des vies qui pleurent sans bruit
       des vies qui espèrent tout de même
                      qui rêvent même d’en sortir

mais qui valent
                             MOINS

que la vie de celles et ceux bien nés
           ceux et celles
                             juste nées du bon côté du mur



dimanche 17 juin 2018

Mathias Richard le 23 juin au cipM (Marseille)

Le samedi 23 juin à 16h30 (attention à l'horaire !), Mathias Richard sera au cipM (centre international de poésie Marseille) pour donner des lectures-performances, sur une invitation de Nicolas Tardy.
Tous ses livres parus seront disponibles sur place.
Il y aura également l'écrivain, poète et performeur Boris Crack.


L'événement sur le site du cipM : 

Et sur FB :

Entrée libre !

On se voit là-bas :)

Fernand Fernandez lit des extraits de "syn-t.ext" de Mathias Richard (vidéo Nikola Akileus)


Le poète Fernand Fernandez a enregistré une lecture d'extraits du livre syn-t.ext (improvisation en feuilletant et lisant à la volée des phrases) de Mathias Richard.
L'artiste Nikola Akileus a ensuite fait une création vidéo sur cette lecture. Résultat ci-dessus !













samedi 16 juin 2018

Avis aux lectrices/lecteurs et participant(e)s du blog mutantisme

Cher participantes et participants du blog mutantisme, chères lectrices et chers lecteurs !

L'application Networkedblogs, qui redirigeait automatiquement (et gratuitement) depuis des années chaque post du blog vers des comptes Facebook (Caméras Animales et Elektra Kore) et Twitter (le mien) a définitivement cessé de fonctionner depuis le 6 juin.
Et je n'ai trouvé à ce jour aucune autre solution gratuite.

La visibilité des posts va donc hélas baisser. 

En conséquence, je vous invite à partir de maintenant à partager les posts manuellement, si vous le souhaitez et pouvez, sur les réseaux sociaux et sites de votre choix, afin de maintenir une bonne visibilité de notre blog de création et réflexion collectif préféré. ;)
(Moi-même je partagerai les posts manuellement sur FB et ailleurs (G+, Twitter...) quand je le pourrai.)

Salut à toutes et tous !

Mathias

et puis. ç . a . n . e . v . e . u . t . r . i . e. n . d . i . r . e . dans le temps.



et puis. ç . a . n . e . v . e . u . t . r . i . e. n . d . i . r . e .  dans le temps.


https://secicrexe.tumblr.com

mercredi 6 juin 2018

Jours intenses. Mathias Richard

Jours intenses

J'y pense.  J'y pense vraiment. J'y pense. J'ouie. J'irai. Je voudrais. Virerai. Rivé. Vérifierai, rêverai. Mais sans airbag. Mais sans coque. Mais sans frein. Mais sans coussin. Mais si. Mais sans. Mais sans filet. Mais sans backup. J'irai, ravir, révérer, réverbérer, rendre, raviver. Mais sans sécu. J'accumule. L'une. Je simule. La thune. J'annule, j'analyse. Crise. No. No. No. Non. Non non. Ni. Crèverai, si. Circulerai. Si. Revolve. Valve. No no mot. No more, no mots no more, no mort no more : ne me ne me. Me. Briserai. Sur. Si. Sang. Que. Vous. Voulez. Que oui, je oui, effleure, effleure encore, effleure et frôle, râle, réel, surnaturel non, si, non, peut-être, non jamais, je veux, j'irai, j'essaierai, je vivrai, pour un temps, intense, une danse, une transe, un ennui, une chose, un doute, une plongée, un essai, sans truc, sans cran, sans blanc, sans vision, un jour plein, lourd, crasse, propre pour être sali, fort, qui pense, qui passe, c'est court, c'est très court, alors cours, mais je refuse de ne pas, de, je fuse, rai, un temps, ramperai, filerai, tisserai, je suis prêt, me concentre, suis prêt, me concentre vraiment, le vide le plein le tout ça prend forme je suis prêt, les blocs se remplissent, les poches se remplissent, ça bouge, ça respire c'est parti, tu es parti ça tourne, on est. Nés. J'y ai pensé. C'est arrivé. Après. Exprès. Express. Pas neuf mois pas dix jours juste une pense. Fourmillante précise. Peut-être c'est faux mais on fait à fond quand même. Au cas où. Ce serait vrai. Qu'on vivrait. Crier. Trouer. Pour respirer par des pailles de fer. Nés sous terre, dans des cages, en otage, nés violés, nés vendus, nés tués immédiatement, jusqu'à ce que l'un d'entre, nous. Passe. Passe. Passe. Passe. Passe. Entre. A toute vitesse. Echappe. Parte loin. Avant que. Tout le monde se sépare, chacune se prépare, on est prêt. On sait. On sait. Chaque. On. Nuée. C'est un cirque. J'écris pour les Africains du futur. J'écris jusqu'à ce que quelqu'un. Passe. Faut rêver précis sinon c'est tes pas qui pensent. T'as si peu tort. Tu me ressembles plus que moi. Taré. Même ta place au cimetière. Faudra la payer. Eux, c'est vous. Sommeil encrypté, pour protéger infos-pensées. Suis lancé. Je suis la première personne qui a eu internet. On s'en ballec. Un sommeil sans œil, ça sonne. En voulant j'ai vu. Roulé. Esclave. Puis lavé boule-oiseau-jour. Paraît que t'es sculpture de piqûres moustiques. 1 c'est l'chemin et 9 c'est l'destin. Chuis mû t'es muse, une jeune-qui. En VIP. OQP, NRV, DCD. Fichée S. S. WQ. En PLS. PD. Te voir c'est du soleil en boîte. Du doux doom. Dum-dum. Danse amplifiée, saturée. Nourriture. Le Nouveau-Mexique. M'excite. J'ai cinq cœurs. Cinq sœurs. J'adore appuyer sur Supérieur. Anonyme animal errant. Robot mal réglé. Esclave. De la liberté. Gamifié. Il y a cet endroit. Au Sud. Où les murs entre les mondes. Sont fins. Sont flous. Sont fous. La vie va vers la vie. La vie attire la vie. La vie évite la vie. Ça varie. Dans l'attente. De la Révolution Hypersensible (RH). Quand on n'a pas l'habitude, on goûte les choses. C'est écrit dans internet. Y a un plafond, y a des plafonds, des plafounets, y a plein de plafonds, différents, selon les moments. On me l'a dit. On me l'a écrit. On m'a prévenu. Trop tard mais bon. On est seul, on m'a prévenu aussi un peu. Pas si reliés mais certains essaient par divers. Moyens. On me dira plus mais y a plus de temps, tant pis, un est mort, deux sont nés, ça tombe, ça monte, ça rampe, crampe, krumpe jusqu'à la folie. L'océan est une voix. Je glisse. (Sans casque.) N'ai pas trouvé le chemin, ne le trouverai pas. Heureux je pense. Jours intenses.



VBNM,. 5


lundi 4 juin 2018

Verre de rouge du Ventoux, médaille d'argent

                                                                             (c) Tina Hype







En vert
     des vers
               revers
je ne suis plus la poupée de verre
on ne m’attache plus au lit avec des menottes
je dors       à même le sol



En vert
     des vers
             revers
je ne suce plus la nuit
                        à toute branlée sur l’autoroute
je me grise autrement et avec d’autres corps

mais lui
il se souvient
la poupée charmante
et moi aussi
je sais bien
que c’était excitant


de ne rien voir
rien savoir
juste
sentir la vitesse
et se d'mander si on va s'planter
s’il va lâcher l’accélérateur
ou si on arrivera à bon port
pour se prendre par tous les trous
                           sur le tapis du salon
                                                       parental


En vert
     des vers
             revers
il faut briser le mythe
de l’histoire miraculeuse
comprendre que ça n’aurait pas marché
plus longtemps que ça
qu’on aurait fait
genre
couple de vair vicié
                     encore un couple
à la dérive avec le temps

il faut briser le mythe
l’éclater en mille
et se dire qu’on a bien fait de s’en donner à cœur joie

sur le tombes du cimetière
                à la verdoyance en danger
au bureau ou dans le petit bois
en cuissardes
             mais sans cravache
                                  ROUGES

se dire que c’était des exercices
de doigté exceptionnel
d’addiction commune à l’adrénaline

calmée aujourd’hui
par la présence
                                  mentale
de sa dame
qui ne souffrirait de savoir
qu’il veut revivre tout ça
                                            LE FEU AU VENTRE


mais non c’est terminé
les fluides de la poupée se sont déversés dans la Tamise
le verre est redevenu sable
et le compte à rebours vers d’autres plaisirs
a commencé


En vert
     des vers
              revers
bouffe-toi tes regrets et vomis-là tes pensées
qui te font m’appeler la nuit
pour savoir si je mouille

Oui, carre toi bien tranquille mon chou

les vers ne m’ont pas mangé le corps
et je transpire encore
de baiser très fort

sans programme monogamique
qui réserverait mes parois à un seul et unique
                                                                          VER


(c) Tina Hype


dimanche 3 juin 2018

Vers toi

J't'aime. J't'aime. J't'aime. J't'aime. J't'aime. J't'aime. J't'aime. J't'aime. 
Tu m'aimes. Tu m'aimes. Tu m'aimes. Tu m'aimes. Tu m'aimes. Tu m'aimes. 
J't'aime. Tu m'aimes. J't'aime. Tu m'aimes. J't'aime. Tu m'aimes.
On s'aime. On s'aime. On s'aime. On s'aime. On s'aime. On s'aime. On s'aime. On sperme. On s'lèche. On s'lâche. On s'liche. On s'louche. On s'tache. On s'tiche. On s'touche. 
J't'aime. Tu m'aimes. On s'aime. J't'aime. Tu m'aimes. On s'aime. 
On s'touche. On s'touche. Tu m'touches. Tu m'touches. J'te touche. J'te touche. Tu m'touches. Tout. J'te touche. Tout. On s'touche. Partout. 
On s'endort, on s'endort, on s'endort...

Je dors. Vers toi. Je me réveille. Vers toi. Je sens. Vers toi. Je me lève. Vers toi. Je pense. Vers toi. Je me lave. Vers toi. Je m'habille. Vers toi. Je marche. Vers toi. Je fais du vélo. Vers toi. Je prends le métro. Vers toi. Je prends le bus. Vers toi. Je vais. Vers toi. Je tourne la clé. Vers toi. Je monte les escaliers. Vers toi. Je frappe à la porte. Vers toi. Je sonne à la sonnette. Vers toi. Je souris. Vers toi. Je bouge. Vers toi. J'embrasse. Vers toi. Je langue. Vers toi. Je bave. Vers toi. Je tends. Vers toi. Je m'arrache. Vers toi. Je jouis. Vers toi. Je respire. Vers toi. J'ai le vertige. Vers toi. J'ai le vertige. Vers toi, vers tant, vers tout, vers tu. Vers pas tout, vers toi. Je m'endors. Vers toi. Je rêve. Vers toi.
Je suis à l'envers. Vers toi. Je pense à l'univers. Vers toi. Tout l'univers. Tout mon univers. Mon univers. Est vers toi. Et tout l'envers. Vers toi.
Tout uni. Vers toi.
Tout mon univers. Vers toi.
Tout mon univers. Uni vers toi.

On s'endort. Lentement. On s'endort. Dans les mots. Dans les caresses. On s'endort. 
On se vêt. On est vêtu. De caresses. On est vêtu. De baisers. On est vêtu, de petits baisers. On se vêt, de petits bisous.  
On se vêt, de petits mots, de tendresse, on se vêt, de sexe. On se vêt, de calins, on se vêt de petites voix, on se vêt de voix tendres, je suis vêtu, je suis vêtu entièrement vêtu, je suis vêtu entièrement vétu de caresses, de baisers, de calins, je suis vêtu, on se vêt, ensevelis on se V on se W de caresses, on se XYZ, on se X de sexe, on se Y de baisers, de calins, on se Z, on se Z, on se Z de bisous, on se Z de petits bisous.
On se vêt. On se réveille, dans le soleil, les voix d'enfants, les arbres, les feuilles, le ciel.

mercredi 30 mai 2018

mardi 29 mai 2018

Mizugashi : La thérapie / Khalid EL Morabethi



J’occupe le d. Me manger. J’occupe. Mes yeux, Je ne sais pas s’ils sont blancs ou vraiment blancs.
J’occupe le d. Il me mange et j’admire la façon. J’occupe. Je suis vivant mais la conscience.
J’occupe le d. Il m’aime comme. J’occupe. Je suis en train de préparer un délicieux repas.
J’occupe le d.  Tu ne peux pas entrer. J’occupe. Ma tête ne ressemble à rien. Sauf.
J’occupe le d.  Et je l’aime vraiment.  J’occupe. Comme.  Mais la conscience. Sauf
J’occupe le d. Il peut entrer. J’occupe. Prendre le contrôle. Sauf.
J’occupe le d.  Il me permet de devenir. J’occupe. Je ne vais pas être déçu.
J’occupe le d.  Il s’est tellement identifié à. J’occupe. Une partie de moi-même. Mais. Sauf.
J’occupe le d.  Les dents et dedans. J’occupe. Son sourire.

Khalid EL Morabethi

lundi 28 mai 2018

Volodymyr Bilyk - Roadrage (Zimzalla, 2018)


Hello everybody! I've got a book out. ROADrage is an assorted collection of poems warped inside out upside down, twisted backwards and tied into a Moebius strip because The Beatles "Because".


The book can be ordered here. You can read the sample here


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Here's a couple of elaborate remixes exclusive to this blog: